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Les Grands Courants Philosophiques : Stoïcisme, Empirisme, Existentialisme et Au-delà

La thèse de chaque courant en une phrase, l'exemple qui la fait comprendre, et la façon de t'en servir dans une dissertation de terminale.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Un courant philosophique, c'est une famille de penseurs qui défendent la même thèse de fond, et chaque thèse tient en une phrase. Le stoïcisme : ne t'inquiète que de ce qui dépend de toi (ton bus est parti : son départ ne dépend plus de toi, ta réaction, si). L'empirisme : toutes nos idées viennent de l'expérience. L'existentialisme : l'homme existe d'abord, puis se définit par ce qu'il fait.

Le stoïcisme : ce qui dépend de toi

Le stoïcisme naît à Athènes vers 300 avant J.-C., avec Zénon de Kition. À Rome, ses grands noms sont Sénèque, Épictète, un ancien esclave, et l'empereur Marc Aurèle.

Épictète ouvre son Manuel sur la distinction qui porte tout le reste : « Des choses les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. » Dépendent de toi tes jugements, tes désirs, tes aversions, ce que tu décides de faire. Ne dépendent pas de toi ton corps, tes biens, ta réputation, les postes qu'on te confie.

Ce qui fait souffrir, ce sont nos jugements : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu'ils portent sur les choses » (Manuel, V). La pluie le jour de ta sortie n'est ni bonne ni mauvaise ; ce qui te gâche la journée, c'est de te dire « c'est une catastrophe ». Et ce jugement-là dépend de toi.

Pour les stoïciens, le seul vrai bien est la vertu, bien juger et bien agir ; santé et richesse ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes. Être heureux, c'est vivre selon la raison.

Piège classique : dans la langue courante, « stoïque » veut dire « qui encaisse sans se plaindre ». Le stoïcisme n'est pas de la résignation : il demande d'agir de toutes tes forces sur ce qui dépend de toi, et de lâcher le reste. Marc Aurèle, stoïcien, a gouverné un empire.

L'empirisme : tout vient de l'expérience

D'où viennent nos idées ? Pour Descartes, au XVIIe siècle, certaines sont innées, présentes dans l'esprit dès la naissance : c'est le rationalisme, qui fait confiance à la raison seule. L'empirisme, du grec empeiria (« expérience »), répond l'inverse.

Locke compare l'esprit d'un nouveau-né à une feuille blanche, sans aucune idée (Essai sur l'entendement humain, 1690) ; on parle souvent de « table rase ». Tout ce qui s'y inscrit ensuite vient de l'expérience.

Hume le montre par deux exemples (Enquête sur l'entendement humain, 1748). Tu n'as jamais vu de montagne d'or, et pourtant tu l'imagines : tu assembles deux idées tirées de l'expérience, l'or et la montagne. Un aveugle de naissance, lui, ne peut se faire aucune idée des couleurs.

Il va plus loin. Tu lâches ton téléphone, il tombe. Tu crois voir que le lâcher cause la chute, mais tu ne vois qu'un fait suivi d'un autre. C'est l'habitude de les voir ensemble qui te fait attendre la chute : le lien entre la cause et l'effet, lui, ne s'observe jamais.

Kant : l'esprit met en forme l'expérience

Kant cherche à départager rationalistes et empiristes (Critique de la raison pure, 1781). Sa réponse : toute notre connaissance commence avec l'expérience, mais elle ne vient pas toute de l'expérience.

Imagine des lunettes que tu ne pourrais jamais retirer : tu verrais tout à travers elles. Pour Kant, l'espace et le temps jouent ce rôle : ce ne sont pas des choses que tu observes, mais les formes dans lesquelles ton esprit reçoit tout ce qu'il observe. Ces formes sont a priori.

Définition : est a priori ce qui ne vient pas de l'expérience ; est a posteriori ce qu'on apprend par elle.

Conséquence : nous connaissons les choses telles qu'elles nous apparaissent, les phénomènes, jamais les choses en soi, telles qu'elles seraient sans nous. Kant compare ce renversement à celui de Copernic : ce n'est plus l'esprit qui se règle sur les objets, ce sont les objets qui se règlent sur l'esprit.

En morale, il demande si la règle de ton action, ta maxime, pourrait valoir pour tout le monde (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785) :

« Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » (Kant, trad. Delbos)

Son exemple : emprunter de l'argent en promettant de le rendre, tout en sachant qu'on ne le rendra pas. Si tout le monde faisait ainsi, plus personne ne croirait une promesse, et promettre deviendrait impossible. La maxime se détruit dès qu'on la rend universelle : l'action est interdite, même si elle t'arrange. C'est l'impératif catégorique, un ordre sans condition, à la différence de « si tu veux réussir, travaille ».

L'existentialisme : l'existence précède l'essence

Prends un coupe-papier : c'est l'exemple de Sartre (L'existentialisme est un humanisme, conférence de 1945 publiée en 1946). Un artisan l'a fabriqué en partant de son idée et de son usage. Pour cet objet, l'essence, c'est-à-dire ce qu'est la chose et ce à quoi elle sert, précède l'existence.

Pour l'homme, dit Sartre, c'est l'inverse : « l'existence précède l'essence ». Athée, il en conclut que rien n'a fixé d'avance ce que tu dois être. Tu existes d'abord, puis tu deviens ce que tu fais : « le lâche se fait lâche ».

