Ton diplôme d'État de masseur-kinésithérapeute ne porte aucune spécialité : il t'ouvre toutes les rééducations du code de la santé publique, de l'entorse de cheville à la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive). Ce que l'Ordre reconnaît ensuite, c'est une « spécificité d'exercice », comme « Kinésithérapie du sport », « Rééducation en pédiatrie » ou « Rééducation cardiaque / respiratoire ». Pour en afficher une, il te faut au moins 80 heures de formation dans le domaine, ou un diplôme universitaire reconnu par l'Ordre.
Spécialité ou spécificité
L'article R4321-5 du code de la santé publique liste les rééducations auxquelles le kinésithérapeute participe sur prescription : orthopédique, neurologique, respiratoire, cardio-vasculaire, périnéo-sphinctérienne, de l'équilibre, de la déglutition, entre autres. Aucune n'exige un diplôme de plus que le tien.
La spécialisation se construit ensuite, par la pratique et la formation continue. Pour la rendre visible, le Conseil national de l'Ordre a arrêté une liste de dix-sept spécificités (avis n° 2023-02 du 20 décembre 2023), de la neurologie à la pelvi-périnéologie (rééducation du périnée).
Définition : une spécificité d'exercice est, pour l'Ordre, un « exercice préférentiel » : une fonction, un organe, une région du corps ou une catégorie de personnes que tu soignes de préférence, sans perdre le droit de soigner les autres. Seules celles de la liste peuvent figurer sur ta plaque, tes documents et dans les annuaires (articles R4321-122 à R4321-125).
Piège classique : écrire « kinésithérapeute spécialiste du sport » sur ta plaque ou ton site. « Spécialiste » ne figure pas dans la liste de l'Ordre : seuls ses intitulés, ici « Kinésithérapie du sport », peuvent s'afficher, et seulement si tu remplis les conditions de formation. Un manquement relève de la juridiction disciplinaire de l'Ordre.
La kinésithérapie du sport
En milieu sportif, le code t'habilite à « participer à l'établissement des bilans d'aptitude aux activités physiques et sportives et au suivi de l'entraînement et des compétitions » (article R4321-11). En cas d'urgence, si aucun médecin n'est là, tu accomplis les gestes de secours nécessaires, puis tu remets un compte rendu au médecin dès qu'il intervient (article R4321-10).
Au quotidien, tu soignes des entorses, des lésions musculaires, des tendinopathies (atteintes d'un tendon, souvent par surcharge). Le plus propre au domaine, c'est la réathlétisation : ramener le sportif, une fois la lésion cicatrisée, aux gestes de son sport à pleine intensité. S'y ajoute la prévention, avec le médecin du sport, le préparateur physique et l'entraîneur.
Exemple : une handballeuse reprend après une entorse du genou. « Elle n'a plus mal » ne suffit pas : compare sa force et ses sauts sur une jambe, côté blessé contre côté sain. Un écart net dit qu'elle n'est pas prête pour un match, même sans douleur.
La kinésithérapie pédiatrique
Un enfant n'est pas un adulte en petit : sa motricité se construit par étapes (tenir sa tête, se retourner, s'asseoir, marcher). Tu l'évalues donc par rapport à ce qu'on attend à son âge.
Les motifs vont du torticolis congénital et des déformations du crâne liées à la position du nourrisson jusqu'à la scoliose de l'adolescent, en passant par les retards de développement moteur, la paralysie cérébrale (lésion d'un cerveau en développement qui perturbe durablement le mouvement et la posture) et la mucoviscidose.
La séance passe par le jeu : à trois ans, on ne fait pas « trois séries de dix », on franchit un parcours ou on attrape un jouet en hauteur. Et les parents font partie du traitement, car l'essentiel se passe entre les séances : installer le bébé, refaire les étirements, repérer ce qui doit inquiéter.
La kinésithérapie respiratoire
La rééducation respiratoire sert à dégager les bronches encombrées (le désencombrement), à mieux ventiler et à rendre au patient sa tolérance à l'effort : BPCO, mucoviscidose, suites de chirurgie thoracique ou abdominale, réanimation.
Le code y pose une condition propre : elle se pratique sur prescription, « à condition qu'un médecin puisse intervenir à tout moment » (article R4321-8). Il liste aussi des gestes précis, comme les aérosols, la ventilation par masque ou la mesure du débit respiratoire maximum (article R4321-9).
Pour la bronchiolite du nourrisson, la Haute Autorité de santé (HAS) a actualisé en novembre 2019 ses recommandations de 2000 sur le premier épisode avant 12 mois. Le grade va de A (preuve établie) à C (preuve faible) ; « accord d'experts » signale l'absence d'études.
| Technique | Avis de la HAS | Grade |
|---|---|---|
| Drainage postural, vibrations, clapping | Contre-indiqués | A |
| Augmentation du flux expiratoire (expiration accélérée par les mains sur le thorax), nourrisson hospitalisé | Non recommandée | B |
| Désencombrement bronchique en ambulatoire (sans hospitalisation) | Non recommandé, faute de données | Accord d'experts |
| Kinésithérapie respiratoire en cas de comorbidité (autre maladie associée, respiratoire chronique ou neuromusculaire) | Peut se discuter | Accord d'experts |
| Désobstruction des voies aériennes supérieures (lavage de nez) | Nécessaire | C |
Piège classique : en conclure « pas de kiné respiratoire chez l'enfant ». La recommandation ne vise que le premier épisode de bronchiolite aiguë avant 12 mois, laisse la discussion ouverte en cas de comorbidité, et ne concerne ni la mucoviscidose ni les autres maladies respiratoires chroniques.
