Une version se traduit toujours dans le même ordre : tu lis tout le texte, tu découpes chaque phrase autour de ses verbes conjugués, tu analyses chaque mot par sa terminaison, tu ouvres le dictionnaire, puis tu écris le français. Dans la phrase d'entraînement Hostibus victis, Caesar castra movit, le seul verbe conjugué est movit. Caesar, au nominatif, est son sujet ; castra, à l'accusatif, son complément d'objet ; hostibus victis, un nom et un participe à l'ablatif, forme un ablatif absolu. Avec castra movere, « lever le camp », tu obtiens : « Une fois les ennemis vaincus, César leva le camp. »
Lire tout le texte, puis découper
Lis d'abord ce qui est en français (titre, vocabulaire, présentation) pour savoir qui parle, puis tout le texte, sans écrire.
Ensuite, découpe. Une proposition, c'est un verbe conjugué et ce qui dépend de lui : souligne chaque verbe conjugué, encadre les mots qui ouvrent une subordonnée (en latin cum, ut, si, ubi et les relatifs qui, quae, quod ; en grec ὅτι, ἵνα, ἐπεί et le relatif ὅς), repère la ponctuation. N'oublie pas les propositions infinitives, bâties autour d'un infinitif. Tu traduiras bloc par bloc, principale d'abord.
Piège classique : cum a deux natures. Devant un ablatif, c'est une préposition : cum amicis, « avec des amis ». En tête d'une proposition dont le verbe est conjugué, le plus souvent au subjonctif, c'est une conjonction : cum hostes appropinquarent, « comme les ennemis approchaient ». Regarde la suite avant d'écrire « avec ».
Analyser chaque mot par sa désinence
La désinence est la terminaison qui change selon le rôle du mot. C'est elle qui dit qui fait quoi, pas l'ordre des mots : Hostes vicit Caesar, c'est « César vainquit les ennemis ». Vicit est au singulier, donc son sujet est Caesar, pas hostes.
Pour chaque nom ou adjectif, note le cas, le genre et le nombre ; pour chaque verbe, la personne, le temps, le mode et la voix. Le cas donne la fonction : sujet au nominatif, complément d'objet à l'accusatif, complément du nom au génitif, attribution au datif, circonstances à l'ablatif. Le grec n'a pas d'ablatif : ses emplois passent au génitif et au datif.
Définition : l'ablatif absolu est un groupe formé d'un nom et, le plus souvent, d'un participe, tous deux à l'ablatif. Il est détaché de la phrase : son nom n'y est en général ni le sujet ni un complément du verbe principal. Il se traduit par une subordonnée de temps, de cause ou de concession, ou par « une fois » suivi du participe. Le grec a le même tour au génitif : le génitif absolu.
Le dictionnaire, après l'analyse
Le dictionnaire range les mots sous leur forme de base : un nom au nominatif singulier, suivi de son génitif (hostis, is), un verbe à la première personne du singulier du présent de l'indicatif (moveo ; en grec λύω). C'est l'analyse qui te fait remonter de movit à moveo, l'entrée à chercher.
Lis l'article en entier : les sens sont classés, et les indications de construction annoncent le complément attendu. Res veut dire « chose », mais res publica se traduit souvent « l'État » : c'est la phrase qui choisit le sens.
Au concours A/L de l'ENS, l'oral de latin autorise un dictionnaire latin-français, le Gaffiot, et le jury de l'écrit de grec rappelle que le Bailly non abrégé (grec-français) « reste la référence » (rapports 2025). Le rapport de grec note qu'une forme du texte a fortement pénalisé ceux qui l'ont cherchée telle quelle dans le Bailly, sans l'analyser.
Écrire un français fidèle
Écris d'abord au brouillon un mot à mot exact, même maladroit, puis réécris-le en bon français. Le jury de grec de l'ENS juge les traductions « avant tout sur leur exactitude linguistique », et rappelle que « l'expression française devrait être irréprochable ».
Le latin et le grec aiment les participes, le français beaucoup moins. Transforme-les : un participe devient une relative (hostes fugientes, « les ennemis qui fuyaient »), une subordonnée ou un second verbe coordonné.
Fidèle veut dire : chaque mot du texte se retrouve dans ta traduction, sans idée ajoutée. Les fautes ont un nom : omission (un mot oublié), faux-sens (un mot pris dans un mauvais sens), contresens (une phrase qui dit autre chose que le texte), non-sens (une phrase absurde).
Conseil : relis ta traduction sans regarder le texte. Une phrase qui ne veut rien dire en français signale souvent un trou dans l'analyse : retourne au texte à cet endroit.
Ce qui change en grec
Les étapes restent les mêmes, avec un guide en plus : l'article (ὁ, ἡ, τό). Il porte le cas, le genre et le nombre, et te montre d'un coup d'œil où commence un groupe nominal.
