En licence de lettres modernes, tu étudies la littérature, de l'Antiquité au XXIe siècle, et la langue française, de l'ancien français à la grammaire moderne, en écrivant beaucoup. Hors enseignement, ces savoir-faire mènent à la rédaction, à la correction de textes et à la médiation culturelle, puis, avec de l'expérience ou un master, à l'édition, à la communication ou au journalisme. Exemple : un rédacteur-réviseur relit un texte avant publication pour en corriger fautes et maladresses, avec le regard qu'on t'apprend en grammaire.
Ce que tu étudies en trois ans
Sur ton diplôme, la mention officielle est « Lettres » ; « lettres modernes » est le nom du parcours, c'est-à-dire la spécialisation choisie dans cette mention. Le parcours voisin, lettres classiques, ajoute le latin et le grec ancien au même socle.
La licence se valide avec 180 crédits européens (ECTS), soit 60 par an. Elle compte au moins 1 500 heures d'enseignement et d'encadrement, pour une charge de travail totale de 4 500 à 5 400 heures (arrêté du 30 juillet 2018, article 8). Avec 1 500 heures de cours, ton travail personnel pèse donc au moins deux fois plus que les cours : c'est surtout de la lecture.
Le nom exact du parcours et le détail des cours varient selon les universités : ils figurent dans la maquette, le tableau des enseignements que publie ta faculté. Le socle commun est décrit dans le référentiel national de la licence Lettres (fiche RNCP40114) ; le voici, redit simplement.
| Domaine | Ce que tu dois savoir faire |
|---|---|
| Littérature | Analyser une œuvre dans son contexte, y compris francophone ou comparée |
| Langue française | Décrire la langue, analyser une phrase, lire l'ancien français |
| Écrit et oral | Rédiger dossiers et synthèses ; argumenter à l'oral |
| Langue étrangère | Communiquer dans au moins une langue étrangère |
| Numérique | Utiliser les outils numériques, exploiter des données |
La littérature : situer et comparer les œuvres
En cours de littérature, on ne te demande ni d'aimer un livre ni de raconter son histoire, mais de montrer comment il produit son sens. Tu lis des œuvres françaises et francophones (écrites en français hors de France) et tu les replaces dans leur époque.
La littérature comparée te fait lire côte à côte des œuvres de langues différentes, souvent en traduction, autour d'un mythe ou d'un thème. Par exemple, le séducteur Don Juan, dans le Dom Juan de Molière et dans la pièce espagnole El burlador de Sevilla, attribuée à Tirso de Molina : ce qui change d'une version à l'autre éclaire chaque époque.
Deux familles d'exercices reviennent tout au long du cursus. L'explication de texte et le commentaire analysent un passage, l'une dans l'ordre du texte, l'autre autour de grandes idées. La dissertation discute une affirmation sur la littérature à partir de tes lectures, avec une problématique (la question de départ) et un plan qui y répond.
En vers, tu comptes aussi les syllabes. Le e muet final compte devant une consonne, mais pas devant une voyelle ou un h muet (sauf dans les finales -es et -ent), ni en fin de vers. La diérèse prononce en deux syllabes deux voyelles d'ordinaire réunies, comme « li-on ».
Piège classique : la paraphrase, qui redit le texte avec d'autres mots. « Phèdre parle de sa sœur » n'analyse rien. « En s'adressant à sa sœur Ariane, morte d'un amour malheureux, Phèdre range sa passion dans une suite de malheurs familiaux » est une analyse : elle relie un procédé, l'apostrophe (on s'adresse directement à quelqu'un, ici une absente), à un sens.
La langue française, de l'ancien français à la grammaire
L'autre grand domaine, c'est la langue. En grammaire, pour chaque mot, on distingue sa nature, c'est-à-dire sa classe (nom, adjectif, verbe...), et sa fonction, son rôle dans la phrase (sujet, attribut, complément...). La linguistique, ou science du langage, décrit la langue telle qu'on la parle et l'écrit vraiment. La stylistique étudie les choix d'écriture d'un auteur et leurs effets.
L'ancien français, la langue du Moyen Âge, s'apprend presque comme une langue étrangère. Il explique bien des bizarreries de l'orthographe moderne (exercice 3).
Conseil : en grammaire, pose deux questions séparées. « Qu'est-ce que c'est ? » donne la nature ; « À quoi sert ce mot dans la phrase ? » donne la fonction.
