Chaque espèce vit dans une plage de températures qui lui convient. Quand le climat se réchauffe, elle doit se déplacer vers des lieux plus frais ou décaler son calendrier (date de floraison, de ponte ou de migration), sinon ses populations reculent. Exemple : dans la région Centre, la chenille processionnaire du pin restait au sud de la Loire dans les années 1970 ; depuis la fin des années 1980, elle gagne le nord, où les hivers sont devenus assez doux pour elle.
Une plage de températures par espèce
Définition : la biodiversité est la diversité du vivant : diversité des espèces, diversité génétique au sein d'une espèce, et diversité des écosystèmes (un milieu et les êtres vivants qui l'habitent).
Un être vivant ne survit et ne se reproduit que dans certaines conditions, dont une température ni trop basse ni trop haute. Au-delà de ses seuils de tolérance (les limites qu'il supporte), il souffre, puis meurt. Ces conditions dessinent sur la carte l'aire de répartition de l'espèce : la zone où on la trouve.
En quelques années, une espèce ne se met pas à supporter plus de chaleur. Ce qui bouge, c'est l'endroit et le moment de l'année où elle trouve ses températures. D'où deux réponses, changer de lieu ou changer de calendrier. La sélection naturelle (les individus qui supportent mieux la chaleur laissent plus de descendants) peut aussi changer l'espèce, mais cela demande de nombreuses générations.
Se déplacer vers le nord ou en altitude
En France, il fait plus frais vers le nord et en montagne : une espèce qui a trop chaud y retrouve ses températures. Ce sont ses descendants ou ses graines, pas les individus eux-mêmes, qui s'installent un peu plus loin à chaque génération.
La chenille processionnaire du pin, originaire du bassin méditerranéen, sert d'indicateur au ministère chargé de l'écologie. Contrairement à la plupart des insectes de nos régions, elle se développe en hiver. Pour manger, il lui faut au moins 9 °C dans son nid pendant la journée, puis une nuit au-dessus de 0 °C, car elle sort se nourrir la nuit.
Le suivi relève une hausse d'environ 1 °C des températures minimales d'octobre à mars entre les quinze années avant 1990 et les quinze années après. Plus de nuits douces, c'est plus de chenilles qui passent l'hiver : son front de colonisation (la limite atteinte par l'espèce) avance vers le nord, et monte dans les Alpes, les Pyrénées et le Massif central.
En montagne, ce déplacement bute sur le sommet : quand les températures qui conviennent à une plante passent au-dessus, elle n'a plus nulle part où aller. L'exercice 2 te le fait calculer.
Avancer son calendrier
Beaucoup d'êtres vivants règlent leur calendrier sur la température : un printemps plus doux fait fleurir des plantes et pondre des oiseaux plus tôt. L'étude de ces dates s'appelle la phénologie.
À la Pointe de Grave, en Gironde, un suivi commencé en 1986 compte chaque printemps les oiseaux migrateurs qui reviennent d'Afrique en traversant le Sahara. Sur la dernière décennie du suivi, ils arrivent en moyenne 4,8 jours plus tôt que dans les années 1980-1990. Les 16 espèces suivies sont toutes en avance, mais pas autant : neuf jours pour le busard des roseaux, environ un jour pour le martinet noir.
Le danger vient des écarts entre espèces liées : certaines se règlent surtout sur la durée du jour, qui ne change pas avec le climat, d'autres sur la température.
Exemple : une mésange nourrit ses petits de chenilles. Si les chenilles apparaissent plus tôt avec la chaleur mais que la mésange pond à la même date, les oisillons naissent quand les chenilles se font rares, et moins d'entre eux survivent.
Quand la chaleur tue
Se déplacer ou changer de calendrier prend des années. Une vague de chaleur frappe en quelques jours : il faut la subir sur place. Le GIEC, le groupe d'experts de l'ONU sur le climat, l'a écrit en 2022 : la multiplication des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations dépasse déjà les seuils de tolérance des végétaux et des animaux, et provoque la mortalité massive d'arbres, de coraux et d'autres espèces.
Le corail est un animal associé à des algues microscopiques logées dans ses tissus, qui lui fournissent par photosynthèse une grande partie de sa nourriture et de sa couleur. Quand l'eau reste trop chaude trop longtemps, il rejette ses algues et son squelette blanc se voit à travers ses tissus : c'est le blanchissement.
Piège classique : un corail blanchi n'est pas forcément mort, il est affamé. Si l'eau se rafraîchit à temps, il peut retrouver des algues ; si la chaleur dure, il meurt, et les poissons du récif perdent abri et nourriture.
Le dioxyde de carbone (CO2) rejeté par les activités humaines a un autre effet, sans lien avec la chaleur : en se dissolvant dans l'eau de mer, il fait baisser son pH. C'est l'acidification des océans, qui gêne les êtres vivants à squelette ou coquille en calcaire, comme les coraux. L'eau de mer reste basique (pH supérieur à 7) : elle devient moins basique, pas acide.
