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Les espèces invasives : impact sur la biodiversité locale

Comment une espèce transportée par l'homme finit par menacer les espèces locales : les mécanismes, quatre exemples en France et trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Une espèce invasive, ou espèce exotique envahissante, est une espèce que l'homme a déplacée hors de sa région d'origine et qui, dans sa nouvelle région, se répand au point de nuire aux espèces locales. Elle peut les manger, leur disputer la nourriture ou la place, leur transmettre des maladies ou transformer leur milieu. Exemple : l'écrevisse de Louisiane, venue d'Amérique du Nord, porte sans en souffrir la peste de l'écrevisse, une maladie qui tue l'écrevisse à pattes blanches de nos rivières.

Exotique, installée, envahissante : trois étapes

« Exotique » ne veut pas dire tropical : le mot signale seulement que l'homme a déplacé l'espèce hors de son aire de répartition naturelle, la zone où elle vit sans notre aide. Une espèce présente naturellement dans la région est dite indigène.

Une espèce franchit trois étapes avant de devenir envahissante. Elle est d'abord introduite : un aquarium vidé dans une mare, des œufs de moustique dans un pneu. Elle s'installe si elle se reproduit seule dans la nature. Elle devient envahissante quand elle se propage et nuit aux espèces ou aux milieux locaux.

Beaucoup s'arrêtent en route. Dans son bilan publié en 2023, l'IPBES, la plateforme intergouvernementale d'experts sur la biodiversité, recense dans le monde plus de 37 000 espèces exotiques introduites par l'homme, dont plus de 3 500 envahissantes : environ une sur dix.

Piège classique : exotique ne veut pas dire envahissante. La pomme de terre vient d'Amérique, mais elle ne se répand pas seule dans la nature. À l'inverse, une espèce arrivée seule, en volant ou en nageant, n'est pas exotique : il lui manque le transport par l'homme.

Pourquoi certaines se répandent si vite

Chez elle, une espèce a des ennemis qui freinent sa population : prédateurs, parasites, maladies. Transportée ailleurs, elle arrive souvent sans eux, et plus rien ne limite ses effectifs.

En face, les espèces locales n'ont jamais croisé ce nouveau venu. Une proie ne le reconnaît pas toujours comme un danger, et les maladies qu'il apporte frappent des espèces qui ne les ont jamais rencontrées. Sans histoire évolutive commune, pas de défense.

Les îles sont les plus fragiles, car leurs espèces ont souvent évolué à l'écart des grands prédateurs. Selon le même bilan, les espèces exotiques envahissantes sont la cause principale de 90 % des extinctions connues sur les îles.

Ce qu'elles font à la biodiversité locale

Une espèce envahissante peut toucher la biodiversité à ses trois niveaux : les écosystèmes, les espèces et la diversité génétique au sein de chaque espèce.

Elle peut manger les espèces locales (c'est la prédation) : le frelon asiatique capture de nombreux insectes, dont les abeilles à l'entrée des ruches. Elle peut leur faire concurrence (c'est la compétition) : les herbiers denses de jussie prennent la place des plantes aquatiques indigènes. Elle peut leur transmettre une maladie, comme l'écrevisse de Louisiane.

Elle peut aussi s'hybrider avec une espèce locale proche, c'est-à-dire se reproduire avec elle : les gènes propres à l'espèce locale se diluent. Elle peut enfin changer tout le milieu : les herbiers de jussie dérèglent le cycle quotidien de l'oxygène dans l'eau, au détriment des animaux aquatiques.

Les pertes s'enchaînent : si une plante locale disparaît, les insectes qui s'en nourrissaient reculent, puis leurs prédateurs. C'est un effet en cascade.

Le bilan de l'IPBES publié en 2023 conclut que les espèces exotiques envahissantes ont joué un rôle majeur dans 60 % des extinctions connues d'animaux et de plantes, et qu'elles en ont été la seule cause dans 16 % des cas.

Elles ne sont pas pour autant la première cause de perte de biodiversité. L'évaluation mondiale de l'IPBES, en 2019, les classe cinquièmes des causes directes, derrière les changements d'usage des terres et des mers, l'exploitation directe des êtres vivants, le changement climatique et la pollution.

Piège classique : une espèce de plus dans un étang ne veut pas dire plus de biodiversité. Si l'arrivante en élimine trois, le compte baisse. Si elle remplace une espèce qui n'existait que là (une espèce endémique), le compte local ne change pas, mais la planète perd une espèce pour de bon.

Quatre exemples en France

EspèceOrigine et arrivéeEffets observés
Frelon asiatiqueAsie ; introduit par accident, repéré en 2004 dans le Lot-et-GaronneChasse de nombreux insectes, dont les abeilles ; devant une ruche, il peut ralentir ou arrêter le butinage.
Écrevisse de LouisianeSud des États-Unis et nord du Mexique ; arrivée en France en 1976, pour la consommationPorte la peste de l'écrevisse ; dévore les plantes aquatiques et les petits animaux du fond.
Jussies (deux espèces)Amérique du Sud ; introduites par accident en Languedoc vers 1830, puis plantées dans les bassins d'ornementHerbiers denses qui concurrencent les plantes indigènes et dérèglent l'oxygène de l'eau.
Moustique tigreForêts tropicales d'Asie du Sud-Est ; répandu par le commerce mondial, surtout celui des pneusPeut transmettre à l'homme les virus de la dengue, du chikungunya et du Zika.

