Pour réussir en licence, quatre compétences comptent à côté des connaissances : t'organiser seul, tenir ton effort quand la matière devient dure, travailler avec les autres et trier l'information. Elles s'apprennent par des gestes précis. Exemple : « réviser l'éco ce week-end » ne t'engage à rien, alors que « samedi de 10 h à 11 h, refaire de mémoire le plan du chapitre 3, puis le comparer au cours » est une séance que tu peux tenir et vérifier.
Ce que sont les soft skills
Les soft skills, qu'on traduit par compétences comportementales ou transversales, désignent ta façon de travailler : t'organiser, coopérer, t'exprimer, raisonner. On les oppose aux hard skills, les connaissances et techniques d'une matière, comme résoudre une équation. Elles servent dans toutes les matières, d'où le mot « transversales ».
Ce ne sont pas des dons, mais des compétences que tu dois acquérir pendant ta licence. L'arrêté du 30 juillet 2018 sur la licence en cite plusieurs : l'analyse et la synthèse, l'expression écrite et orale, le travail individuel et collectif, la conduite de projets, la recherche et l'exploitation de documents.
Côté recherche, une synthèse de 241 séries de données sur des étudiants d'université (Richardson et ses collègues, 2012) a mesuré le lien entre la moyenne et 50 facteurs. Le plus fort est celui de l'auto-efficacité : la confiance de l'étudiant dans sa capacité à réussir ses évaluations. La régulation de l'effort, c'est-à-dire continuer quand le travail devient difficile ou ennuyeux, montre un lien moyen. Ce sont des liens, pas des preuves de cause : on y revient plus bas.
T'organiser seul
En licence, tu fais une grande part du travail seul : reprendre le cours magistral (le cours en amphithéâtre), préparer les TD (travaux dirigés, en groupe réduit), réviser les partiels. Le piège, c'est un agenda rempli de tâches floues qui ne finissent jamais.
Une bonne tâche se voit finie : un verbe d'action, un morceau précis, une vérification. « Travailler le droit » ne passe pas ce test. « Réciter sans notes les définitions du chapitre 2, puis les vérifier dans le cours » le passe.
Pour réviser, une synthèse qui a évalué dix techniques d'apprentissage (Dunlosky et ses collègues, 2013) en juge deux très utiles : t'interroger toi-même (questions sur fiches, exercices refaits sans le corrigé) et étaler tes révisions sur plusieurs jours au lieu de tout concentrer la veille. Relire et surligner sont classés parmi les moins utiles.
Piège classique : relire ton cours te donne l'impression de le savoir, parce que tout te paraît familier. Mais reconnaître une page n'est pas la retrouver seul devant une copie blanche. Ferme le cours et écris ce dont tu te souviens : ce qui manque, tu ne le sais pas encore.
Exemple : partiel de microéconomie dans trois semaines. Semaine 1 : refaire sans corrigé l'exercice du TD 1, puis réciter les définitions du chapitre 1. Semaine 2 : reprendre le TD 1 en dix minutes avant d'attaquer le TD 2. Semaine 3 : un sujet d'annale (un ancien sujet d'examen) en temps limité. Chaque chapitre revient plusieurs fois, et chaque séance finit par une vérification.
Tenir l'effort quand ça devient dur
Tenir ne veut pas dire forcer pendant des heures : c'est savoir redémarrer quand tout s'accumule.
Conseil : quand une tâche te bloque, réduis-la jusqu'à ce qu'elle tienne en dix minutes, comme lire l'énoncé en soulignant les données ou recopier le plan du chapitre. Le plus dur est souvent de commencer.
Une mauvaise note est une information sur ta méthode, pas un verdict sur toi. Reprends ta copie et classe chaque erreur. Cours pas su : t'interroger dessus en plusieurs séances espacées. Méthode pas maîtrisée : refaire les exercices de TD sans le corrigé. Consigne mal lue : souligner les mots clés et reformuler la question avant d'écrire. Manque de temps : t'entraîner sur des annales chronométrées.
Si le stress t'empêche de dormir ou de travailler pendant plusieurs semaines, ce n'est plus une question de méthode. Le service de santé de ton université reçoit les étudiants : parles-en tôt.
Travailler en groupe, parler en public
Un groupe qui avance se reconnaît à une chose : chacun sait qui fait quoi, pour quand. Dès la première réunion, propose d'écrire les parties, un nom par partie et une date de remise intermédiaire, bien avant la date finale.
Piège classique : tout refaire toi-même pour protéger la note. Tu y passes tes nuits, les autres décrochent, et tu n'apprends pas à répartir le travail, ce qui est justement l'exercice.
