À la sortie d'une école d'ingénieur, le repère est 39 000 € brut par an hors primes : c'est le salaire médian des ingénieurs de la promotion 2025 salariés à temps plein en France, relevé début 2026 par la Conférence des grandes écoles (CGE). La moitié gagne moins, l'autre moitié plus ; avec les primes, la médiane passe à 41 400 €. Le secteur de l'employeur la fait bouger, de 35 000 € dans l'agroalimentaire à 45 000 € dans la banque et l'assurance, et le chiffre de ta spécialité se cherche diplôme par diplôme.
Le chiffre de référence
Chaque année, les écoles membres de la CGE interrogent leurs jeunes diplômés (210 écoles pour l'enquête 2026), qui déclarent eux-mêmes leur salaire brut annuel.
Définition : les déciles partagent les diplômés, classés par salaire, en dix groupes de même taille. Sous le 1er décile se trouvent les 10 % les moins payés ; au-dessus du 9e, les 10 % les mieux payés.
Pour les ingénieurs de la promotion 2025, le 1er décile vaut 32 000 € et le 9e décile 45 000 € : huit sur dix ont débuté entre ces deux montants.
Les primes regroupent la part variable et les avantages en nature. Quelques mois après l'embauche, leur montant n'est souvent qu'une estimation : le salaire hors primes, la part fixe, reste la base de comparaison la plus solide. Et le brut n'est pas ce que tu touches : une fois retirées les cotisations salariales, il reste le net.
Piège classique : comparer deux chiffres qui ne mesurent pas la même chose. Une offre à 42 000 € primes comprises se compare à la médiane avec primes (41 400 €), pas à celle hors primes. Avant de juger une offre, vérifie : brut ou net, annuel ou mensuel, avec ou sans primes.
Les salaires par secteur
Le secteur est celui de l'employeur, pas celui de ta formation : un ingénieur en génie civil peut travailler dans un cabinet de conseil. Voici les principaux secteurs employeurs des ingénieurs de la promotion 2025, en brut annuel hors primes.
| Secteur de l'employeur | Part des emplois | Salaire médian |
|---|---|---|
| Conseil, ingénierie, bureaux d'études | 24,3 % | 38 000 € |
| Services informatiques | 17,4 % | 39 000 € |
| Industrie des transports | 8,4 % | 42 000 € |
| Construction, BTP | 8,4 % | 40 000 € |
| Énergie | 5,2 % | 41 000 € |
| Industrie agroalimentaire | 3,7 % | 35 000 € |
| Métallurgie | 3,1 % | 40 000 € |
| Banque, finance, assurance | 3,1 % | 45 000 € |
| Industrie chimique | 2,2 % | 41 000 € |
| Transports (services) | 2,2 % | 40 650 € |
| Ensemble des ingénieurs | 100 % | 39 000 € |
Le conseil et les services informatiques, où se rangent les ESN (entreprises de services du numérique), offrent à eux deux 41,7 % des postes. Huit médianes sur dix tombent entre 38 000 € et 42 000 € : les vrais écarts sont aux bords. La banque-assurance paie le mieux mais n'emploie que 3,1 % des jeunes ingénieurs ; l'enseignement-recherche, hors tableau, descend à 30 362 €.
Les chiffres de ta spécialité
L'enquête de la CGE ne donne pas les salaires par spécialité de formation. Si ta spécialité mène surtout à un secteur, la ligne de ce secteur dans le tableau est un premier repère ; pour ta formation elle-même, demande ses résultats à ton école.
Autre piste, le dispositif InserSup du ministère de l'Enseignement supérieur, en données ouvertes : une ligne par diplôme et par établissement, construite à partir des déclarations de salaires des employeurs. Le salaire y est net, mensuel et en équivalent temps plein (ramené à un plein temps), donné en trois valeurs : le 1er quartile (25 % des salaires en dessous), la médiane et le 3e quartile (75 % en dessous).
Compare ta ligne à la ligne nationale. Pour les ingénieurs français de moins de 30 ans diplômés en 2022 et salariés en France, 18 mois après le diplôme, le 1er quartile vaut 2 340 € net par mois, la médiane 2 610 € et le 3e quartile 2 870 € (note du ministère de juillet 2026 et InserSup).
Piège classique : ce net mensuel ne se compare pas tel quel au brut annuel de la CGE. Si les cotisations prennent 23 % du brut, on divise le net par 0,77 ; le multiplier par 1,23 donne un brut trop bas (exercice 3).
Ce qui fait varier le salaire
Le lieu d'abord. En moyenne hors primes, un ingénieur de la promotion 2025 gagne 42 509 € en Île-de-France et 37 320 € en province, où travaillent 61,7 % de ceux qui débutent en France.
Le statut de cadre aussi, qu'ont 89 % des jeunes ingénieurs en poste en France : les cadres touchent 40 053 € de moyenne hors primes, contre 32 761 € pour les non-cadres.
