Le BIM consiste à construire une seule maquette numérique du bâtiment, faite d'objets qui portent leurs données : un mur y connaît son épaisseur, ses couches de matériaux et l'étage qui le porte. Plans, coupes, façades et quantités sont tirés de cette maquette : déplace un mur en plan, et la coupe comme le tableau des surfaces suivent tout seuls. Revit et Archicad sont conçus pour travailler ainsi ; SketchUp modélise des volumes très vite, sans faire du BIM à lui seul.
Du trait à l'objet : ce que change le BIM
Avec un logiciel de DAO (dessin assisté par ordinateur), un mur en plan, ce sont deux traits parallèles : le logiciel ne sait pas que c'est un mur. Coupe, façade et tableau des surfaces sont d'autres dessins, à tenir à jour à la main. Oublie d'en corriger un, et tes documents se contredisent.
En BIM, tu poses un objet « mur », avec sa géométrie et ses propriétés : composition couche par couche, niveau, et toute donnée qu'on choisit d'y ajouter. Il est paramétrique : change son épaisseur ou sa hauteur, et sa forme se recalcule.
Définition : le BIM (Building Information Modeling, modélisation des informations du bâtiment) est une façon de travailler autour d'une maquette numérique unique, faite d'objets porteurs de données, dont on tire les documents du projet et que les intervenants partagent.
Une vue n'est plus un dessin à part, mais une façon de regarder la maquette. Une nomenclature, de même, est un tableau tiré d'elle : liste des portes, volume de béton des murs.
Exemple : tu remplaces les portes de 83 cm de large par des portes de 93 cm. En DAO, tu reprends chaque plan, chaque façade et le tableau des menuiseries. En BIM, tu changes le type de porte une fois, et toutes les vues, nomenclature comprise, suivent.
L'autre apport, c'est la coordination : l'architecte et les bureaux d'études (structure, fluides comme le chauffage ou la ventilation) réunissent leurs maquettes, et un logiciel y cherche les conflits, comme une gaine qui traverse une poutre. On les règle à l'écran plutôt que sur le chantier (exercice 2).
En France, pour un marché public, c'est l'acheteur qui choisit : le Code de la commande publique dit qu'il « peut » exiger « des outils de modélisation électronique des données du bâtiment » (article R2132-10). C'est une possibilité, pas une obligation.
Revit et Archicad, deux logiciels BIM
Revit, d'Autodesk, et Archicad, de Graphisoft, suivent la même logique : tu définis les niveaux du bâtiment, puis tu poses murs, dalles, portes et fenêtres, qui sont des objets et non des traits. Tous deux exportent en IFC, le format d'échange présenté plus bas.
Première différence : Revit ne s'installe que sous Windows, et sur un Mac il faut faire tourner Windows dans une machine virtuelle, un logiciel qui simule un second ordinateur. Archicad existe pour Windows et pour macOS.
La seconde tient à tes propres objets. Dans Revit, chaque objet appartient à une famille, qui regroupe des types : une famille de murs peut contenir un type « béton 20 cm » et un type « brique 20 cm ». Murs, sols et toits sont des familles système, livrées avec le logiciel ; portes, fenêtres et meubles sont des familles chargeables, des fichiers .rfa. Dans Archicad, ces derniers sont des éléments de bibliothèque décrits en GDL (Geometric Description Language), un langage de programmation inspiré du BASIC.
SketchUp, la maquette d'esquisse
SketchUp, de Trimble, part d'une autre idée. Ses entités de base sont des arêtes et des faces : tu traces un contour fermé, il devient une face, et l'outil Pousser/Tirer en fait un volume, ou creuse un volume existant. De quoi tester vite l'implantation et la hauteur d'un projet sur son terrain.
Mais une face ne sait pas qu'elle est un mur. Pour donner du sens à la maquette, tu regroupes la géométrie en groupes ou en composants, puis tu leur attribues une classification : tel composant est un mur, tel autre une dalle. SketchUp exporte alors ces classifications dans un fichier IFC.
Piège classique : une belle 3D n'est pas une maquette BIM. Sans classification, tes volumes restent des faces : le logiciel qui les reçoit ne peut ni compter tes murs ni lire leur composition. Le BIM, ce sont les données attachées aux objets, pas le relief.
| Critère | Revit | Archicad | SketchUp |
|---|---|---|---|
| Éditeur | Autodesk | Graphisoft | Trimble |
| Système | Windows seulement | Windows et macOS | Windows et macOS |
| Ce que tu poses | des objets | des objets | des arêtes et des faces |
| Données BIM | dans chaque objet | dans chaque objet | après classification |
Passer d'un logiciel à l'autre : l'IFC
Sur un projet, chacun garde son logiciel : l'architecte sous Archicad, le bureau d'études structure sous Revit, par exemple. Pour qu'ils partagent leurs maquettes, il existe un format commun, l'IFC (Industry Foundation Classes) : un standard ouvert, indépendant des éditeurs, développé par buildingSMART International et normalisé sous la référence ISO 16739-1 (présentation de buildingSMART).
