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Photographie et Vidéo en Licence Arts Plastiques : Création et Analyse de l'Image

Décrire, relever les choix plastiques, puis interpréter : la méthode pour analyser une photo ou une vidéo, les réglages et le ralenti pour créer, le droit de citation, et trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Pour analyser une photo ou une vidéo, avance en trois temps : décris ce qu'elle montre, relève les choix qui la fabriquent (cadrage, lumière, netteté, durée), et seulement ensuite dis ce qu'elle suggère. Exemple : dans un portrait au fond très flou, le visage est coupé de ce qui l'entoure ; ce flou vient d'un réglage, une grande ouverture, et c'est lui qui te permet de parler d'isolement. Pour créer, fais le chemin inverse : pars de l'effet voulu et choisis le réglage qui le produit.

Lire une image en trois temps

Décrire, c'est dire ce qu'on voit sans interpréter : « une femme triste » est déjà une lecture, « une femme aux yeux baissés » est une description.

Relever les choix plastiques, c'est dire comment l'image est faite : le cadrage (ce qui entre dans l'image et ce qui en reste exclu), le point de vue (en plongée, l'appareil regarde d'en haut ; en contre-plongée, d'en bas), la lumière, les couleurs, la netteté, le grain.

Interpréter, enfin, c'est relier ces choix à un sens. Chaque idée s'appuie sur un élément relevé avant ; sinon, ce n'est qu'une opinion.

Définition : la dénotation est ce que l'image montre littéralement ; la connotation, ce qu'elle suggère en plus, selon la culture de celui qui regarde. L'ancrage est le rôle du texte posé avec l'image (légende, titre, slogan) : il choisit un sens parmi ceux qu'elle permet.

Roland Barthes utilise ces notions dans « Rhétorique de l'image » (1964), à propos d'une publicité Panzani. Dénoté : des paquets de pâtes, des légumes et un champignon sortent d'un filet à demi ouvert. Connoté : la fraîcheur, la cuisine faite à la maison, et ce que Barthes appelle l'« italianité », portée par les couleurs et le nom de la marque.

Piège classique : réciter un dictionnaire des symboles (« la plongée écrase », « le rouge, c'est la passion »). Une plongée peut aussi offrir une vue d'ensemble, un rouge signaler un danger. Une connotation se justifie par toute l'image et par son contexte.

Les réglages sont des choix plastiques

Trois réglages dosent la lumière qui atteint le capteur ou la pellicule. L'ouverture est le trou que le diaphragme de l'objectif laisse à la lumière. On la note par un nombre f, comme f/2,8 ou f/8 : c'est la focale de l'objectif (une longueur, en millimètres) divisée par le diamètre du trou, donc plus ce nombre est grand, plus le trou est petit. Le temps de pose, ou vitesse, est la durée pendant laquelle l'obturateur reste ouvert. La sensibilité ISO dit à quel point le capteur réagit à la lumière.

Chacun laisse une trace visible. La profondeur de champ est la zone qui paraît nette devant et derrière le point de mise au point : elle diminue quand tu ouvres davantage ou te rapproches du sujet.

RéglagePour plus de lumièreCe qui change dans l'image
Ouverturenombre f plus petit (f/2,8 au lieu de f/8)moins de profondeur de champ : le fond devient flou
Temps de posepose plus longue (1/30 s au lieu de 1/250 s)ce qui bouge laisse une traînée floue
Sensibilité ISOnombre plus élevé (1 600 au lieu de 200)plus de bruit (des points parasites) en numérique, plus de grain en argentique

La lumière se compte en diaphs : un diaph, c'est deux fois plus, ou deux fois moins, de lumière. Passer de 1/125 s à 1/250 s en retire un. Dans la suite f/2,8 ; f/4 ; f/5,6 ; f/8 ; f/11 ; f/16, chaque cran en retire un aussi : le nombre f est multiplié par environ 1,4 (√2), donc la surface du trou est divisée par 2.

Ainsi, f/8 à 1/125 s donne la même exposition que f/5,6 à 1/250 s. Le choix entre les deux est plastique : f/5,6 floute davantage le fond, 1/250 s fige mieux le mouvement.

Piège classique : « grand nombre, grande ouverture ». C'est l'inverse : f/16 est un petit trou, f/2,8 un grand. Pour flouter un fond, descends vers les petits nombres.

Penser en série

En photographie plasticienne, une image prend souvent son sens dans une série réalisée selon un même protocole, c'est-à-dire des règles de prise de vue fixées d'avance, comme un même cadrage et une même lumière. La répétition installe une règle, et chaque écart à cette règle se voit.

Exemple : de 1977 à 1980, Cindy Sherman réalise les Untitled Film Stills, des photographies en noir et blanc où elle joue elle-même des rôles de femmes inspirés du cinéma des années 1940 à 1960. Chaque image imite une photo de film, mais c'est elle qui met tout en scène. Seule, une image montre un personnage ; ensemble, elles forment un catalogue de rôles, et c'est la série qui les fait voir comme des stéréotypes.

