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Cinéma en Licence Arts du Spectacle : Analyse Filmique, Genres et Auteurs

Analyser une séquence pas à pas, nommer ce qu'on voit et ce qu'on entend, puis se servir des genres et de la notion d'auteur, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Analyser un film, c'est relier un choix de mise en scène précis à l'effet qu'il produit, puis au sens qu'il prend dans l'œuvre. Dans Citizen Kane (Orson Welles, 1941), la mère de Charles signe au premier plan le contrat qui confie son fils à une banque ; au fond, par la fenêtre, l'enfant joue dans la neige, et un travelling arrière le rapetisse dans ce cadre. Tu décris (profondeur de champ, travelling), tu dis l'effet (les adultes occupent l'avant, l'enfant devient minuscule), puis tu interprètes : on décide du destin d'un garçon qui n'a pas son mot à dire.

La méthode de l'analyse de séquence

L'exercice de base est l'analyse de séquence. Un plan est le fragment de film compris entre deux coupes ; une séquence, une suite de plans qui forme une unité du récit.

Étape 1 : Situer la séquence dans le film : ce qui la précède, ce qu'elle change.

Étape 2 : Au brouillon, faire le relevé plan par plan : cadre, mouvements, raccords (le passage d'un plan au suivant), sons.

Étape 3 : Retenir deux ou trois choix de mise en scène qui portent le sens, et dire l'effet de chacun.

Étape 4 : Interpréter, chaque idée prouvée par un plan précis. Ta copie avance par idées, pas plan par plan.

Piège classique : raconter. « Charles joue dehors pendant que sa mère signe » est un résumé. L'analyse commence quand tu dis comment c'est montré (l'enfant minuscule dans le cadre de la fenêtre) et ce que ça produit.

Le vocabulaire du plan

Décrire juste, c'est employer le mot exact.

NotionCe que tu observes
Échelle des plansLa taille du sujet dans le cadre : plan d'ensemble (un lieu), plan moyen (en pied), plan américain (à mi-cuisses), plan rapproché (taille ou poitrine), gros plan (visage), très gros plan (détail).
AnglePlongée : la caméra filme le sujet d'au-dessus. Contre-plongée : d'en dessous.
MouvementPanoramique : la caméra pivote sur place. Travelling : elle se déplace. Zoom : l'objectif grossit ou élargit l'image, la caméra ne bouge pas.
Profondeur de champLa zone de netteté, en profondeur. Grande, elle garde nets à la fois le premier plan et l'arrière-plan.
Champ et hors-champLe champ est ce que montre le cadre ; le hors-champ, l'espace autour, que le film suggère par un regard, un son, une ombre.

Piège classique : donner un sens fixe à un procédé (« contre-plongée égale puissance »). Le dossier du CNC sur Citizen Kane le montre : Welles filme en contre-plongée comme John Ford dans La Chevauchée fantastique (1939), sans produire le même effet. Le sens d'un procédé se lit à l'endroit précis où il apparaît.

Le montage et le son

Le sens naît aussi de la rencontre entre deux plans : c'est l'effet Koulechov, du nom du cinéaste soviétique Lev Koulechov. Selon le récit de Vsevolod Poudovkine (1929), le même visage impassible de l'acteur Ivan Mosjoukine, monté après une assiette de soupe, une fillette dans un cercueil ou une femme sur un divan, semblait exprimer la faim, le chagrin ou le désir. Aucune copie de ce montage n'a été retrouvée, mais le principe tient : le raccord regard (un personnage regarde, puis on voit ce qu'il voit) repose sur lui.

Pour le son, Michel Chion (L'Audio-vision, 1990) part de la diégèse, le monde de l'histoire où vivent les personnages.

Définition : un son est in si sa source se voit à l'image ; hors-champ si sa source appartient à l'histoire mais reste hors du cadre (une porte qui claque à côté) ; off s'il vient d'en dehors de l'histoire, comme la musique d'accompagnement ou la voix d'un narrateur.

Piège classique : appeler « off » tout son dont on ne voit pas la source. Demande-toi d'abord si le son existe pour les personnages. Si non, il est off ; si oui, il est in ou hors-champ selon qu'on voit sa source.

Les genres : ce que le film fait de ses codes

Un genre (western, film noir, film biographique) est une famille de films reconnaissable à des traits communs. Rick Altman, dans un article de 1984, en distingue deux niveaux : les éléments sémantiques, ingrédients repérables (lieux, personnages, objets), et la syntaxe, les relations entre ces ingrédients, qui portent le sens. Pour le western, il oppose la définition de Jean Mitry (une action située dans l'Ouest américain) à celle de Jim Kitses, pour qui le genre naît d'une tension entre l'Ouest vu comme jardin et l'Ouest vu comme désert.

