En sciences du langage, tu décris une langue telle qu'on la parle, niveau par niveau : les sons, les mots, la phrase, puis le sens. Prends « les chanteuses » : à l'oral on entend [le ʃɑ̃tøz], le mot se découpe en chant-, -euse et -s, et l'ensemble forme un groupe qu'on peut remplacer par « elles ». Chaque niveau a sa discipline et son test, que la licence t'apprend à manier.
Les sons : phonétique et phonologie
La phonétique étudie les sons tels qu'on les produit : où se place la langue, si les cordes vocales vibrent. La phonologie cherche lesquels de ces sons servent, dans une langue donnée, à distinguer des mots.
On les note en alphabet phonétique international (API), un symbole par son, sans passer par l'orthographe : entre crochets ce qu'on prononce, entre barres obliques les phonèmes.
Définition : un phonème est la plus petite unité sonore qui permet de distinguer deux mots dans une langue.
Le test qui le prouve, c'est la paire minimale : deux mots qui ne diffèrent que par un son. « Pain » /pɛ̃/ et « bain » /bɛ̃/ n'ont pas le même sens, donc /p/ et /b/ sont deux phonèmes du français.
À l'inverse, que tu roules le r ou non, « rat » reste « rat » : ce sont deux variantes (ou allophones) d'un même phonème. En espagnol, en revanche, le r roulé de « perro » (chien) et le r simple de « pero » (mais) sont deux phonèmes.
Piège classique : compter les lettres au lieu des sons. « Eau » a trois lettres et un seul son, [o]. « Taxi » a quatre lettres mais cinq sons, [taksi], car le x se prononce [ks]. Avant de transcrire, dis le mot à voix haute.
Les mots : morphologie
La morphologie étudie comment les mots se construisent. Son unité n'est pas la syllabe mais le morphème.
Définition : un morphème est la plus petite unité qui porte un sens, lexical (l'idée de casser) ou grammatical (le pluriel, la personne).
« Incassables » en contient quatre : in- (« ne pas »), cass- (radical de « casser »), -able (« qu'on peut ») et -s (pluriel). Le radical porte le sens de base ; les affixes, placés avant (préfixes) ou après (suffixes), le modifient.
La dérivation forme un nouveau mot, qui a son entrée au dictionnaire : « casser », « cassable », « incassable ». La flexion change seulement la forme d'un même mot selon la grammaire : « incassables » au pluriel, « cassons » à la première personne du pluriel.
Piège classique : découper en syllabes. « Chanteuses » se prononce en deux syllabes, [ʃɑ̃.tøz], mais compte trois morphèmes : chant-, -euse et -s, ce dernier muet. La syllabe découpe le son, le morphème découpe le sens.
La phrase : syntaxe
La syntaxe étudie comment les mots se regroupent. Une phrase n'est pas une file de mots mais un emboîtement de groupes, appelés constituants.
Prends « Le frère de Léa a vendu sa vieille voiture ». Tu peux dire « Il l'a vendue » : « il » remplace tout « le frère de Léa », « l' » remplace tout « sa vieille voiture ». Ce sont deux constituants. Aucun pronom ne remplace « de Léa a » : ce sont des mots voisins, pas un groupe.
On note les groupes avec des crochets : [Le frère de Léa] [a vendu [sa vieille voiture]].
Conseil : pour repérer un constituant, remplace-le par un pronom, puis encadre-le par « c'est… que » (« c'est… qui » pour un sujet) : « C'est sa vieille voiture que le frère de Léa a vendue. » Si la phrase tient, c'est un constituant.
Piège classique : en linguistique, « grammatical » ne veut pas dire « correct ». Une phrase est grammaticale quand les locuteurs natifs l'acceptent : « Je sais pas » l'est, à l'oral ; « *Sais je pas » ne l'est pas, et l'astérisque marque ce qu'ils refusent. Tu décris la langue, tu ne la corriges pas.
Le sens : sémantique et pragmatique
La sémantique étudie le sens que porte la phrase elle-même ; la pragmatique, ce que le locuteur veut dire dans une situation donnée.
En sémantique, une notion revient sans cesse : le présupposé. « Paul a arrêté de fumer » pose (affirme) que Paul ne fume plus, et présuppose qu'il fumait avant. Pour les séparer, nie la phrase : « Paul n'a pas arrêté de fumer » change le posé mais garde l'idée qu'il fumait. Ce qui résiste à la négation, et à la question, est présupposé.
