Un risque naît quand un danger rencontre quelqu'un : un fût de solvant fermé ne menace personne, le même solvant passé au chiffon toute la journée, si. Identifier, c'est repérer le danger (étiquette, fiche de données de sécurité, groupe de l'agent biologique) puis l'exposition : qui, par quelle voie, combien de temps. Prévenir, c'est agir dans l'ordre fixé par le Code du travail : supprimer ou remplacer, protéger collectivement, et seulement en dernier équiper la personne.
Danger, exposition, risque
Le danger est une propriété du produit ou de l'agent : l'acétone s'enflamme, le virus de l'hépatite B infecte. Le risque dépend de la situation de travail : quantité, durée, ventilation, geste. On évalue donc des postes, pas des produits, et le résultat va dans le document unique d'évaluation des risques.
Un produit chimique entre par trois voies : respiratoire (gaz, vapeurs, poussières, aérosols, c'est-à-dire fines gouttelettes en suspension dans l'air), cutanée et digestive (mains souillées portées à la bouche). Un agent biologique prend les mêmes chemins, plus l'inoculation : piqûre, coupure, morsure. Les effets sont aigus (brûlure, irritation) ou chroniques, parfois des années plus tard (allergie, asthme, cancer).
Piège classique : classer les produits par leur étiquette ne suffit pas. Un cancérogène manipulé en système clos peut exposer moins qu'un irritant pulvérisé toute la journée dans un local mal ventilé.
Identifier un danger chimique : étiquette et FDS
En Europe, l'étiquette suit le règlement CLP (classification, étiquetage et emballage). Ses pictogrammes, neuf en tout, montrent un symbole noir dans un cadre rouge. La mention d'avertissement vaut « Danger » pour les catégories les plus sévères, « Attention » pour les autres. Les mentions de danger, codées H, disent la nature du danger : physique (incendie, explosion), pour la santé (H350 : « Peut provoquer le cancer ») ou pour l'environnement. Les conseils de prudence, codés P, disent comment s'en protéger.
Repère les CMR : cancérogènes, mutagènes (qui peuvent induire des anomalies génétiques) et toxiques pour la reproduction. En catégorie 1A ou 1B (effet avéré ou présumé), ils portent H350, H340 ou H360 et relèvent de règles renforcées ; en catégorie 2 (effet suspecté), H351, H341 ou H361.
La fiche de données de sécurité (FDS) accompagne le produit et détaille l'étiquette en 16 rubriques fixées par le règlement européen REACH. Ouvre d'abord la 2 (identification des dangers), la 8 (contrôles de l'exposition et protection individuelle : valeurs limites, équipements à porter) et la 10 (stabilité et réactivité : mélanges dangereux). Mélange à proscrire : l'eau de Javel au contact d'un acide dégage violemment du chlore, un gaz très toxique (fiche toxicologique de l'INRS).
Mesurer l'exposition : les VLEP
Une valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) est une concentration dans l'air respiré par le salarié, à ne pas dépasser. La VLEP 8 h s'applique à la moyenne pondérée dans le temps sur 8 heures et vise les effets différés. La valeur limite court terme (VLCT) porte sur 15 minutes et vise les pics.
Les VLEP contraignantes, inscrites à l'article R4412-149 du Code du travail, s'imposent sous peine de sanction ; les indicatives fixent un objectif de prévention. Un organisme accrédité contrôle l'exposition, en règle générale au moins une fois par an (article R4412-27). Respecter la VLEP ne dispense pas de réduire l'exposition au plus bas possible.
Formule : si, sur une journée de 8 heures, le salarié passe $t_1, t_2, \dots$ heures à des concentrations $C_1, C_2, \dots$, son exposition moyenne vaut
$$C_{8\,\text{h}} = \frac{C_1 t_1 + C_2 t_2 + \dots}{8}$$
Les périodes sans exposition comptent pour zéro.
Piège classique : diviser par la seule durée passée au poste exposé. Le dénominateur reste les 8 heures de référence, sinon tu surestimes la moyenne.
Identifier un risque biologique
Un agent biologique (bactérie, virus, champignon, parasite) peut se multiplier. Le Code du travail le classe en quatre groupes (article R4421-3).
| Groupe | Maladie chez l'homme | Propagation dans la population | Traitement ou prévention efficace |
|---|---|---|---|
| 1 | aucune | sans objet | sans objet |
| 2 | possible | peu probable | en général, oui |
| 3 | possible et grave | possible | en général, oui |
| 4 | grave | risque élevé | en général, non |
Les légionelles sont en groupe 2, le virus de l'hépatite B en groupe 3, le virus Ebola en groupe 4 (fiches Eficatt de l'INRS).
Pour identifier le risque, remonte la chaîne de transmission. Le réservoir est l'endroit où l'agent s'accumule ou prolifère : malade, animal, eau, sol, déchets. La transmission passe par l'inhalation, l'ingestion, le contact avec la peau ou les muqueuses, ou l'inoculation. L'hôte est le salarié.
Exemple : les légionelles se trouvent dans les réseaux d'eau chaude sanitaire et les tours aéroréfrigérantes, et peuvent infecter celui qui respire un aérosol d'eau contaminée. On entretient d'abord les installations, plutôt que de compter sur un masque.
