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Les Deux Guerres Mondiales : Les Tranchées à la Guerre Froide

Comment la guerre devient totale entre 1914 et 1945, puis pourquoi la bombe atomique la rend « froide » jusqu'en 1991, avec des exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

De 1914 à 1991, un même fil relie les trois conflits : la guerre devient totale, elle mobilise des sociétés entières et finit par viser les civils, jusqu'aux bombes atomiques de 1945. Ensuite, entre les États-Unis et l'URSS, une guerre directe deviendrait suicidaire : l'affrontement reste « froid ».

Exemple : en octobre 1962, des missiles soviétiques installés à Cuba amènent le monde au bord de la guerre nucléaire, puis Moscou les retire contre la promesse américaine de ne pas envahir l'île (Office of the Historian). Guerre totale, puis dissuasion : garde ce fil, il donne un sens aux dates.

1914-1918 : la guerre devient totale

L'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, le 28 juin 1914, déclenche par le jeu des alliances une guerre que chacun croit courte. Après la bataille de la Marne, en septembre, les armées s'enterrent : le front se fige de la mer du Nord aux Vosges, sur environ 750 km. C'est la guerre de position, où chaque camp tient des lignes de tranchées au lieu de manœuvrer.

Percer ces lignes coûte très cher. Le 1er juillet 1916, premier jour de la bataille de la Somme, l'armée britannique compte 60 000 pertes, dont 20 000 morts. Jusqu'à fin novembre, la bataille fait 1 200 000 morts, blessés et disparus dans les deux camps (Chemins de mémoire).

Définition : une guerre totale mobilise toutes les ressources d'un pays (soldats, usines, finances, opinion) et fait de l'arrière, c'est-à-dire la population civile, un front à part entière.

Comment les soldats ont-ils tenu quatre ans ? Pour Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, ils ont largement consenti à la guerre, portés par une « culture de guerre » faite de patriotisme et de haine de l'ennemi. Pour Rémy Cazals, Frédéric Rousseau et le collectif CRID 14-18, ils ont surtout tenu sous la contrainte : discipline, justice militaire, impossibilité de partir.

Conseil : en dissertation, expose les deux thèses avant de trancher. Le faible nombre de déserteurs plaide pour le consentement, les mutineries de 1917 pour ses limites.

En 1917, les futurs rivaux de la guerre froide entrent en scène : les États-Unis dans la guerre, en avril, et les bolcheviks (communistes) de Lénine au pouvoir en Russie, en octobre.

1919-1939 : une paix qui ne tient pas

Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, retire à l'Allemagne 13 % de son territoire européen et toutes ses colonies, et limite son armée à 100 000 hommes. Son article 231 la rend responsable de la guerre, ce qui fonde les réparations qu'elle doit payer aux vainqueurs (United States Holocaust Memorial Museum). Les Allemands y voient un diktat, une paix imposée.

Pour l'historien George Mosse, la guerre a aussi « brutalisé » les sociétés européennes : en la glorifiant et en banalisant la violence, elles ont préparé le terrain aux totalitarismes des années 1930 (De la Grande Guerre au totalitarisme, traduit en 1999). La thèse est discutée, mais elle relie les tranchées à la guerre suivante.

La crise de 1929 frappe l'Allemagne, et Hitler, au pouvoir en janvier 1933, promet de reprendre ce que le traité a ôté au pays. Londres et Paris pratiquent l'apaisement, céder pour éviter la guerre, jusqu'aux accords de Munich, en septembre 1938. Après un pacte de non-agression avec l'URSS en août 1939, Hitler envahit la Pologne le 1er septembre ; le 3, Londres et Paris lui déclarent la guerre.

Piège classique : écrire que « Versailles a causé la Seconde Guerre mondiale ». Le traité a nourri une rancœur que les nazis ont exploitée, mais il faut encore la crise, Hitler et l'apaisement.

1939-1945 : une guerre d'anéantissement

La différence avec 1914 tient au but : le régime nazi ne veut pas seulement vaincre, il veut détruire des peuples. Le 22 juin 1941, l'Allemagne envahit l'URSS et y mène une guerre d'anéantissement, qui vise la destruction de l'adversaire et de sa population.

La Shoah en est le cœur : l'extermination systématique, organisée par l'État nazi, de six millions de Juifs d'Europe, par des fusillades de masse dès l'été 1941, puis dans des centres de mise à mort comme Auschwitz-Birkenau ou Treblinka (USHMM).

La guerre est aussi mondiale. Le Japon combat la Chine depuis juillet 1937, et son attaque sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, fait entrer les États-Unis dans le conflit. Les villes deviennent des cibles, jusqu'aux bombes atomiques lâchées sur Hiroshima le 6 août 1945 et sur Nagasaki le 9 août. Le bilan se compte en dizaines de millions de morts, en majorité des civils.