En pragmatique, on regarde l'écart entre la forme et l'intention. « Tu as l'heure ? » a la forme d'une question à laquelle « oui » suffirait. En situation, c'est une demande : on attend l'heure. On parle d'acte de langage indirect.
Ce que valide la licence, et après
Il n'y a pas de liste nationale de cours : chaque université construit sa licence et ses parcours (arrêté du 30 juillet 2018, articles 7 et 20). Le même arrêté fixe deux repères communs : 180 crédits européens et au moins 1 500 heures d'enseignement et d'encadrement.
Les compétences visées sont écrites dans la fiche nationale de la mention. Par exemple : comprendre comment l'enfant acquiert le langage, ou mener un travail sur corpus, c'est-à-dire sur un ensemble de textes ou d'enregistrements réels.
La licence prépare au master comme à l'emploi direct (article 2 de l'arrêté). Parmi les emplois accessibles, la fiche cite correcteur, assistant d'édition, lexicographe (rédacteur de dictionnaires) ou enseignant de langues dans le privé.
Orthophoniste est un cas à part : il faut en plus le certificat de capacité d'orthophoniste, un diplôme qui a ses propres études. La licence te donne des bases utiles, en phonétique ou en acquisition du langage, mais ne délivre pas ce certificat.
Exercices corrigés
Du plus simple au niveau d'un contrôle.
Exercice 1 : Transcris « oiseau » en API, puis compte ses lettres et ses sons. Trouve ensuite une paire minimale qui prouve que /m/ et /n/ sont deux phonèmes du français.
Correction :
« Oiseau » se dit [wazo] : 6 lettres pour 4 sons, car « oi » vaut [wa], « eau » vaut [o] et le s, ici entre deux voyelles, se prononce [z].
« Mou » [mu] et « nous » [nu] ne diffèrent que par leur premier son et n'ont pas le même sens : /m/ et /n/ sont deux phonèmes.
Exercice 2 : Découpe « illisibles » et « relisons » en morphèmes. Pour chaque affixe, dis s'il relève de la dérivation ou de la flexion.
Correction :
« Illisibles » : il- (« ne pas », la forme de in- devant un l), lis- (radical de « lire »), -ible (« qu'on peut ») et -s (pluriel). « Relisons » : re- (« de nouveau »), lis- et -ons (première personne du pluriel).
Il-, -ible et re- relèvent de la dérivation : ils créent de nouveaux mots. -s et -ons relèvent de la flexion : ils changent seulement la forme du mot.
Exercice 3 : « Paul regarde l'homme avec des jumelles. » Donne les deux sens de cette phrase ambiguë, puis montre avec le test du pronom qu'ils correspondent à deux découpages.
Correction :
Sens 1 : Paul se sert de jumelles. « Avec des jumelles » dépend du verbe : [Paul] [regarde [l'homme] [avec des jumelles]]. Le pronom ne remplace que « l'homme » : « Paul le regarde avec des jumelles. »
Sens 2 : l'homme porte des jumelles. « Avec des jumelles » fait partie de son groupe : [Paul] [regarde [l'homme avec des jumelles]]. Le pronom remplace tout : « Paul le regarde. »
Exercice 4 : Un ami t'écrit : « Tu as encore oublié mon anniversaire. » Que pose cette phrase, que présuppose-t-elle ? Tu ne l'avais jamais oublié : que réponds-tu pour contester le bon point ?
Correction :
Le posé : cette fois, tu as oublié son anniversaire. Le présupposé, déclenché par « encore » : tu l'avais déjà oublié avant. Il survit à la question « J'ai encore oublié ton anniversaire ? ».
Le piège : répondre « Non, je ne l'ai pas oublié » ne conteste que le posé. Pour viser le présupposé : « Comment ça, encore ? C'est la première fois. »
À retenir
À retenir :
- Un phonème se prouve par une paire minimale ; on transcrit à l'oreille.
- Un morphème est la plus petite unité de sens ; la dérivation crée un mot, la flexion change sa forme.
- Un constituant se remplace par un pronom et s'encadre par « c'est… que ».
- Un présupposé résiste à la négation et à la question.
- Le linguiste décrit la langue, il ne la corrige pas.
- La licence vaut 180 crédits, ses cours varient selon l'université, et orthophoniste demande un certificat à part.
Sources
- Arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence, articles 2, 7, 8 et 20 : texte sur Légifrance.
- Fiche nationale « Licence - Sciences du langage », RNCP 38692, publiée le 1er mars 2024 : fiche sur France compétences.