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Le Moyen Âge : Féodalité, Croisades, Essor Urbain

Un même fil relie les trois : la croissance de l'Occident entre l'an mil et 1300 environ. Le vocabulaire exact, le débat de l'an mil et trois exercices pour la dissertation.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Féodalité, croisades et essor urbain ne sont pas trois chapitres à réciter à la suite : ils sortent d'une même croissance, celle de l'Occident entre l'an mil et 1300 environ. Plus de paysans produisent plus de grain ; la seigneurie en prélève une part, le reste nourrit villes et marchés, et l'aristocratie qui vit de ces prélèvements peut s'armer au loin. Exemple : à Clermont, en 1095, le pape Urbain II appelle à la croisade des chevaliers qui vivent du travail des paysans. Ce fil donne le plan d'une dissertation, à condition de savoir où il s'arrête.

Le fil rouge : une croissance de trois siècles

Entre le XIe et le XIIIe siècle, la population de l'Occident augmente et les paysans défrichent forêts et friches. La charrue et le moulin à eau se diffusent, comme l'assolement triennal : les cultures tournent sur trois parts du terroir, et un tiers seulement reste en jachère, au repos, chaque année, au lieu de la moitié.

Retiens la chaîne qui relie tes trois sujets :

Étape 1 : plus de bras et plus de terres donnent plus de grain que n'en mangent les paysans.

Étape 2 : le seigneur en prélève une part ; cette seigneurie fait vivre l'aristocratie, liée par la féodalité.

Étape 3 : le reste se vend, et ce grain nourrit les artisans et marchands des villes, qui grandissent.

Étape 4 : une chrétienté latine plus riche et plus peuplée s'étend, en Espagne, vers la Baltique et, par les croisades, en Orient.

Féodalité, seigneurie, féodalisme : trois mots distincts

Le mot « féodalité » n'est même pas médiéval : les historiens l'emploient à partir du XVIIe siècle, et les révolutionnaires de 1789 en font un mot péjoratif.

MotCe qu'il désigneQui est concerné
FéodalitéLes liens d'homme à homme fondés sur l'hommage, la foi et le fiefUn vassal et son seigneur, tous deux aristocrates
SeigneurieLe pouvoir d'un seigneur sur une terre et ses habitants, dont le ban : commander, punir, taxerLes paysans et leur seigneur
FéodalismeChez les historiens marxistes, un mode de production : tout un système économique et social, placé entre l'esclavage antique et le capitalismeToute la société

Distincts ne veut pas dire séparés : un même aristocrate peut commander des paysans et recevoir l'hommage de vassaux. Seigneur rural et seigneur féodal sont « deux faces d'un même système », résume l'encyclopédie Larousse.

Dans l'hommage, le vassal place ses mains dans celles du seigneur et devient son homme, puis jure sa foi sur des reliques. Il reçoit un fief, le plus souvent une terre, et doit en retour l'aide, presque toujours militaire, et le conseil : venir à la cour du seigneur, parfois siéger à son tribunal. Le ban se voit dans les banalités : le paysan doit moudre son grain au moulin du seigneur, contre paiement.

Piège classique : les paysans ne sont pas des vassaux. L'hommage du vassal est réservé à l'aristocratie ; le paysan doit redevances, corvées (du travail gratuit) et banalités au seigneur de sa terre. Avant d'écrire « féodal », demande-toi : lien entre aristocrates, ou domination sur des paysans ?

Le débat de l'an mil

Quand la seigneurie s'impose-t-elle ? En 1980, Jean-Pierre Poly et Éric Bournazel décrivent une « mutation féodale » : autour de l'an mil, les institutions publiques héritées des Carolingiens reculent, et le pouvoir de commander passe aux seigneurs des châteaux. Dominique Barthélemy conteste cette rupture brutale, dans une note critique de 1992 puis dans La mutation de l'an mil a-t-elle eu lieu ? (1997) : à ses yeux, ce modèle a stimulé la recherche avant de la bloquer.

Sur le terrain, Pierre Toubert a montré pour le Latium, la région de Rome (1973), comment les habitants se regroupent en villages fortifiés autour d'un château : l'incastellamento.

Des champs à la ville

La ville naît dans un monde de seigneuries : elle a, elle aussi, un seigneur (comte, évêque ou abbé) qui y lève taxes et justice. Les bourgeois, habitants du bourg, achètent ou arrachent des franchises, des privilèges écrits dans une charte ; quand ils se lient par un serment collectif pour s'administrer, on parle de commune.

Exemple : à Laon, les bourgeois avaient payé pour obtenir leur commune ; l'évêque Gaudry veut la supprimer, et le 25 avril 1112 une émeute le tue. Le récit vient de l'abbé Guibert de Nogent, hostile à la commune : lis-le comme un témoin engagé.