Un fichier IFC range les objets en arborescence : projet, site, bâtiment, niveaux, puis murs, dalles, portes et fenêtres de chaque niveau, chacun avec sa géométrie et ses propriétés.
L'IFC sert d'abord de référence commune. Dans Revit, un IFC lié à ton projet est en lecture seule : tu peux coter sur ses éléments, t'y accrocher et les étiqueter, pas les modifier. Quand l'auteur envoie une nouvelle version, tu recharges le lien et ta maquette suit (aide de Revit). Ouvrir l'IFC crée au contraire une nouvelle maquette, qui ne suit plus le fichier d'origine.
Piège classique : croire qu'un IFC transmet ta maquette telle quelle. L'autre reçoit ce que tes réglages d'export ont retenu, lu par un autre logiciel. Avant d'envoyer, ouvre ton fichier dans une visionneuse IFC gratuite : si un mur manque ou a perdu sa composition, tu le vois avant lui.
Exercices corrigés
Du plus direct au plus proche d'un rendu de projet, sur des données fictives. Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Un mur en béton mesure 8,00 m de long, 2,70 m de haut et 0,20 m d'épaisseur. Il est percé d'une fenêtre de 1,20 m × 1,35 m et d'une porte de 0,90 m × 2,15 m. Calcule la surface nette d'une face du mur, puis son volume de béton.
Correction :
Surface brute : 8,00 × 2,70 = 21,60 m².
Ouvertures : la fenêtre fait 1,20 × 1,35 = 1,62 m² et la porte 0,90 × 2,15 = 1,935 m², soit 3,555 m² en tout.
Surface nette : 21,60 − 3,555 = 18,045 m², soit environ 18,05 m².
Volume de béton : surface nette × épaisseur = 18,045 × 0,20 ≈ 3,61 m³.
Exercice 2 : Dans la maquette commune, une gaine de ventilation ronde de 400 mm de diamètre passe sous une poutre. L'axe de la gaine est à 2,60 m au-dessus du sol fini, la sous-face de la poutre à 2,75 m. Y a-t-il un conflit, et de combien ? À quelle hauteur maximale faut-il placer l'axe de la gaine pour garder 5 cm d'espace sous la poutre ?
Correction :
Le piège : comparer l'axe (2,60 m) à la poutre (2,75 m) et conclure que ça passe. Ce qui compte, c'est le haut de la gaine : axe + rayon = 2,60 + 0,20 = 2,80 m.
Il dépasse la sous-face de 2,80 − 2,75 = 0,05 m : la gaine entre de 5 cm dans la poutre.
Pour garder 5 cm d'espace, le haut de la gaine doit rester à 2,75 − 0,05 = 2,70 m au plus, donc l'axe à 2,70 − 0,20 = 2,50 m au plus.
Exercice 3 : Tu modélises un projet sous Archicad. Le bureau d'études structure travaille sous Revit : il doit placer ses poteaux et ses poutres d'après ta maquette, qui va encore évoluer. Quel fichier lui envoies-tu ? Dans Revit, doit-il lier ce fichier ou l'ouvrir ? Pourra-t-il modifier tes murs ?
Correction :
Tu lui envoies un fichier IFC, que les deux logiciels savent échanger.
Comme ta maquette va évoluer, il a intérêt à le lier : à chaque nouvelle version, il recharge le lien et sa maquette suit, alors qu'un IFC ouvert resterait figé à la version reçue.
Lié, ton IFC est en lecture seule dans Revit : il peut s'y accrocher, coter et étiqueter, mais pas modifier tes murs. Une modification de l'architecture passe donc par toi, dans Archicad, puis par un nouvel export.
À retenir
À retenir :
- Le BIM est une méthode : une maquette unique, faite d'objets porteurs de données, d'où sortent plans, coupes, façades et nomenclatures.
- Revit (Windows seulement) et Archicad (Windows et macOS) sont des logiciels BIM.
- SketchUp modélise des faces ; ses objets ne portent des données BIM que si tu les classes.
- L'IFC, format ouvert (ISO 16739-1), fait passer une maquette d'un logiciel à l'autre ; lié dans Revit, il est en lecture seule.
- Un conflit se juge sur les bords des objets : l'axe plus le rayon, jamais l'axe seul.
Sources
- Code de la commande publique, article R2132-10, version en vigueur depuis le 1er avril 2019 : texte sur Légifrance.
- buildingSMART International, présentation du format IFC : page de buildingSMART.
- Autodesk, aide de Revit, « About Linking to IFC Files » : page d'aide.