Le climat n'est pas la seule menace
En 2019, l'IPBES, l'équivalent du GIEC pour la biodiversité, a estimé qu'environ un million d'espèces animales et végétales étaient menacées d'extinction, et pas seulement à cause du climat. L'IPBES classe ainsi les causes directes du déclin de la nature, de la plus forte à la plus faible :
- les changements d'usage des terres et de la mer, comme une forêt défrichée ou une zone humide asséchée ;
- l'exploitation directe de certains êtres vivants, comme la pêche ;
- le changement climatique ;
- la pollution ;
- les espèces exotiques envahissantes, introduites par l'être humain hors de leur milieu d'origine.
Piège classique : écrire que le réchauffement est la première cause de perte de biodiversité. Selon l'IPBES, il est troisième. Mais les causes s'additionnent : une espèce dont le milieu est découpé par des routes a plus de mal à se déplacer quand le climat change.
Ce qui limite les dégâts
Réduire les émissions de gaz à effet de serre limite la hausse elle-même. Le GIEC (2022) rappelle aussi que des écosystèmes en bonne santé résistent mieux au changement climatique, et que restaurer les milieux dégradés et préserver 30 à 50 % des habitats terrestres, océaniques et d'eau douce aide la nature à stocker du carbone.
Exercices corrigés
Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Une chenille processionnaire du pin ne sort manger une nuit que si son nid a atteint au moins 9 °C dans la journée et que la nuit reste au-dessus de 0 °C. Voici cinq jours d'hiver au nord de la Loire (données fictives) : la température maximale du nid le jour, puis la minimale de l'air la nuit suivante.
- lundi : 8 °C, puis 1 °C ;
- mardi : 10 °C, puis −2 °C ;
- mercredi : 9 °C, puis 0,5 °C ;
- jeudi : 11 °C, puis 2 °C ;
- vendredi : 8,5 °C, puis −0,5 °C.
1. Combien de nuits la chenille peut-elle manger ? 2. Dans un hiver plus doux, toutes ces températures gagnent 1 °C. Combien de nuits maintenant ?
Correction :
1. Lundi, 8 °C ne suffit pas. Mardi, la nuit gèle. Mercredi convient : « au moins 9 °C » inclut 9 °C, et 0,5 °C est au-dessus de 0 °C. Jeudi convient. Vendredi, 8,5 °C ne suffit pas. Réponse : 2 nuits.
2. Lundi devient 9 °C puis 2 °C : il convient. Mardi gèle encore (−1 °C). Mercredi et jeudi conviennent. Vendredi devient 9,5 °C puis 0,5 °C : il convient. Réponse : 4 nuits, deux fois plus. Plus de chenilles survivent, et l'espèce peut s'installer plus au nord.
Exercice 2 : Sur une montagne dont le sommet est à 2 800 m, une petite plante vit entre 2 400 m et 2 700 m d'altitude (données fictives). On admet que la température baisse d'environ 0,6 °C chaque fois qu'on monte de 100 m.
1. Le climat local se réchauffe de 1,2 °C. De combien de mètres la plante doit-elle monter pour retrouver ses températures ? 2. Entre quelles altitudes vit-elle alors ? Compare l'épaisseur de sa zone avant et après. 3. Que devient-elle si le réchauffement atteint 2,4 °C ?
Correction :
1. Chaque montée de 100 m fait perdre 0,6 °C. Pour compenser 1,2 °C, il faut 1,2 ÷ 0,6 = 2 fois 100 m, soit 200 m.
2. Sa zone devrait aller de 2 600 m à 2 900 m, mais le sommet est à 2 800 m : elle vit entre 2 600 m et 2 800 m. Son épaisseur passe de 300 m (2 700 − 2 400) à 200 m (2 800 − 2 600) : elle perd un tiers.
3. 2,4 ÷ 0,6 = 4, soit 400 m. Le bas de sa zone serait à 2 400 + 400 = 2 800 m, au sommet : plus de place. Elle disparaît de cette montagne, sauf si elle s'adapte ou gagne une montagne plus haute.
Exercice 3 : Dans un exposé, Inès dit : « Un corail blanchi est un corail mort. » Corrige sa phrase et explique ce qui s'est passé dans le corail.
Correction :
La phrase est fausse. Dans une eau trop chaude, le corail a rejeté les algues qui le nourrissaient : il est affamé, pas encore mort. Il peut survivre si l'eau se rafraîchit à temps. Phrase juste : « Un corail blanchi est en danger de mort. »
À retenir
À retenir :
- Le réchauffement déplace les températures de chaque espèce, sur la carte et dans l'année.
- Une espèce peut gagner le nord ou l'altitude (processionnaire du pin), ou avancer son calendrier (migrateurs de la Pointe de Grave).
- Au-delà des seuils de tolérance, c'est la mortalité massive. Un corail blanchi est affamé, pas encore mort.
- L'acidification vient du CO2 dissous, pas de la chaleur.
- Pour l'IPBES, le climat est la troisième cause de perte de biodiversité.
Sources
- Ministère chargé de l'écologie, « Impacts du changement climatique : Eau et Biodiversité », page mise à jour le 18 mai 2026 : texte sur ecologie.gouv.fr.
- IPBES, communiqué sur le rapport d'évaluation mondiale de la biodiversité, mai 2019, en français : texte sur ipbes.net.
- GIEC, communiqué du 28 février 2022 sur le rapport « Impacts, adaptation et vulnérabilité », en français : texte sur wmo.int.