Les particules, ensuite : ces petits mots invariables donnent la logique de la phrase. Le couple μέν... δέ oppose deux termes (« d'un côté... de l'autre »), γάρ explique (« car »), οὖν conclut (« donc »), et aucune ne se place en tête de sa proposition. Ne les saute pas.
Piège classique : à l'imparfait, à l'aoriste et au plus-que-parfait de l'indicatif, le verbe prend un augment, le plus souvent un ε devant le radical. La forme ἔλυσε se cherche donc à λύω. Dans un verbe composé, l'augment se glisse après le préverbe (l'élément placé devant, ici ἀπο-) : ἀπέβαλε se cherche à ἀποβάλλω.
Exercices corrigés
Cherche chaque exercice sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Analyse puis traduis cette phrase d'entraînement : Urbe capta, milites praedam diviserunt.
Vocabulaire : urbs, urbis : la ville ; capio, is, ere, cepi, captum : prendre ; miles, itis : le soldat ; praeda, ae : le butin ; divido, is, ere, divisi, divisum : partager.
Correction :
Un seul verbe conjugué, diviserunt (parfait, 3e personne du pluriel) : une seule proposition, qui demande un sujet pluriel. Milites peut être nominatif ou accusatif pluriel ; praedam, accusatif singulier, est le complément d'objet : milites est donc le sujet.
Urbe capta : un nom et un participe parfait passif à l'ablatif, que rien ne rattache au verbe. C'est un ablatif absolu, et le participe parfait marque une action déjà accomplie.
Traduction : « Une fois la ville prise, les soldats partagèrent le butin. »
Exercice 2 : Ouverture de la première Catilinaire de Cicéron, discours contre Catilina : Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ?
Vocabulaire : quo usque : jusqu'à quand ; tandem : enfin ; abutor, eris, i, abusus sum, avec l'ablatif : abuser de ; patientia, ae : la patience ; noster, tra, trum : notre. Analyse abutere, puis traduis.
Correction :
Le piège : abutere ressemble à un infinitif présent actif, comme legere. Mais abutor est déponent, de forme passive et de sens actif : son infinitif présent est abuti, donc abutere n'en est pas un. La finale -re remplace ici -ris, désinence passive de la 2e personne du singulier : abutere vaut abuteris. Présent et futur s'écrivent ici de la même façon ; la question « jusqu'à quand » appelle le futur.
Catilina est au vocatif : Cicéron s'adresse à lui. Patientia nostra est à l'ablatif, le cas que demande abutor.
Traduction : « Jusqu'à quand enfin, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? »
Exercice 3 : Début de l'Anabase de Xénophon : Δαρείου καὶ Παρυσάτιδος γίγνονται παῖδες δύο, πρεσβύτερος μὲν Ἀρταξέρξης, νεώτερος δὲ Κῦρος·
Vocabulaire : Δαρεῖος, ου : Darius ; Παρύσατις, ιδος : Parysatis ; γίγνομαι : naître, devenir ; παῖς, παιδός (ὁ ou ἡ) : l'enfant ; δύο : deux ; πρεσβύτερος : plus âgé ; νεώτερος : plus jeune. Découpe, analyse et traduis.
Correction :
Un seul verbe conjugué, γίγνονται (présent de l'indicatif, 3e personne du pluriel), dont le sujet est παῖδες δύο, au nominatif. Δαρείου καὶ Παρυσάτιδος sont des génitifs d'origine : « de Darius et de Parysatis ».
Les particules μὲν... δὲ opposent les deux enfants : πρεσβύτερος va avec Ἀρταξέρξης, νεώτερος avec Κῦρος. Ces adjectifs sont au masculin, ce sont donc deux garçons : « fils » convient.
Le verbe γίγνονται est un présent de narration, qui raconte au présent un fait passé : tu peux le garder ou passer au passé simple, sans mélanger les deux dans ta copie. Traduction : « De Darius et de Parysatis naissent deux fils, l'aîné Artaxerxès et le cadet Cyrus. » « Darius et Parysatis eurent deux fils » est juste aussi : la construction change, pas le sens.
À retenir
À retenir :
- Lire, découper autour des verbes conjugués, analyser, puis seulement le dictionnaire et le français.
- La désinence donne la fonction ; l'accord avec le verbe tranche entre deux cas.
- Ablatif absolu en latin, génitif absolu en grec : souvent une subordonnée en français.
- Au dictionnaire, la forme de base, jamais la forme du texte telle quelle.
- Rien d'oublié, rien d'ajouté, et un français qu'on lit sans le texte.
- En grec, l'article et les particules guident ; l'augment piège.
Sources
- Rapports du jury du concours A/L de l'ENS, session 2025 : écrit de grec et oral de latin (« Textes antiques »).
- Textes cités, Perseus Digital Library (université Tufts) : Cicéron, Catilinaires, I, 1 et Xénophon, Anabase, I, 1, 1.