Prévenir dans le bon ordre
L'article L4121-2 du Code du travail pose neuf principes généraux de prévention, dont celui-ci : la protection collective passe avant la protection individuelle. Pour les agents chimiques, les articles R4412-15 et R4412-16 en tirent un ordre.
Étape 1 : supprimer le risque.
Étape 2 : sinon, remplacer l'agent par un agent ou un procédé moins dangereux.
Étape 3 : sinon, réduire les rejets à la source : procédé fermé, captage des vapeurs, ventilation, organisation du travail.
Étape 4 : en dernier, les équipements de protection individuelle (EPI), choisis avec la rubrique 8 de la FDS.
L'EPI vient en dernier parce qu'il ne protège que celui qui le porte, et seulement s'il est bien choisi et porté tout le temps. Pour un CMR, la substitution s'impose dès qu'elle est techniquement possible et le résultat de cette recherche va dans le document unique (article R4412-66) ; à défaut, on travaille en système clos (article R4412-68).
Pour les agents biologiques, même logique : réservoir, puis transmission (confinement, captage de l'air), puis salarié (EPI, hygiène, vaccination). La vaccination, sur avis du médecin du travail, complète les autres mesures sans les remplacer.
Exercices corrigés
Du plus direct au plus proche d'une étude de cas.
Exercice 1 : L'étiquette de l'acétone porte H225 « Liquide et vapeurs très inflammables », H319 « Provoque une sévère irritation des yeux » et H336 « Peut provoquer somnolence ou vertiges ». Classe-les en danger physique ou pour la santé, puis donne la rubrique de la FDS où chercher les protections.
Correction :
H225 est un danger physique : les vapeurs peuvent s'enflammer. H319 et H336 sont des dangers pour la santé, l'un pour les yeux, l'autre pour le système nerveux, par les vapeurs respirées. Les protections figurent dans la rubrique 8.
Exercice 2 : Sur une journée de 8 heures, un opérateur passe 2 h au dégraissage à 150 mg/m³ de solvant, 3 h au conditionnement à 60 mg/m³ et 3 h au bureau sans exposition. La VLEP 8 h du solvant vaut 100 mg/m³ (données fictives). Calcule son exposition moyenne et compare-la à la VLEP. Un collègue trouve 96 mg/m³ : quelle est son erreur ?
Correction :
$$C_{8\,\text{h}} = \frac{150 \times 2 + 60 \times 3 + 0 \times 3}{8} = \frac{480}{8} = 60$$
L'exposition moyenne vaut 60 mg/m³, soit $0{,}6$ fois la VLEP : elle est respectée. Le collègue a divisé par les 5 heures d'exposition, $\dfrac{480}{5} = 96$, au lieu des 8 heures de référence.
Exercice 3 : Une infirmière se pique avec l'aiguille qui vient de servir à une prise de sang chez un patient porteur du virus de l'hépatite B. Décris la chaîne de transmission, puis dis sur quels maillons la prévention peut agir.
Correction :
Réservoir : le patient, dont le sang contient le virus (groupe 3). Transmission : l'inoculation. Hôte : l'infirmière.
On ne peut pas agir sur ce réservoir, une personne que l'on soigne : la prévention porte sur la transmission. L'arrêté du 10 juillet 2013 prévoit des dispositifs médicaux de sécurité (aiguilles à protection intégrée) et demande de ne jamais recapuchonner une aiguille, mais de la jeter aussitôt, sans manipulation, dans un conteneur placé près du soin. Côté hôte, la vaccination, sur avis du médecin du travail, complète. Après une piqûre, on lave la plaie à l'eau et au savon, puis on la désinfecte.
Exercice 4 : Des pièces sont dégraissées par trempage dans un solvant étiqueté H350. Le chef d'atelier propose des masques à cartouche et des gants. Que lui réponds-tu ?
Correction :
H350 signale un cancérogène de catégorie 1A ou 1B, soumis aux règles des CMR. Proposer d'emblée des EPI, c'est sauter toutes les étapes. La substitution est obligatoire dès qu'elle est techniquement possible (article R4412-66) : solvant non CMR ou procédé sans solvant. Sinon, système clos (article R4412-68). Masques et gants ne viennent qu'en complément.
À retenir
À retenir :
- Le danger est une propriété du produit ; le risque naît de l'exposition. On évalue des postes.
- L'étiquette CLP alerte, la FDS détaille : rubriques 2, 8 et 10 d'abord.
- Pour $C_{8\,\text{h}}$, on divise toujours par 8 heures, puis on compare à la VLEP 8 h.
- Agents biologiques : quatre groupes, et une chaîne réservoir, transmission, hôte à casser en amont.
- Supprimer, remplacer, protéger collectivement, puis EPI. Pour un CMR, la substitution s'impose dès qu'elle est techniquement possible.
Sources
- Code du travail, sur Légifrance : articles L4121-2, R4412-15, R4412-16, R4412-27, R4412-66, R4412-68, R4412-149 et R4421-3.
- Arrêté du 10 juillet 2013 (objets perforants) : texte sur Légifrance.
- INRS : dossier « Prévenir les risques biologiques », fiches toxicologiques et fiches Eficatt.