Quand un membre ne rend pas sa part, le reproche flou (« tu ne fais jamais rien ») le braque sans rien régler. La méthode DESC t'aide à dire les choses sans attaquer la personne :
Décrire : les faits, précis et vérifiables, sans jugement.
Exprimer : ce que ces faits te font, à toi ou au groupe.
Spécifier : une solution précise, avec une date.
Conséquences : ce que cette solution apporte à tout le monde.
Pour un exposé, répète à voix haute et chronomètre en main, au moins une fois en entier devant quelqu'un ou en t'enregistrant. Tu repères les passages trop longs et les phrases que tu lis au lieu de les dire. Une diapositive porte une idée, pas un paragraphe.
Trier l'information
En licence, tu passes du manuel unique à des dizaines de sources : ouvrages, articles, sites, vidéos. Devant chaque affirmation, demande-toi qui parle, d'où vient l'information et si tu peux la vérifier. Un chiffre dont personne ne peut te montrer l'étude ne vaut rien, même répété partout.
Pour un dossier, Wikipédia peut servir de point de départ : remonte aux sources qu'elle cite, lis-les, et ce sont elles que tu cites.
Même avec une vraie étude, regarde ce qu'elle mesure. Celle de Richardson, citée plus haut, mesure des liens : deux choses qui varient ensemble chez les mêmes étudiants.
Piège classique : passer du lien à la cause. Si les étudiants qui tiennent leur effort ont de meilleures notes, peut-être que l'effort fait monter les notes. Mais de bonnes notes donnent peut-être envie de continuer, et un troisième facteur, comme le temps libre, peut jouer sur les deux. Un lien seul ne permet pas de trancher.
Exercices corrigés
Cherche chacun par écrit avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Réécris ces trois tâches pour qu'on voie quand elles sont finies : « bosser la socio », « avancer le dossier d'histoire », « réviser l'anglais ».
Correction :
Une version possible : « réciter sans notes les idées principales du chapitre 4 de socio, puis comparer avec le cours » ; « rédiger l'introduction du dossier d'histoire et l'envoyer au groupe » ; « apprendre les mots de la liste 5 d'anglais, puis me tester en cachant la traduction ».
Chacune part d'un verbe et finit par un résultat que tu peux constater. Si ta version ne dit pas comment tu sais que c'est fait, elle reste floue.
Exercice 2 : Tu prépares un dossier à quatre. Hugo devait envoyer sa partie lundi ; on est mercredi, tu n'as rien reçu et il ne répond pas dans le groupe. Écris-lui un message en suivant la méthode DESC.
Correction :
Un message possible : « Salut Hugo, ta partie devait arriver lundi et je ne l'ai pas encore reçue. Sans elle, je ne peux pas lancer la relecture, et ça m'inquiète pour la date de remise. Tu peux me l'envoyer vendredi midi, même pas finie ? Si tu bloques sur un point, dis-le et on regarde ensemble. Comme ça, on garde le week-end pour relire tranquillement. »
Le message suit D, E, S puis C, sans aucun reproche sur la personne.
Exercice 3 : Une publication sur un réseau social affirme : « Une étude prouve que les étudiants qui font du sport ont de meilleures notes. Fais du sport et ta moyenne montera. » Aucune étude n'est nommée (publication fictive). Qu'en conclus-tu ?
Correction :
D'abord la source : l'étude n'est ni nommée ni liée. Tant que tu ne peux pas l'ouvrir, rien n'est établi.
Ensuite, « les étudiants qui font du sport ont de meilleures notes » décrit un lien, pas une cause. Des étudiants bien organisés trouvent peut-être plus facilement du temps pour le sport : l'organisation jouerait alors sur les deux. Pour savoir si le sport fait monter les notes, il faudrait tirer au sort, parmi des étudiants semblables, ceux qui s'y mettent, puis comparer les moyennes.
Conclusion : cette publication ne permet pas de dire que le sport fera monter ta moyenne.
À retenir
À retenir :
- Une tâche se voit finie : un verbe, un morceau précis, une vérification.
- T'interroger toi-même et étaler tes révisions sont jugés bien plus utiles que relire et surligner.
- Un blocage : une étape de dix minutes. Une mauvaise note : le tri des erreurs.
- En groupe : qui fait quoi pour quand, écrit dès le départ, et DESC pour les désaccords.
- Un chiffre sans étude ne vaut rien, et un lien n'est pas une cause.
Sources
- Arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence, article 6 : texte consolidé sur Légifrance.
- Richardson, Abraham et Bond, « Psychological correlates of university students' academic performance », Psychological Bulletin, 2012 : article chez l'éditeur.
- Dunlosky et ses collègues, « Improving students' learning with effective learning techniques », Psychological Science in the Public Interest, 2013 : présentation par l'éditeur.