La guerre totale a atteint sa limite : l'arme qui la termine rendrait la suivante suicidaire. Pour qu'une telle guerre ne revienne pas, la Charte des Nations unies est signée à San Francisco le 26 juin 1945.

1945-1991 : pourquoi la guerre reste froide

Le 5 mars 1946, Churchill dénonce un « rideau de fer » tombé sur l'Europe. En 1947, la rupture devient officielle : le 12 mars, Truman promet d'aider les peuples libres qui résistent à l'asservissement ; le 5 juin, George Marshall propose un plan pour reconstruire l'Europe ; en septembre, la doctrine Jdanov décrit, côté soviétique, un monde coupé en deux camps.

Washington adopte l'endiguement (containment) : bloquer l'expansion de l'influence soviétique. Premier choc : du 24 juin 1948 au 12 mai 1949, les Soviétiques coupent les accès terrestres à Berlin-Ouest, ravitaillé par un pont aérien. L'OTAN naît le 4 avril 1949, et l'URSS fait exploser sa première bombe atomique le 29 août.

Pourquoi « froide » ? Parce que les deux Grands ne se combattent jamais directement. La dissuasion nucléaire, la menace de représailles si destructrices que l'adversaire renonce à attaquer, rend ce choc suicidaire. Le conflit passe ailleurs : guerres où chacun soutient un camp sans affronter l'autre, en Corée de 1950 à 1953 puis au Viêt Nam, course aux armements et à l'espace. Raymond Aron l'a résumé d'une formule célèbre : « paix impossible, guerre improbable ».

La fin vient de l'Est : le mur de Berlin, élevé en août 1961, tombe le 9 novembre 1989, et l'URSS disparaît en décembre 1991.

Piège classique : « À Yalta, en février 1945, Roosevelt, Churchill et Staline se partagent le monde. » C'est un mythe. À Yalta, ils règlent l'occupation de l'Allemagne, le vote au futur Conseil de sécurité de l'ONU et l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon, et Staline promet des élections libres dans les territoires libérés. La coupure de l'Europe vient ensuite de l'Armée rouge qui occupe l'Est, pas d'un partage signé.

Exercices corrigés

Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Range dans l'ordre chronologique et date au jour près : traité de Versailles, invasion de la Pologne, premier jour de la bataille de la Somme, chute du mur de Berlin, discours de Truman au Congrès, début du blocus de Berlin.

Correction :

Classe d'abord par période : Somme, 1er juillet 1916 ; Versailles, 28 juin 1919 ; Pologne, 1er septembre 1939 ; Truman, 12 mars 1947 ; blocus, 24 juin 1948 ; mur, 9 novembre 1989.

Exercice 2 : Le 5 mars 1946, au Westminster College de Fulton (Missouri), devant le président Truman, Winston Churchill déclare : « De Stettin dans la Baltique à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent. » (traduit de l'anglais). Présente ce document et explique ce que désigne le « rideau de fer ».

Correction :

Un discours politique, prononcé aux États-Unis devant leur président. Piège : Churchill n'est plus Premier ministre, il a perdu les élections de 1945 et dirige l'opposition.

Le « rideau de fer » est la ligne qui sépare l'Europe passée dans la sphère soviétique du reste du continent, de Stettin au nord à Trieste au sud. Le texte nomme cette division dès 1946, un an avant que la rupture devienne officielle avec Truman.

Exercice 3 : Sujet de dissertation : « La guerre froide est-elle une guerre ? » Propose une problématique et un plan en trois parties, avec un exemple par partie.

Correction :

Piège : réciter la chronologie. Le sujet pose une question de définition, ton plan doit y répondre.

Problématique : comment un conflit sans affrontement direct entre les deux Grands a-t-il pu organiser le monde comme une guerre pendant plus de quarante ans ?

I. Pas une guerre au sens classique : la dissuasion interdit le choc direct, et à Cuba, en 1962, Moscou recule. II. Une guerre menée par d'autres moyens : idéologie, alliances comme l'OTAN, course aux armements, blocus de Berlin. III. Des guerres bien réelles à la périphérie : la Corée, le Viêt Nam. Conclusion : la formule d'Aron.

À retenir

À retenir :

  • 1914-1918 : la guerre de position devient une guerre totale.
  • Consentement ou contrainte : deux thèses à confronter sur la ténacité des soldats.
  • Versailles nourrit la rancœur allemande, mais 1939 naît d'un faisceau de causes.
  • 1939-1945 : une guerre d'anéantissement, dont la Shoah est le cœur.
  • 1947-1991 : la dissuasion interdit le choc direct entre les deux Grands, le conflit passe par les crises et les guerres périphériques.

Sources

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