L'apprentissage ne change pas la médiane de départ : 39 000 € hors primes pour les apprentis comme pour les autres. Son atout est ailleurs : 86,5 % des apprentis en emploi ont un CDI (contrat à durée indéterminée), contre 81,3 % des autres.
Un écart entre femmes et hommes existe dès l'embauche : 37 901 € de moyenne hors primes pour les ingénieures, 39 962 € pour les hommes, soit 5,4 % de plus.
Enfin, l'expérience paie vite : deux ans après leur diplôme, les ingénieurs de la promotion 2023 ont une médiane de 42 000 € hors primes, 3 000 € de plus que la promotion 2025.
Conseil : pour situer une offre, pars de la médiane de ton secteur, corrige selon le lieu, puis regarde où elle tombe entre le 1er et le 9e décile.
Exercices corrigés
Exercice 1 : En moyenne hors primes, un ingénieur de la promotion 2025 gagne 37 320 € brut par an en province et 42 509 € en Île-de-France (CGE, 2026). a) De quel pourcentage le salaire francilien dépasse-t-il celui de province ? b) De quel pourcentage le salaire de province est-il inférieur au francilien ? Pourquoi les deux résultats diffèrent-ils ?
Correction :
L'écart vaut $42\,509 - 37\,320 = 5\,189$, soit 5 189 €.
a) On le rapporte au salaire de province, le point de départ : $\dfrac{5\,189}{37\,320} \approx 0{,}139$, soit environ 13,9 %. Ce sont les 14 % annoncés par l'enquête.
b) La base devient le salaire francilien : $\dfrac{5\,189}{42\,509} \approx 0{,}122$, soit environ 12,2 %. Le même écart, divisé par une base plus grande, donne un pourcentage plus petit. Devant un pourcentage, demande-toi toujours « par rapport à quoi ? ».
Exercice 2 : (données fictives) Offre A : 38 000 € brut fixe par an, plus une prime sur objectifs qui peut atteindre 10 % du fixe, proportionnelle au taux d'atteinte des objectifs. Offre B : 41 000 € brut fixe, sans prime. À partir de quel taux d'atteinte l'offre A rapporte-t-elle plus que B ?
Correction :
La prime maximale vaut $0{,}10 \times 38\,000 = 3\,800$, soit 3 800 €. Avec un taux d'atteinte $t \in [0\,;\,1]$, l'offre A rapporte $38\,000 + 3\,800\,t$ euros.
Elle dépasse B si $38\,000 + 3\,800\,t > 41\,000$, soit $t > \dfrac{3\,000}{3\,800} \approx 0{,}79$ : il faut atteindre environ 79 % des objectifs. Même à 100 %, A ne donne que 800 € de plus que B, dont le fixe est acquis.
Exercice 3 : Pour les ingénieurs diplômés en 2022, le ministère donne un salaire net mensuel médian de 2 610 € à 18 mois. On suppose (hypothèse fictive) que les cotisations salariales retiennent 23 % du brut. a) Calcule le net annuel, puis le brut annuel correspondant. b) Un camarade multiplie le net annuel par 1,23. Pourquoi a-t-il tort ?
Correction :
a) $2\,610 \times 12 = 31\,320$, soit 31 320 € net par an. Le net vaut 77 % du brut, donc le brut vaut $\dfrac{31\,320}{0{,}77} \approx 40\,675$, soit environ 40 675 € par an.
b) Il trouve $31\,320 \times 1{,}23 \approx 38\,524$, soit environ 38 524 €, trop peu : les 23 % se calculent sur le brut, pas sur le net. Contrôle : $38\,524 \times 0{,}77 \approx 29\,663$, loin des 31 320 € de départ. Ce chiffre (promotion 2022, à 18 mois) reste un ordre de grandeur face aux 39 000 € de la CGE.
À retenir
À retenir :
- Repère : 39 000 € brut annuel hors primes de médiane, 41 400 € avec primes (CGE, 2026) ; huit sur dix débutent entre 32 000 € et 45 000 €.
- Le secteur de l'employeur compte surtout aux extrêmes : 35 000 € dans l'agroalimentaire, 45 000 € dans la banque-assurance.
- Ta spécialité : les résultats de ton école, ou la ligne de ton diplôme dans InserSup, en net mensuel.
- Le lieu, le statut de cadre, le sexe et l'expérience pèsent ; l'apprentissage joue sur le CDI, pas sur la médiane.
- Avant de comparer : brut ou net, annuel ou mensuel, avec ou sans primes, et la base de chaque pourcentage.
Sources
- Conférence des grandes écoles, Insertion des diplômés des Grandes écoles, résultats de l'enquête 2026, juin 2026 : rapport sur cge.asso.fr.
- Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace (SIES), Note Flash n° 20, juillet 2026 : note sur enseignementsup-recherche.gouv.fr.
- Même ministère, dispositif InserSup, données ouvertes consultées le 11 octobre 2026 : jeu de données sur data.enseignementsup-recherche.gouv.fr.