Se former et afficher sa spécificité
D'après les recommandations de l'Ordre sur la communication (version mise en ligne le 17 février 2023), tu peux afficher une spécificité si tu justifies soit d'une formation en rapport d'au moins 80 heures, suivie auprès d'un organisme signataire de la charte de l'Ordre, soit d'un diplôme universitaire en rapport, du DU (diplôme propre à une université) au doctorat, reconnu par le Conseil national. Aucune autorisation préalable n'est à demander ; le conseil départemental de l'Ordre contrôle le respect de ces règles.
Conseil : avant de t'inscrire, vérifie que le diplôme est reconnu par l'Ordre ou que l'organisme a signé sa charte. Sinon, tu apprendras, mais tu ne pourras rien afficher. Un diplôme absent de la liste peut faire l'objet d'une demande de reconnaissance.
La loi t'impose de toute façon de te former. Tu dois justifier, sur une période de trois ans, de ton engagement dans le développement professionnel continu, ou DPC (article L4021-1). Depuis le 1er janvier 2023 s'y ajoute la certification périodique : un programme minimal d'actions sur six ans (articles L4022-1 et suivants). Autant choisir ces formations dans le domaine que tu vises.
Exercices corrigés
Cherche chaque cas sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Tu suis une équipe de rugby amateur. En plein match, un joueur reste au sol après un plaquage, conscient, la main sur la cheville. Aucun médecin n'est présent au stade. Que t'autorise le code de la santé publique, et que dois-tu faire quand le médecin arrive ?
Correction :
Il y a urgence et pas de médecin : l'article R4321-10 t'habilite à accomplir les gestes de secours nécessaires en l'attendant, par exemple immobiliser la cheville et faire sortir le joueur du terrain.
Dès que le médecin intervient, tu lui remets un compte rendu de ce que tu as fait. Hors urgence, ton cadre au club est l'article R4321-11.
Exercice 2 : Des parents t'appellent pour leur fille de cinq mois, qui fait sa première bronchiolite. Le médecin l'a examinée et l'a laissée rentrer à la maison ; elle n'a aucune maladie chronique. Ils te demandent « des séances pour la désencombrer ». Que prévoit la recommandation de la HAS de 2019, et que leur proposes-tu ?
Correction :
Premier épisode, moins de 12 mois, pas d'hospitalisation, pas de comorbidité : le désencombrement bronchique n'est pas recommandé (accord d'experts), et le drainage postural, les vibrations et le clapping sont contre-indiqués (grade A). Pas de séances de désencombrement, donc.
La HAS juge en revanche nécessaire la désobstruction des voies aériennes supérieures : montre aux parents le lavage de nez au sérum physiologique, bébé couché, la tête maintenue sur le côté. Dis-leur quand reconsulter malgré le lavage de nez (respiration plus rapide, thorax qui se creuse, bébé qui boit moins bien sur plusieurs repas) et quand appeler le 15 (bébé bleu autour de la bouche, pauses respiratoires, malaise).
Exercice 3 : Trois kinésithérapeutes veulent afficher une spécificité. Léa a suivi 60 heures de formation en pédiatrie auprès d'un organisme signataire de la charte de l'Ordre, sans diplôme universitaire. Hugo a un DU de kinésithérapie du sport reconnu par le Conseil national et veut écrire « Kinésithérapeute spécialiste du sport ». Inès a suivi 90 heures de formation en rééducation respiratoire auprès d'un organisme signataire de la charte et veut écrire « Kinésithérapie respiratoire ». Qui peut afficher quoi ?
Correction :
Léa : 60 heures, c'est sous le seuil de 80, et elle n'a pas de diplôme universitaire. Rien à afficher pour l'instant : il lui manque 20 heures.
Hugo : son DU reconnu remplit la condition, mais « spécialiste » n'est pas dans la liste. Il peut écrire « Kinésithérapie du sport ».
Inès : 90 heures dépassent le seuil de 80. La liste dit « Rééducation cardiaque / respiratoire », mais l'avis permet d'en afficher une partie et de remplacer « rééducation » par « kinésithérapie ». « Kinésithérapie respiratoire » est donc admis.
À retenir
À retenir :
- Le diplôme d'État ne porte aucune spécialité : il t'ouvre toutes les rééducations de l'article R4321-5.
- L'Ordre reconnaît dix-sept spécificités d'exercice ; « spécialiste » n'en fait pas partie.
- Pour en afficher une : au moins 80 heures de formation auprès d'un organisme signataire de la charte, ou un diplôme universitaire reconnu.
- Sport : bilans d'aptitude, suivi de l'entraînement, gestes de secours sans médecin.
- Pédiatrie : évaluer selon les étapes du développement, soigner par le jeu, associer les parents.
- Respiratoire : un médecin doit pouvoir intervenir à tout moment ; pas de désencombrement dans un premier épisode de bronchiolite avant 12 mois, sans comorbidité (HAS, 2019).
- Formation continue : DPC sur trois ans, certification périodique sur six ans.
Sources
- Code de la santé publique, sur Légifrance : actes professionnels (R4321-1 à R4321-13), communication (R4321-122 à R4321-125), développement professionnel continu (L4021-1) et certification périodique (L4022-1 et suivants).
- Haute Autorité de santé et Conseil national professionnel de pédiatrie, « Prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois », recommandation de bonne pratique, novembre 2019 : texte sur has-sante.fr.
- Ordre des masseurs-kinésithérapeutes : avis du Conseil national n° 2023-02 du 20 décembre 2023 relatif aux spécificités et circulaire du 3 mars 2023 sur ses recommandations relatives à la communication.