Les débouchés hors enseignement
La licence prépare autant à un master qu'à un emploi direct. Son référentiel national cite comme emplois accessibles chargé de rédaction, rédacteur-réviseur et assistant de médiation culturelle (fiche RNCP40114). Le chargé de rédaction écrit pour une organisation (pages web, lettres d'information, rapports) ; l'assistant de médiation culturelle aide un public à comprendre une œuvre ou une exposition.
D'autres postes y figurent « après 3 à 5 années d'expérience professionnelle » : assistant ou chargé de communication, assistant ou chargé d'édition, chargé d'études ou de ressources documentaires, journaliste. L'autre chemin vers ces métiers passe par un master dans le domaine visé.
La licence ouvre enfin les concours de catégorie A de la fonction publique, celle des cadres : pour ces concours, le diplôme demandé est « le plus souvent » la licence (fonction-publique.gouv.fr). L'enseignement reste possible, mais passe lui aussi par un concours.
Piège classique : attendre la fin de la L3 pour penser au métier. Se situer face à un champ professionnel fait partie des compétences du diplôme : un stage, un emploi étudiant en médiathèque ou des articles pour une association, dès la L2, te donnent de quoi remplir un CV.
Exercices corrigés
Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Dans Phèdre de Racine (acte I, scène 3), l'héroïne dit : « Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée ». Cet alexandrin compte douze syllabes, coupées en deux moitiés par une pause, la césure. Découpe-le en syllabes et place la césure.
Correction :
« Ariane » compte quatre syllabes, A-ri-a-ne : le « i-a » se prononce en deux (diérèse) et le e final compte devant la consonne de « ma ». Avec ma (5) et sœur (6), la césure tombe après « sœur », sur l'exclamation.
Puis de (7), quel (8), a (9), mour (10), bles (11), sée (12) : le e final de « blessée », en fin de vers, ne compte pas. Total : 12 syllabes.
Le piège : lire « A-ria-ne » en trois syllabes. Le compte tombe alors à 11, et c'est ce qui te signale la diérèse.
Exercice 2 : Hippolyte se défend devant son père : « Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. » (Phèdre, acte IV, scène 2). Donne la nature, puis la fonction de « pur ».
Correction :
Nature : adjectif qualificatif (il varie en genre : « pure »).
Fonction : attribut du sujet « le jour », relié à lui par le verbe d'état « être ». « Que le fond de mon cœur » est le complément du comparatif « plus... que ».
Répondre « adjectif » à la question de la fonction, c'est donner la nature : réponse fausse.
Exercice 3 : Dans fête et forêt, que signale l'accent circonflexe ? Prouve-le avec un mot de la même famille pour chacun.
Correction :
En ancien français, on écrivait feste et forest. Le s a cessé de se prononcer, puis l'orthographe l'a remplacé par un accent circonflexe sur la voyelle qui le précédait.
Il reste visible dans la famille de chaque mot : festif ou festival pour fête, forestier pour forêt.
Méthode : devant un circonflexe qui t'intrigue, cherche un mot de la même famille ; s'il contient un s, l'accent le remplace souvent.
Exercice 4 : En partiel, tu tombes sur ce sujet de dissertation : « Le théâtre est-il fait pour être lu ? » Formule en une phrase le problème qu'il pose.
Correction :
Pars des mots clés : une pièce est écrite pour être jouée sur scène, alors que « lu » renvoie à la lecture seule. Le problème naît de cette tension, puisque tu étudies les pièces comme des livres.
Une problématique possible : une pièce existe-t-elle pleinement dans son texte, ou seulement quand elle est jouée ? Ton plan discutera les deux réponses, chacune appuyée sur des pièces que tu as lues.
À retenir
À retenir :
- Mention « Lettres », parcours « lettres modernes » : 180 crédits en trois ans.
- Au moins 1 500 heures de cours pour 4 500 à 5 400 heures de travail.
- Analyser, c'est relier un procédé à un sens, pas raconter le texte.
- En vers, le e muet final compte devant une consonne, pas devant une voyelle ni en fin de vers.
- La nature dit ce qu'est un mot, la fonction ce qu'il fait dans la phrase.
- Hors enseignement : rédaction, révision, médiation culturelle, puis communication, édition ou journalisme avec de l'expérience ou un master.
- La plupart des concours de catégorie A demandent une licence.
Sources
- Arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence, articles 2 et 8 : Légifrance.
- Licence Lettres, fiche nationale RNCP40114 : France compétences.
- « Les conditions propres aux concours externes », mise à jour du 24 février 2023 : fonction-publique.gouv.fr.