L'essentiel à connaître
Le réalisme magique raconte le surnaturel sur le même ton que le quotidien, et personne ne s'en étonne. Dans Cent ans de solitude (1967), de Gabriel García Márquez, Remedios la Belle monte au ciel pendant qu'on plie des draps au jardin ; Fernanda, rongée par l'envie, accepte le prodige, mais prie longtemps Dieu de lui rendre ses draps.
Piège classique : ne le confonds pas avec le fantastique. Pour Tzvetan Todorov (Introduction à la littérature fantastique, 1970), le fantastique, c'est « l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel », comme dans Le Horla de Maupassant. Le réalisme magique supprime cette hésitation. Ce n'est pas non plus le merveilleux des contes, situé hors du monde réel : ici, le prodige se mêle à l'histoire d'un pays.
Macondo, le village des Buendía, traverse ainsi l'histoire colombienne : le massacre des grévistes de la compagnie bananière transpose la répression de Ciénaga, en décembre 1928, dont le vrai bilan reste inconnu. Isabel Allende suit cette voie dans La Maison aux esprits (1982), son premier roman : la saga de Clara, voyante qui note tout dans des cahiers, et de ses descendants traverse un pays jamais nommé où l'on reconnaît le Chili, jusqu'au coup d'État de 1973.
Borges est un cas à part : le Larousse le présente comme un « maître du fantastique ». Dans Fictions (1944) et L'Aleph (1949), la Bibliothèque de Babel est l'univers entier, l'Aleph est un point de l'espace qui contient tous les points, et Funes, qui se souvient de tout, peine à penser, car « penser, c'est oublier des différences, c'est généraliser, abstraire ». Ce sont des jeux d'idées sur l'infini, plus que des miracles quotidiens.
À retenir : le nom vient de la peinture. Le critique d'art allemand Franz Roh parle de « réalisme magique » en 1925 pour des tableaux réalistes aux sujets de rêve (Tate). En 1949, dans la préface du Royaume de ce monde, roman situé en Haïti, le Cubain Alejo Carpentier défend le « réel merveilleux » (Larousse) : pour lui, le merveilleux est déjà dans l'histoire de l'Amérique. En 1955, le critique Ángel Flores applique le terme aux fictions de Borges.
Quiz : teste tes connaissances
La difficulté monte : les trois dernières questions sont les plus piégeuses.
Question 1 : Comment s'appelle le village imaginaire de Cent ans de solitude ?
Réponse : B. Macondo est le village fondé par les Buendía, et il disparaît avec eux à la dernière page. Comala, le piège, est le village peuplé de morts de Pedro Páramo, de Juan Rulfo (1955).
Question 2 : Qu'est-ce qui distingue le réalisme magique ?
Réponse : D. Le prodige y est un fait parmi d'autres, accepté sans surprise. A, le piège, décrit le fantastique selon Todorov, que le réalisme magique écarte.
Question 3 : Remedios la Belle vient de monter au ciel. Comment réagit Fernanda ?
Réponse : A. Fernanda accepte le prodige, mais prie longtemps Dieu de lui rendre ses draps : le miracle devient une affaire de linge. D décrit plutôt le doute d'un personnage de récit fantastique.
Question 4 : La Maison aux esprits (1982), premier roman d'Isabel Allende, mêle le surnaturel à quelle histoire ?
Réponse : C. La saga familiale traverse un pays jamais nommé où l'on reconnaît le Chili, jusqu'au coup d'État de 1973. B relève bien du réalisme magique, mais c'est l'arrière-plan de Cent ans de solitude.
Question 5 : Dans La Maison aux esprits, quel personnage devine l'avenir et note tout dans des cahiers ?
Réponse : A. Clara, la voyante, consigne la vie de la famille dans des cahiers qui sauvent son histoire de l'oubli. Le piège est Rosa, sa sœur aux cheveux verts : c'est elle qu'on retient pour sa beauté, pas pour la voyance.
Question 6 : Dans « La Bibliothèque de Babel » (Fictions), que désigne la Bibliothèque ?
Réponse : D. Dès la première phrase, l'univers est la Bibliothèque, qui contient toutes les combinaisons possibles de 25 symboles. B confond avec « L'Aleph », où le prodige se cache dans une cave.
Question 7 : Qu'est-ce que l'Aleph, dans la nouvelle du même nom ?
Réponse : B. Dans une cave de Buenos Aires, le narrateur voit en un seul point l'univers entier. D, le piège, vient d'une autre nouvelle de Borges, « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent ».
Question 8 : Dans « Funes ou la mémoire », Funes se souvient de tout. Pourquoi le narrateur le juge-t-il peu capable de penser ?
Réponse : C. Pour le narrateur, « penser, c'est oublier des différences » : Funes retient chaque détail comme unique et ne peut généraliser. A est tentant, car sa mémoire vient bien d'un accident, mais c'est l'abstraction qui lui manque.
Question 9 : D'où vient l'expression « réalisme magique » ?
Réponse : D. Franz Roh l'emploie en 1925 pour des tableaux réalistes aux sujets de rêve ; la critique littéraire ne s'en empare qu'ensuite. B confond l'origine du mot avec le « boom », l'essor du roman latino-américain dans les années 1960, qui l'a rendu célèbre.
Question 10 : Que veut dire Alejo Carpentier par « réel merveilleux », en 1949 ?
Réponse : A. Sa préface se termine en demandant si l'histoire de toute l'Amérique n'est pas une « chronique du réel merveilleux ». B est le contresens : chez lui, le merveilleux se constate, il ne s'invente pas.
Question 11 : Dans Cent ans de solitude, l'armée tue environ 3 000 grévistes de la compagnie bananière, puis le village nie le massacre. Que faut-il en dire ?
Réponse : C. Le roman transpose la répression d'une grève dans les bananeraies de Ciénaga, en Colombie, en décembre 1928 : l'armée annonça 13 morts, le vrai bilan reste inconnu. A est le piège : le réalisme magique part de l'histoire, il ne l'efface pas.
Question 12 : Pourquoi faut-il nuancer quand on range Borges dans le réalisme magique ?
Réponse : B. Ses nouvelles construisent des paradoxes sur l'infini ou la mémoire, d'où son titre de « maître du fantastique ». D est le piège : Ángel Flores lui a justement appliqué le terme dès 1955.
Sources
- Encyclopédie Larousse, « réalisme magique ».
- Encyclopédie Larousse, « Jorge Luis Borges ».
- Tate, « Magic realism », glossaire d'art (en anglais).