Pendant une représentation, chaque changement de lumière, chaque son et chaque mouvement de décor porte un numéro et part sur un signal précis, le « top ». Exemple : sur la réplique « Je pars », top 14, la lumière baisse en cinq secondes, la pluie enregistrée démarre et une toile peinte descend au fond. Les trois régies, lumière, son et plateau, préparent ce moment en répétition et le lisent dans un même document : la conduite.
La conduite et les tops
Définition : la conduite est l'enchaînement des effets et des changements d'un spectacle, consigné dans le cahier de régie. Chaque effet part sur un top : un mot du texte, un silence, une musique ou un geste (dictionnaire ArtCena).
Chaque régie tient son cahier, et chaque ligne donne le numéro du top, le repère qui le déclenche et l'action de chaque poste. En lumière, une mémoire est un état enregistré de tous les projecteurs, rappelé avec un temps de passage. Un changement « au noir » se fait scène éteinte, un changement « à vue » devant le public. Voici trois lignes d'une conduite inventée pour l'exemple.
| Top | Repère | Lumière | Son | Plateau |
|---|---|---|---|---|
| 13 | Entrée de Léa | Mémoire 21 en 3 s | rien | rien |
| 14 | « Je pars. » | Mémoire 22 en 5 s | Pluie, départ | La toile peinte descend |
| 15 | Sortie de Léa | Noir en 2 s | Pluie, fondu en 4 s | Changement au noir |
Juste avant un top, un pré-top (« attention top 14 ») fait poser la main sur la commande. Selon les équipes, chaque régisseur prend ses tops lui-même sur le texte, ou l'un d'eux les annonce à tous par l'intercom, le réseau de casques qui relie les postes.
La régie plateau : l'espace et la machinerie
Le plateau, c'est la scène. La régie plateau gère tout ce qui s'y déplace en dehors des comédiens : décors, accessoires, rideaux. Dans le noir, chacun doit comprendre les mêmes mots.
| Mot | Ce qu'il désigne |
|---|---|
| Jardin, cour | La gauche et la droite de la scène, vues de la salle |
| Face, lointain | L'avant de la scène et son fond |
| Cintres | L'espace au-dessus de la scène, où l'on remonte décors et projecteurs |
| Porteuse | Une barre suspendue qui porte décors ou projecteurs |
| Pendrillons, frises | Les rideaux noirs qui masquent les coulisses sur les côtés et les cintres en haut |
Piège classique : jardin et cour se lisent depuis la salle. Un comédien face au public a donc le jardin à sa droite. Pour t'en souvenir, regarde la scène depuis la salle et lis « J C » de gauche à droite : jardin, puis cour.
Une salle de spectacle est un établissement recevant du public (ERP) de type L, soumis au règlement de sécurité incendie de l'arrêté du 25 juin 1980 (fiche du ministère de la Culture). Sur le plateau, le danger vient surtout d'en haut. Chaque projecteur accroché a une seconde attache, l'élingue de sécurité, un câble d'acier qui le retient si son crochet lâche, et une porteuse ne descend que sur un plateau dégagé.
La régie lumière : du plan de feu au DMX
Tout part du plan de feu : la scène vue du dessus, avec chaque projecteur, son type, sa place et son numéro de circuit, celui par lequel la console le commande.
| Direction | Ce qu'elle produit |
|---|---|
| Face, depuis la salle | Un visage lisible |
| Contre-jour, depuis le fond | Un liseré qui détache le comédien du décor |
| Latéral, depuis les côtés | Du volume sur le corps |
| Douche, à la verticale | Un cercle isolé au sol |
Un projecteur halogène n'a pas d'électronique : il éclaire selon la puissance qu'il reçoit, et c'est le gradateur qui fait varier cette puissance, sur ordre de la console. Avant de brancher, on vérifie que la ligne tient la charge.
Formule : pour une lampe halogène, qui se comporte comme une résistance, la puissance $P$ (en W), la tension $U$ (en V) et l'intensité $I$ (en A) vérifient $P = U \times I$. Sous $230$ V, une ligne protégée par un disjoncteur de $16$ A supporte au plus $230 \times 16 = 3\,680$ W.
Piège classique : brancher une lyre (un projecteur motorisé) ou un projecteur LED sur un gradateur, comme un halogène. Ces appareils ont leur propre électronique : il leur faut un « direct », une ligne toujours à pleine tension, et leur intensité se commande par le signal numérique de la console, le DMX.
Ce signal suit la norme DMX512. Une ligne DMX transporte un univers de 512 canaux, chacun avec une valeur de 0 à 255. Un gradateur prend un canal par circuit ; une lyre en prend plusieurs (intensité, mouvement, couleur), selon le mode réglé sur l'appareil. Reliés en chaîne, les appareils lisent chacun leurs canaux à partir de leur adresse, le numéro de leur premier canal.
Piège classique : pour des appareils de $k$ canaux adressés à la suite depuis le canal 1, le $n$-ième commence en $1 + (n - 1)\,k$, pas en $n\,k$, qui est son dernier canal. Un univers en accueille au plus la partie entière de $\dfrac{512}{k}$.
Le patch, enfin, relie les numéros de circuits de la console aux adresses réelles : on peut changer le câblage sans réécrire la conduite.
La régie son : du micro à l'oreille
Le micro change le son en signal électrique ; la console règle et mélange les signaux ; amplificateurs et enceintes les rendent audibles. La façade diffuse vers le public, les retours vers les artistes, pour qu'ils s'entendent.