Tu réponds donc de ce que tu deviens, et ce poids, Sartre l'appelle l'angoisse. D'où la tentation de la mauvaise foi, qu'il décrit dans L'Être et le Néant (1943) : se raconter qu'on n'avait pas le choix, se prendre pour une chose à la nature fixée, pour fuir sa liberté.

Simone de Beauvoir applique cette idée à la condition des femmes : « On ne naît pas femme : on le devient » (Le Deuxième Sexe, 1949). Pour elle, ce n'est pas la biologie qui fixe ce qu'on attend d'une femme, c'est la société.

L'existentialisme n'est pas pour autant une doctrine athée : Sartre range lui-même Jaspers et Gabriel Marcel parmi les existentialistes chrétiens.

Piège classique : ne retourne pas la formule. Pour un objet fabriqué, l'essence précède l'existence ; pour l'homme selon Sartre, c'est l'existence qui précède l'essence. Et « libre » ne veut pas dire « tout est possible » : tu choisis toujours dans une situation que tu n'as pas choisie (un corps, une époque, une famille).

Au-delà : les courants voisins

Le stoïcisme a un rival dans l'Antiquité, l'épicurisme. Pour Épicure (Lettre à Ménécée), le bonheur est un plaisir sobre : l'absence de douleur dans le corps et de trouble dans l'âme, qu'on appelle l'ataraxie. L'empirisme, lui, a pour rival le rationalisme de Descartes.

CourantAuteurs au programmeNotions qu'il éclaire
StoïcismeSénèque, Épictète, Marc Aurèlele bonheur, la liberté
ÉpicurismeÉpicure, Lucrècele bonheur
RationalismeDescartes, Spinoza, Leibnizla raison, la vérité
EmpirismeLocke, Humela science, la vérité
Philosophie de KantKantla raison, le devoir
ExistentialismeSartre, Beauvoir, Jaspersla liberté, la conscience

Se servir d'un courant dans une copie

Le programme de terminale le précise : on n'y apprend pas des doctrines pour elles-mêmes, on travaille des notions (dix-sept en voie générale) et des œuvres d'auteurs (programme de philosophie de terminale générale). Un courant n'est donc jamais le sujet de ta dissertation : il te prête une thèse et un auteur, que tu confrontes à une autre thèse pour répondre à la question posée.

Piège classique : réciter les courants l'un après l'autre (« Épictète pense que…, Locke pense que… »). Une dissertation étudie un problème pas à pas : chaque référence doit faire avancer ta réponse.

Exercices corrigés

Exercice 1 : À quel courant ou à quel auteur rattaches-tu chacune de ces phrases ? Justifie en une ligne.

a) « Je ne choisis pas la météo du jour du match, je choisis comment je m'y prépare. »

b) « Personne ne naît lâche : on se fait lâche par ce qu'on fait. »

c) « Mentir pour s'en sortir est interdit : si tout le monde mentait, plus personne ne croirait personne. »

Correction :

a) Stoïcisme : la météo ne dépend pas de toi, ta préparation, si. C'est la distinction d'Épictète.

b) Existentialisme : aucune nature ne fixe d'avance ce que tu es, tu te fais par tes actes. C'est la thèse de Sartre.

c) Kant : la maxime « je mens quand ça m'arrange » se détruit dès qu'on la rend universelle. Le piège était de répondre « stoïcisme » à cause du ton ferme : c'est l'argument qui compte, ici le test de l'universel.

Exercice 2 : Inès a eu 6 sur 20 au dernier contrôle de maths. Elle dit : « De toute façon, je suis nulle en maths, c'est comme ça. » Que lui répondrait un stoïcien ? Et Sartre ?

Correction :

Le stoïcien trie. La note est donnée : elle ne dépend plus d'Inès. Son jugement « je suis nulle », lui, dépend d'elle, et c'est lui qui la fait souffrir, plus que le 6. La préparation du prochain contrôle dépend d'elle aussi.

Sartre y verrait de la mauvaise foi : « c'est comme ça » fait d'Inès une chose à la nature fixée, comme le coupe-papier. Or rien ne la définit d'avance : elle deviendra ce qu'elle fera. Les deux réponses se rejoignent : la suite dépend d'Inès.

Exercice 3 : Sujet d'entraînement : « Suffit-il d'observer pour connaître ? » Propose un plan en trois parties qui s'appuie sur les courants de cette page.

Correction :

Le problème : observer livre des faits, mais connaître, c'est comprendre ce qui les relie.

I. En un sens, oui : toute idée vient de l'expérience (la feuille blanche de Locke, l'aveugle de Hume).

II. Mais l'observation ne livre pas les liens. Hume lui-même montre que le lien de cause à effet ne s'observe pas. Et dans la deuxième des Méditations métaphysiques (1641), Descartes approche un morceau de cire du feu : odeur, couleur et forme changent, et c'est l'esprit, non les sens, qui sait que c'est la même cire.

III. Kant dépasse l'opposition : la connaissance commence avec l'expérience, mais l'esprit y apporte ses formes. Observer est donc nécessaire, mais ne suffit pas.

À retenir

À retenir :

  • Stoïcisme : ne dépendent de toi que tes jugements et tes actes.
  • Empirisme : toutes nos idées viennent de l'expérience ; le lien de cause à effet ne s'observe pas.
  • Kant : la connaissance commence avec l'expérience sans en venir tout entière ; une maxime morale doit pouvoir devenir universelle.
  • Existentialisme : l'existence précède l'essence, et la mauvaise foi fuit cette liberté.
  • Dans une copie, un courant ne se récite pas : il sert à confronter des réponses.

Sources

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