Nommer le genre ne suffit donc pas : dis ce que le film fait de ses codes, plan à l'appui. Citizen Kane, inspiré du magnat de la presse William Randolph Hearst, est construit en retours en arrière (flashbacks), procédé devenu un passage obligé du film biographique. Il emprunte aussi au film noir la silhouette sombre de Thompson, le journaliste qui enquête comme un détective privé, pour raconter le rêve américain par son envers.

L'auteur : une méthode, pas une intention

La politique des auteurs naît dans la revue Cahiers du cinéma : l'auteur d'un film, c'est son réalisateur, pas son scénariste ni son producteur. En 1954, François Truffaut y publie « Une certaine tendance du cinéma français », charge contre les scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost et contre la « tradition de la qualité », un cinéma de studio académique, souvent adapté de romans. La revue défend au contraire Alfred Hitchcock et Howard Hawks, auteurs à part entière au sein des studios hollywoodiens.

Pour toi, c'est une méthode : suivre les motifs, ces formes qui reviennent d'une scène et d'un film à l'autre. Dans Citizen Kane, la fenêtre qui enfermait l'enfant revient quand la crise de 1929 met en faillite le journal de Kane : il s'agite au fond du plan, devant des fenêtres aux stores baissés, pendant que le banquier et Bernstein tiennent le premier plan, papiers en main.

Piège classique : tout attribuer au réalisateur et deviner ses intentions. La profondeur de champ de Citizen Kane est aussi la marque de son chef opérateur, Gregg Toland, responsable de l'image, et Welles cosigne le scénario avec Herman J. Mankiewicz. Une intention ne se prouve pas : écris « le plan montre », jamais « le réalisateur a voulu dire ».

Exercices corrigés

Scènes inventées (données fictives). Cherche avant d'ouvrir chaque correction.

Exercice 1 : Une femme lit seule dans sa cuisine. Classe chaque son en in, hors-champ ou off : (a) le bruit de la page qu'on la voit tourner ; (b) un enfant qui pleure dans la pièce voisine, qu'on ne voit pas, et elle lève la tête ; (c) des violons qui accompagnent la scène, sans poste ni musicien dans la maison ; (d) la voix d'un narrateur, qu'elle n'entend pas, qui raconte au passé ce qu'il savait d'elle.

Correction :

(a) In : la source est à l'image. (b) Hors-champ : l'enfant appartient à l'histoire mais reste hors du cadre. (c) Off : la musique n'a aucune source dans l'histoire. (d) Off : c'est une voix de narrateur, extérieure à la scène.

Le piège est le (b) : on le dit « off » parce qu'on ne voit pas l'enfant, en oubliant que la femme l'entend.

Exercice 2 : Un ouvrier vient d'être licencié. Plan 1 : plan d'ensemble, il traverse seul un immense parking vide. Plan 2 : gros plan sur ses mains qui froissent sa lettre de licenciement. Un étudiant écrit : « L'ouvrier rentre chez lui, il est triste. » Réécris cette phrase en analyse.

Correction :

La phrase résume et affirme une émotion sans preuve. On reprend la méthode : décrire chaque plan, dire son effet, interpréter.

Proposition : « Le plan d'ensemble perd l'ouvrier dans un parking désert : il n'occupe qu'une infime partie du cadre, et ce vide dit son isolement. Le gros plan suivant montre ses mains, pas son visage : elles froissent la lettre, et l'émotion passe par ce geste. Le saut d'une échelle à l'autre rend sensible la violence du licenciement. »

Exercice 3 : Dans un western, un shérif filmé en contre-plongée tremble en rechargeant son arme, et la musique se tait. Une copie affirme : « Le réalisateur a voulu montrer que le shérif est puissant, d'où la contre-plongée. » Trouve les deux erreurs, puis propose une phrase juste.

Correction :

Première erreur : une intention prêtée au réalisateur, qui ne se prouve pas. Seconde erreur : un sens fixe donné à la contre-plongée, que la scène contredit puisque le shérif tremble.

Proposition : « La contre-plongée donne au shérif la stature attendue du héros de western, mais ses mains tremblent et la musique s'arrête : le film reprend une image du genre pour mieux la fissurer. »

À retenir

À retenir :

  • Analyser, c'est décrire un choix, dire son effet, l'interpréter ; jamais raconter.
  • Travelling, panoramique et zoom ne se confondent pas ; un procédé n'a pas de sens fixe.
  • Le sens naît aussi du montage (effet Koulechov) et du son : in, hors-champ ou off.
  • Un genre se lit dans ses ingrédients et leurs relations : dis ce que le film fait de ses codes.
  • L'auteur sert à suivre des motifs, pas à deviner des intentions.

Sources

  • CNC, Lycéens et apprentis au cinéma, dossier enseignant n° 209 sur Citizen Kane, rédigé par Amélie Dubois : dossier en PDF.
  • CNC, « Jean Aurenche, trente ans après », 29 septembre 2022 : article sur cnc.fr.
  • Michel Chion, L'Audio-vision. Son et image au cinéma, Nathan, 1990.

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