Le larsen est le sifflement qui naît quand le son d'une enceinte revient dans un micro, ressort amplifié et tourne en boucle. On l'évite en plaçant la façade devant les micros, en mettant le retour dans le dos d'un micro cardioïde (qui capte surtout devant lui), en baissant le gain, l'amplification à l'entrée de la console, ou en atténuant la fréquence qui siffle à l'égaliseur, le réglage du niveau fréquence par fréquence.
Les niveaux se mesurent en décibels (dB) : une intensité sonore $I$ donne le niveau $L = 10 \log \dfrac{I}{I_0}$, où $I_0$ est une intensité de référence.
Formule : deux sources différentes de même niveau ajoutent leurs intensités, et le niveau monte de $10 \log 2 \approx 3$ dB. En champ libre (en plein air, sans réflexion), l'intensité varie comme $\dfrac{1}{d^2}$ : quand la distance $d$ double, elle est divisée par 4 et le niveau baisse de $10 \log 4 \approx 6$ dB.
Piège classique : additionner des décibels. Deux sources différentes à $90$ dB donnent environ $93$ dB, jamais $180$ dB.
Le son parcourt environ $343$ m/s dans l'air à 20 °C, soit à peu près 3 ms par mètre. Les enceintes relais, placées loin de la scène dans un grand lieu, reçoivent donc un délai : un retard réglé pour qu'elles ne jouent qu'au moment où le son de la façade arrive jusqu'à elles.
La loi plafonne aussi le niveau. Là où l'on diffuse du son amplifié à fort niveau, aucun point accessible au public ne doit dépasser $102$ dB(A) ni $118$ dB(C) en niveau équivalent sur 15 minutes, une moyenne de l'énergie reçue ; pour les spectacles destinés aux enfants jusqu'à six ans révolus, les plafonds sont $94$ dB(A) et $104$ dB(C) (décret n° 2017-1244 du 7 août 2017, article R. 1336-1 du code de la santé publique). La pondération A imite l'oreille, peu sensible aux graves ; la C compte davantage les graves.
Exercices corrigés
Du plus direct au plus proche d'un examen. Cherche chacun avant d'ouvrir sa correction.
Exercice 1 : Une ligne de $230$ V est protégée par un disjoncteur de $16$ A. Combien de projecteurs halogènes de $1\,000$ W peux-tu y brancher au plus, et quelle intensité circule alors ?
Correction :
On compare l'intensité totale, $I = \dfrac{P}{U}$, aux $16$ A du disjoncteur. Trois projecteurs : $I = \dfrac{3\,000}{230} \approx 13{,}0$ A, la ligne tient. Quatre : $I = \dfrac{4\,000}{230} \approx 17{,}4$ A, la ligne est en surcharge.
Résultat : trois projecteurs au plus, pour une intensité d'environ $13{,}0$ A.
Exercice 2 : Tu adresses à la suite, depuis le canal 1 d'un univers DMX, des lyres de 14 canaux chacune. Quelle adresse donnes-tu à la dixième ? Combien de ces lyres tiennent dans cet univers ?
Correction :
La première occupe les canaux 1 à 14, la deuxième commence en 15 : chaque lyre décale de 14. La dixième commence donc en $1 + 9 \times 14 = 127$ et finit en 140. Répondre $10 \times 14 = 140$, c'est donner son dernier canal : adressée en 140, elle empiéterait sur la onzième.
Ensuite, $\dfrac{512}{14} \approx 36{,}6$. La trente-sixième lyre finit en $36 \times 14 = 504$ ; une trente-septième irait jusqu'au canal 518, au-delà de 512.
Résultat : adresse 127, et 36 lyres par univers.
Exercice 3 : À la régie, le sonomètre indique $94$ dB pour la batterie seule et $94$ dB pour la guitare seule. Quel niveau lis-tu quand elles jouent ensemble ? En plein air, une enceinte donne $100$ dB à $4$ m : quel niveau attendre à $16$ m ?
Correction :
Deux sources différentes de même niveau ajoutent leurs intensités : $94 + 3 = 97$ dB.
De 4 à 16 m, la distance double deux fois (de 4 à 8 m, puis de 8 à 16 m), et chaque doublement retire 6 dB : $100 - 2 \times 6 = 88$ dB.
Résultat : $97$ dB, puis $88$ dB.
Exercice 4 : Dans un festival en plein air, une tour d'enceintes relais se trouve à $40$ m de la façade. Le son parcourt $343$ m/s. Quel délai régler sur la tour, en millisecondes ?
Correction :
Le son de la façade met $t = \dfrac{d}{v} = \dfrac{40}{343} \approx 0{,}117$ s pour arriver à la tour. La tour doit attendre ce temps : sinon, le public proche d'elle entendrait d'abord la tour, puis la façade, comme un écho.
Résultat : environ $117$ ms.
À retenir
À retenir :
- La conduite enchaîne les effets ; chacun part sur un top, souvent annoncé par un pré-top.
- Jardin à gauche, cour à droite, vus de la salle.
- Halogène sur gradateur, LED et lyres sur un direct ; $P = U \times I$ pour vérifier qu'une ligne tient.
- Un univers DMX compte 512 canaux ; le $n$-ième appareil de $k$ canaux commence en $1 + (n - 1)\,k$.
- Deux sources égales : $+3$ dB. Distance doublée en plein air : $-6$ dB. Délai : environ 3 ms par mètre.
- Pour le public : au plus $102$ dB(A) et $118$ dB(C) sur 15 minutes.
Sources
- Décret n° 2017-1244 du 7 août 2017 relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés : texte sur Légifrance.
- Ministère de la Culture, fiche sécurité incendie n° 1, « Classement des établissements recevant du public (ERP) », août 2022 : fiche sur culture.gouv.fr.
- ArtCena, Dictionnaire des théâtres du monde, article « Conduite » : dictionnaire.artcena.fr.