Aux foires de Champagne (Troyes, Provins, Lagny, Bar-sur-Aube), organisées en cycle par les comtes au XIIe siècle, les marchands flamands échangent leurs draps contre les produits de Méditerranée et les épices d'Orient qu'apportent les Italiens.

La croisade, une expansion parmi d'autres

La croisade est un pèlerinage armé : à Clermont, en 1095, Urbain II promet aux combattants une indulgence plénière, la remise de la peine due pour leurs péchés. Jérusalem est prise en 1099 ; les États latins d'Orient tiennent jusqu'en 1291.

Dès 1063, plus de trente ans avant Clermont, le pape Alexandre II promet l'absolution de leurs péchés à ceux qui combattent en Espagne, où Alphonse VI de Castille prend Tolède en 1085. La papauté soutient aussi la guerre contre les païens de la Baltique. L'Orient n'est qu'un front d'une chrétienté latine qui s'étend de tous côtés.

En 1204, les croisés, incapables de payer à Venise leur transport, finissent par prendre et piller Constantinople, ville chrétienne : la croisade sert aussi une cité marchande.

Piège classique : voir dans la croisade une ruée de cadets sans terre. Les croisés connus sont plus souvent des aînés, et beaucoup vendaient des terres à bas prix pour partir. La croissance rend l'expédition possible ; elle ne dit pas pourquoi chacun part, et le motif religieux pèse lourd.

Exercices corrigés

Rédige ta réponse avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : En 1020, le duc d'Aquitaine Guillaume V demande à l'évêque Fulbert de Chartres de lui écrire sur la fidélité due par un vassal. Fulbert répond en substance : le vassal ne doit nuire ni à la personne de son seigneur, ni à ses secrets et forteresses, ni à sa justice, ni à ses biens ; mais s'abstenir ne suffit pas pour mériter son fief, il doit aussi le conseiller et l'aider ; et le seigneur doit la même fidélité à son vassal, sinon il est de mauvaise foi.

1. Ce texte parle-t-il de féodalité ou de seigneurie ? 2. Pourquoi « s'abstenir ne suffit pas » ? 3. Qu'est-ce qui dément l'image d'une pyramide de commandement ?

Correction :

1. De féodalité : le texte règle le lien entre deux aristocrates autour du fief ; aucun paysan n'y apparaît.

2. Le fief paie un service : ne pas nuire est un minimum, l'aide et le conseil sont ce que le vassal doit activement.

3. La réciprocité : le seigneur aussi est tenu, et peut manquer à sa foi. Le lien féodal est un engagement mutuel, pas une chaîne de commandement.

Exercice 2 : Corrige ce passage de copie, phrase par phrase : « La féodalité naît brutalement en l'an mil. Elle forme une pyramide où les serfs prêtent hommage à leur seigneur. Les croisades sont l'affaire de cadets sans terre attirés par le butin. »

Correction :

Phrase 1 : « brutalement » prend parti sans le dire ; la mutation de l'an mil est une thèse contestée, écris qu'il y a débat.

Phrase 2 : les serfs, paysans non libres, relèvent de la seigneurie ; l'hommage du vassal est réservé à l'aristocratie. Et la pyramide oublie que le lien engage aussi le seigneur.

Phrase 3 : c'est le piège vu plus haut. Les croisés connus sont plus souvent des aînés que des cadets, et le motif religieux, l'indulgence promise à Clermont, manque.

Exercice 3 : Sujet de dissertation : « Féodalité, croisades et essor urbain dans l'Occident des XIe-XIIIe siècles ». Propose une problématique et un plan en trois parties, avec un exemple daté par partie.

Correction :

Problématique possible : ces trois phénomènes sont-ils les effets d'une même croissance, et jusqu'où cette explication suffit-elle ?

I. Une croissance agricole qui fait vivre la seigneurie et les liens féodaux (lettre de Fulbert de Chartres, 1020).

II. Des surplus qui font grandir villes et échanges (commune de Laon, 1112).

III. Une chrétienté latine qui s'étend, mais pas seulement par intérêt (Clermont, 1095, et l'indulgence ; Constantinople, 1204, et Venise).

C'est la troisième partie qui répond au « jusqu'où » : sans elle, la copie récite.

À retenir

À retenir :

  • Un fil : la croissance des XIe-XIIIe siècles nourrit la seigneurie, les villes et l'expansion latine.
  • Féodalité : liens entre aristocrates. Seigneurie : pouvoir sur la terre et les paysans. Féodalisme : notion marxiste.
  • La « mutation de l'an mil » est une thèse débattue, pas un fait établi.
  • Commune : serment collectif des habitants d'une ville pour s'administrer.
  • La croissance rend la croisade possible, elle ne suffit pas à l'expliquer.

Sources

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