Prévenir, repérer tôt, gérer

Plus une espèce occupe de terrain, plus elle est difficile à éliminer. La prévention passe donc en premier : l'IPBES la juge l'option la plus efficace et la moins coûteuse. Vient ensuite la détection précoce des nouveaux foyers, quand l'arrachage ou la capture suffisent encore. Quand l'espèce est partout, on limite les dégâts là où ils comptent le plus : pour le frelon asiatique, on protège surtout les ruchers.

En France, l'article L. 411-5 du Code de l'environnement interdit d'introduire dans le milieu naturel, même par négligence, les espèces inscrites sur une liste officielle fixée par les ministres. Pour toi, la règle tient en une phrase : ne relâche jamais un animal de compagnie et ne vide jamais un aquarium dans la nature, plantes comprises.

Exercices corrigés

Cherche chacun avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Pour chaque cas, dis si l'espèce est exotique et, si oui, si elle est envahissante. Justifie.

a) Le maïs, venu d'Amérique, cultivé en champ, qui ne se maintient pas seul hors des cultures.

b) Une écrevisse américaine relâchée dans une rivière, qui s'y reproduit, gagne d'autres cours d'eau et fait disparaître l'écrevisse locale.

c) Un oiseau d'Afrique du Nord qui traverse seul la Méditerranée et se met à nicher en Provence.

Correction :

a) Exotique, car introduit par l'homme, mais pas envahissant : il ne se maintient même pas seul dans la nature.

b) Exotique et envahissante : introduite par l'homme, elle se reproduit seule, se propage et nuit à une espèce locale.

c) C'est le piège : l'oiseau est venu seul, il n'est donc pas exotique. Son aire de répartition naturelle s'étend.

Exercice 2 : Dans une rivière, on suit 20 stations d'observation (données fictives). L'écrevisse à pattes blanches, indigène, est présente dans 14 stations en 2000, 11 en 2005, 6 en 2010 et 2 en 2015. Aux mêmes dates, l'écrevisse de Louisiane occupe 0, 3, 9 puis 16 stations.

a) Décris l'évolution des deux espèces. b) Propose une explication. c) Ces données prouvent-elles ton explication ?

Correction :

a) En quinze ans, l'écrevisse de Louisiane passe de 0 à 16 stations sur 20, pendant que l'écrevisse à pattes blanches tombe de 14 à 2. Plus la première avance, plus la seconde recule.

b) L'écrevisse de Louisiane porte sans en souffrir la peste de l'écrevisse, mortelle pour l'écrevisse à pattes blanches, et peut la lui transmettre là où elle arrive.

c) Non : deux évolutions simultanées ne prouvent pas un lien de cause à effet. Une pollution, à laquelle l'écrevisse à pattes blanches est très sensible, pourrait aussi expliquer son recul. Pour trancher, on cherche l'agent de la maladie chez les écrevisses indigènes mortes.

Exercice 3 : Dans un étang de $2\,000$ m², une tache de jussie couvre $2$ m². Sa surface double chaque année (données fictives).

a) Quelle surface couvre-t-elle au bout de 5 ans, et quelle part de l'étang est-ce ? b) Au bout de combien d'années couvre-t-elle tout l'étang ? c) Qu'en déduis-tu pour la lutte ?

Correction :

a) Au bout de $n$ années, la surface vaut $S_n = 2 \times 2^n$ m². Donc $S_5 = 2 \times 2^5 = 64$ m², soit $\dfrac{64}{2\,000} = 0{,}032$, c'est-à-dire $3{,}2\,\%$ de l'étang.

b) On cherche le plus petit entier $n$ tel que $2 \times 2^n \geqslant 2\,000$, soit $2^n \geqslant 1\,000$. Comme $2^9 = 512$ et $2^{10} = 1\,024$, l'étang est couvert au bout de $10$ ans.

c) Un an plus tôt, la jussie ne couvrait que $2 \times 2^9 = 1\,024$ m², à peine plus de la moitié. Une tache qui double chaque année reste petite longtemps, puis tout va très vite : c'est au début qu'il faut agir.

À retenir

À retenir :

  • Espèce exotique envahissante : déplacée par l'homme hors de son aire naturelle, elle s'installe, se propage et nuit aux espèces locales.
  • Exotique ne veut pas dire envahissante : environ une espèce exotique sur dix le devient.
  • Elle prospère loin de ses ennemis naturels, face à des espèces locales sans défense.
  • Elle agit par prédation, compétition, maladie, hybridation ou transformation du milieu, avec des effets en cascade.
  • Rôle majeur dans 60 % des extinctions connues, mais cinquième cause directe de perte de biodiversité.
  • Prévenir reste l'option la plus efficace et la moins coûteuse ; ensuite, agir tôt.

Sources

  • IPBES, communiqué sur l'évaluation des espèces exotiques envahissantes, 4 septembre 2023 : texte sur ipbes.net, en anglais.
  • IPBES, communiqué sur l'évaluation mondiale de la biodiversité, mai 2019 : texte sur ipbes.net, en anglais.
  • Code de l'environnement, article L. 411-5 (version en vigueur) : texte sur Légifrance.

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