Écrire comme un journaliste, c'est donner l'essentiel dès la première phrase : qui a fait quoi, où et quand, puis comment et pourquoi, et les détails ensuite. Exemple, sur des faits fictifs : « Le conseil municipal de Valmont-sur-Lise a voté lundi soir la gratuité des bus pour les moins de 26 ans, à partir du 1er janvier. » Cette page te montre comment bâtir cette phrase, puis la dépêche et l'article qui en partent, avec trois exercices corrigés. Côté formation, la liste de la CPNEJ, la commission qui reconnaît les cursus de journalisme, en compte 16 en janvier 2026 ; l'écriture, elle, se travaille sans attendre l'école.
La pyramide inversée
Ce principe s'appelle la pyramide inversée : l'information principale en tête, puis les précisions, puis les détails. Il a deux raisons d'être. Ton lecteur peut s'arrêter à n'importe quelle ligne : s'il décroche après la première, il sait déjà l'essentiel. Et quand la place manque, on raccourcit le texte en coupant par la fin, sans rien réécrire.
La première phrase s'appelle l'attaque. Elle répond aux questions de référence : qui, quoi, où, quand, puis comment et pourquoi si la place le permet. En anglais, on parle des « 5 W » : who, what, where, when, why. Pour trouver l'essentiel, raconte l'événement en une phrase à quelqu'un qui n'en sait rien : tu diras le fait nouveau. Dans l'exemple, c'est la gratuité, pas la réunion du conseil.
Piège classique : suivre la chronologie. « Lundi à 18 h, les élus se sont réunis en mairie. Après le vote du budget, ils ont abordé les transports… » La gratuité arrive à la troisième phrase, et ton lecteur est peut-être déjà parti. La chronologie peut servir un reportage, jamais l'attaque d'une information.
Écrire une dépêche
Une dépêche est une information produite par une agence de presse, comme l'Agence France-Presse (AFP), et diffusée à ses clients abonnés : télévisions, radios, journaux, sites. C'est la pyramide inversée à l'état pur. L'AFP résume ses règles d'écriture ainsi : une langue claire, précise et accessible, pas de « je » ni d'opinion personnelle, pas de clichés, et des sources toujours citées.
Concrètement : un titre qui dit le fait avec un verbe, une attaque qui répond à qui, quoi, où et quand, puis les précisions de la plus utile à la moins utile, citations attribuées comprises. Le contexte vient en dernier, car c'est lui qu'on coupe.
Exemple : une dépêche complète, sur des faits fictifs.
Valmont-sur-Lise rend ses bus gratuits pour les moins de 26 ans
Le conseil municipal de Valmont-sur-Lise a voté lundi soir la gratuité des bus pour les habitants de moins de 26 ans, à partir du 1er janvier.
La mesure coûtera 1,4 million d'euros par an, selon la délibération. « Nous voulons que les jeunes laissent le scooter au garage », a déclaré la maire, Claire Ostrowski.
L'opposition a voté contre, jugeant la dépense « non financée ». Le réseau compte 12 lignes.
De la dépêche à l'article : un angle
La dépêche dit ce qui s'est passé. L'article choisit par où le raconter : c'est l'angle, le point de vue précis sous lequel tu traites le sujet. Sur les bus gratuits, un quotidien régional cherchera qui paiera la facture de 1,4 million d'euros ; le journal d'une université suivra une étudiante qui n'aura plus d'abonnement à payer. Même fait, deux articles, parce que chacun part de son lecteur. Un article, un angle : vouloir tout dire, c'est ne rien faire comprendre.
L'article garde la pyramide pour l'information, avec plus d'étages. Le chapô, ou chapeau, suit le titre : trois ou quatre phrases courtes au plus, qui font entrer dans le sujet. Dans un reportage, l'attaque peut s'ouvrir sur une scène, à condition que le premier paragraphe livre l'essentiel. Les intertitres relancent un texte long. La chute, la dernière phrase, ouvre sur la suite au lieu de résumer.
Conseil : avant d'écrire, situe ton genre. Dans une brève, un compte rendu, un reportage ou une enquête, ton avis n'a pas sa place. Dans un éditorial ou une tribune, l'opinion est signée et présentée comme telle.
Dire d'où vient chaque information
Tu n'as presque jamais tout vu toi-même. Ce que tu tiens de quelqu'un, tu le lui attribues : « selon la préfecture », « a indiqué la maire ». La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, adoptée à Munich en 1971, demande de « publier seulement les informations dont l'origine est connue ou les accompagner, si c'est nécessaire, des réserves qui s'imposent ».