La vidéo : le temps comme matériau

La vidéo ajoute le temps et le son. En art vidéo, on les travaille comme une matière : on étire un geste, on le répète en boucle, on fait durer un plan (un morceau filmé sans coupure) bien plus longtemps que dans un film de fiction.

Le ralenti s'obtient en filmant à une cadence, c'est-à-dire un nombre d'images par seconde, plus élevée que celle de la diffusion. Au cinéma, on diffuse à 24 images par seconde.

Formule : facteur de ralenti = cadence de prise de vue ÷ cadence de diffusion. Filmé à 120 images par seconde et diffusé à 24, un geste est ralenti 120 ÷ 24 = 5 fois.

Bill Viola a beaucoup exploré ce ralenti extrême : dans The Quintet of the Astonished (2000), cinq acteurs traversent des émotions si étirées qu'on suit chaque changement sur leur visage.

Pour analyser une vidéo, garde les trois temps et ajoute la durée des plans, le rythme du montage et le rapport entre l'image et le son : une musique peut contredire ce que montre l'image, une voix peut en orienter le sens comme une légende.

Utiliser les images des autres

Piège classique : croire qu'une image est libre parce qu'elle est en ligne et gratuite. Elle reste protégée par le droit d'auteur, à moins d'être entrée dans le domaine public (ses droits d'exploitation ont expiré).

Pour t'en servir sans demander, tu peux t'appuyer sur une licence qui autorise ton usage (certaines licences Creative Commons) ou sur la courte citation : l'article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle permet « les analyses et courtes citations » d'une œuvre déjà rendue publique, si elles sont justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre qui les accueille, et si le nom de l'auteur et la source sont indiqués clairement.

Un court extrait commenté dans ton dossier d'analyse, avec son auteur et sa source, correspond à ce cadre. Remonter de longues séquences d'un film dans ta propre vidéo n'est plus une courte citation : il faut l'accord de l'auteur ou une licence.

Exercices corrigés

Du plus direct au plus proche d'un partiel : cherche sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Tu filmes un visage qui passe du calme à la surprise en 4 secondes, à 60 images par seconde. Ton montage diffuse à 24 images par seconde. Combien d'images as-tu enregistrées ? Combien de temps dure le geste à l'écran ?

Correction :

Images enregistrées : 4 × 60 = 240 images. À 24 images par seconde, elles défilent en 240 ÷ 24 = 10 secondes.

Contrôle avec le facteur de ralenti : 60 ÷ 24 = 2,5, et 4 s × 2,5 = 10 s. Réponse : 240 images, 10 secondes à l'écran.

Exercice 2 : Pour flouter l'arrière-plan d'un portrait, Inès, en mode manuel, passe de f/5,6 à f/16 sans toucher au reste : elle pense qu'un plus grand nombre f ouvre davantage. Qu'arrive-t-il au fond ? Combien de fois moins de lumière reçoit-elle ? Que devait-elle faire ?

Correction :

f/16 est un trou plus petit que f/5,6. La profondeur de champ augmente : le fond devient plus net, l'inverse de ce qu'elle voulait.

De f/5,6 à f/8, f/11 puis f/16, elle ferme de trois diaphs, et chacun divise la lumière par 2 : 2 × 2 × 2 = 8. Elle reçoit 8 fois moins de lumière, et sa photo sera sous-exposée.

Il fallait ouvrir, par exemple à f/2,8, en divisant le temps de pose par 4 (deux diaphs) pour garder la même exposition, ou se rapprocher de son modèle.

Exercice 3 : Une photographie (image fictive) montre un homme âgé assis seul sur un banc, au milieu d'un grand parking vide. La prise de vue est en plongée et de loin : l'homme occupe une petite partie du bas du cadre. La lumière est grise et sans ombre, les couleurs sont ternes. Légende : « Dimanche ». Écris la dénotation en une phrase, propose deux connotations rattachées chacune à un choix plastique, puis dis quel rôle joue la légende.

Correction :

Dénotation : un homme âgé est assis seul sur un banc, au milieu d'un parking vide.

Première connotation, l'isolement : le vide autour de lui et la petite place qu'il occupe dans le cadre le coupent de tout. Seconde connotation, un temps arrêté : une lumière sans ombre n'indique aucune heure, et les couleurs ternes retirent toute animation à la scène.

La légende fait l'ancrage : « Dimanche » oriente vers le jour sans activité et l'ennui, alors que l'image seule laissait aussi lire une attente ou un abandon.

À retenir

À retenir :

  • Analyser : décrire, relever les choix plastiques, puis interpréter en s'appuyant sur eux.
  • Dénotation : ce que l'image montre ; connotation : ce qu'elle suggère ; ancrage : le sens que choisit le texte.
  • Grand nombre f, petit trou, fond plus net ; un diaph double ou divise par deux la lumière.
  • Ralenti : cadence de prise de vue ÷ cadence de diffusion.
  • Une image en ligne reste protégée ; la courte citation justifiée, avec auteur et source, se fait sans accord.

Sources

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