Une réserve courante, c'est le conditionnel : « selon les premiers éléments de l'enquête, l'incendie aurait été provoqué par un court-circuit ». Il signale une information pas encore établie, sans te dispenser de dire qui l'avance.
Les guillemets promettent les mots exacts. Une phrase reformulée s'écrit sans eux, au discours indirect : la maire a dit vouloir que les jeunes laissent le scooter au garage. Et une information publiée qui se révèle fausse se rectifie : c'est un autre devoir du même texte.
Piège classique : le mot qui juge. « Courageusement », « une dépense folle » : glissé dans une information, il fait passer ton avis pour un fait. Si l'évaluation compte, laisse-la à quelqu'un qui l'assume, et cite-le.
Exercices corrigés
Les trois exercices partent de la même situation, fictive. Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir chaque correction.
Exercice 1 : Tes notes, dans le désordre (données fictives) : une inspection de routine a relevé des fissures sur la passerelle piétonne du Marais, à Valmont-sur-Lise ; environ 800 piétons l'empruntent chaque jour, selon la mairie ; la maire l'a fermée mardi par arrêté ; les travaux doivent durer six semaines ; le détour par le pont de la gare allonge le trajet de 1,2 km. Écris l'attaque, en une ou deux phrases.
Correction :
Le fait nouveau, la fermeture, ouvre la phrase : qui (la maire), quoi (la fermeture), où (Valmont-sur-Lise), quand (mardi), pourquoi (les fissures). La durée et le détour touchent directement les piétons : ils suivent.
Proposition : « La maire de Valmont-sur-Lise a fermé mardi la passerelle piétonne du Marais, où une inspection a relevé des fissures. Les travaux doivent durer six semaines, et les quelque 800 piétons qui l'empruntent chaque jour, selon la mairie, feront un détour de 1,2 km. »
Exercice 2 : Un stagiaire propose cette attaque : « Enfin ! La maire a eu le courage de fermer cette vieille passerelle, qui menace de s'effondrer. » Repère ce qui ne va pas, puis réécris-la avec les notes de l'exercice 1.
Correction :
« Enfin ! » et « a eu le courage » sont des jugements du rédacteur, pas des faits. « Vieille » juge aussi : si l'âge compte, on donne l'année de construction. « Menace de s'effondrer » est une affirmation grave que personne n'a faite : l'inspection parle de fissures, pas d'effondrement. Il manque aussi le lieu et le jour.
Réécriture : « La maire de Valmont-sur-Lise a fermé mardi la passerelle piétonne du Marais, après la découverte de fissures lors d'une inspection de routine. »
Exercice 3 : Le journal du lycée voisin te commande un article sur cette fermeture. Selon le proviseur (donnée fictive), environ 300 élèves empruntent la passerelle chaque jour. Avec une vitesse de marche de 5 km/h, calcule le temps que le détour de 1,2 km ajoute à chaque trajet. Choisis ensuite un angle pour ce journal et écris un chapô de deux ou trois phrases, à partir des notes de l'exercice 1.
Correction :
Temps ajouté : $t = \dfrac{d}{v} = \dfrac{1{,}2}{5} = 0{,}24$ h, soit $0{,}24 \times 60 = 14{,}4$ min, près d'un quart d'heure par trajet.
Le lecteur est lycéen : l'angle, c'est ce que la fermeture change pour lui, pas l'état du béton. Le chiffre qui le touche est ce quart d'heure, il va dans le chapô.
Chapô : « La passerelle du Marais, à Valmont-sur-Lise, est fermée depuis mardi pour six semaines, après la découverte de fissures. Environ 300 élèves l'empruntent chaque jour, selon le proviseur. Le détour par le pont de la gare leur ajoute près d'un quart d'heure de marche à chaque trajet. »
À retenir
À retenir :
- L'attaque donne qui, quoi, où et quand ; le comment, le pourquoi et les détails suivent.
- Pyramide inversée : le lecteur peut s'arrêter à toute ligne, et l'on coupe par la fin.
- Un article, un angle, choisi pour son lecteur ; un chapô qui fait entrer, une chute qui ouvre.
- Chaque information dit son origine ; les guillemets promettent les mots exacts.
- Dans un genre d'information, aucun mot qui juge.
Sources
- Agence France-Presse, infographie de présentation de l'agence et de ses règles d'écriture, document d'une ressource éduscol STI du 1er avril 2020 : éduscol.
- Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, Munich, 1971, texte reproduit par l'académie de Strasbourg : pedagogie.ac-strasbourg.fr.
- Commission paritaire nationale de l'emploi des journalistes, liste des cursus reconnus, janvier 2026 : cpnej.fr.