L'essentiel à connaître
Chez Spinoza, toute la vie affective part d'un seul effort, le conatus : « Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être » (Éthique, partie III, proposition 6, notée III, 6). Un affect fait varier cet effort, c'est-à-dire ta puissance d'agir. Exemple : une mauvaise note diminue ta puissance, c'est une tristesse ; rapportée au correcteur, cette tristesse accompagnée de l'idée d'une cause extérieure devient de la haine (III, 13, scolie : la remarque qui suit la proposition).
Définition : un affect (affectus) est une affection du corps qui accroît ou diminue sa puissance d'agir, et en même temps l'idée de cette affection (III, définition 3). La traduction de Charles Appuhn, citée ici, dit « affection » et nomme l'esprit « Âme ».
Trois affects sont premiers : le désir, la joie et la tristesse (III, 11, scolie). La joie est le passage à une perfection plus grande, la tristesse à une moindre ; Spinoza précise que « la Joie n'est pas la perfection elle-même ». Le désir est « l'Appétit avec conscience de lui-même » ; l'appétit est l'effort rapporté à l'esprit et au corps, la volonté le même effort rapporté à l'esprit seul (III, 9, scolie).
Les autres affects en dérivent : l'amour est une joie accompagnée de l'idée d'une cause extérieure. Ils se propagent aussi : imaginer qu'un être semblable à toi éprouve un affect suffit à t'en faire éprouver un semblable, même sans rien ressentir pour lui (III, 27).
Tu es actif quand il suit de ta nature un effet dont tu es la cause adéquate, celle qui suffit à l'expliquer ; passif quand tu n'en es que la cause partielle (III, définitions 1 et 2). Il existe des joies et des désirs actifs, mais aucun affect actif ne se ramène à la tristesse (III, 58 et 59). Le repentir, qui est une tristesse, n'est donc pas une vertu : qui se repent est « deux fois misérable ou impuissant » (IV, 54).
Règle : « Une affection ne peut être réduite ni ôtée sinon par une affection contraire, et plus forte que l'affection à réduire » (IV, 7).
À retenir : « Une affection qui est une passion, cesse d'être une passion, sitôt que nous en formons une idée claire et distincte » (V, 3) : elle devient une action. Être libre, ce n'est pas échapper à la nécessité, c'est être déterminé par soi seul à agir (I, définition 7).
Quiz : teste tes connaissances
Chaque question renvoie au passage à citer. Les questions montent en difficulté : les trois dernières sont les plus piégeuses.
Question 1 : Complète III, 6 : « Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce… »
Réponse : C. C'est la formule exacte du conatus. D est le piège : passer à une perfection plus grande, c'est la définition de la joie, pas celle de l'effort.
Question 2 : Quels sont les trois affects premiers, dont naissent tous les autres ?
Réponse : A. Spinoza ne reconnaît « aucune affection primitive outre ces trois » (III, 11, scolie). B tente, mais l'amour et la haine en dérivent : une joie ou une tristesse avec l'idée d'une cause extérieure.
Question 3 : D'après III, définition 3, un affect est :
Réponse : D. L'affect est à la fois dans le corps et dans l'esprit. A est faux : ni l'esprit ne détermine le corps, ni le corps l'esprit (III, 2).
Question 4 : Tu as réussi un oral et tu en attribues le mérite au professeur qui t'a fait répéter. Selon Spinoza, cette joie est :
Réponse : B. L'amour est « une Joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure » (III, 13, scolie). D tente, mais la reconnaissance est un désir, « un empressement d'Amour », pas une joie.
Question 5 : Selon III, 9, scolie, le désir est :
Réponse : B. Le désir est « l'Appétit avec conscience de lui-même ». A est le piège : la volonté est l'effort rapporté à l'esprit seul, l'appétit l'effort rapporté à l'esprit et au corps.
Question 6 : Au sens de III, définition 2, quand es-tu actif ?
Réponse : D. Ta nature suffit alors à expliquer l'effet (III, définition 1). B tente, mais une joie peut être une passion : III, 58 distingue des joies passives et des joies actives.
Question 7 : Tu vois un inconnu souffrir, sans rien éprouver pour lui jusque-là. Que prévoit III, 27 ?
Réponse : C. Imaginer qu'un semblable éprouve un affect suffit à nous en faire éprouver un semblable. A est faux : la proposition vise justement le cas où l'on n'éprouve pour lui « d'affection d'aucune sorte ».
Question 8 : Selon IV, 7, qu'est-ce qui peut réduire ou ôter un affect ?
Réponse : A. Un affect ne cède qu'à une force contraire plus grande. B est le piège : la connaissance vraie du bon et du mauvais n'y parvient qu'« en tant qu'elle est considérée comme une affection » (IV, 14).
Question 9 : Selon V, 3, que devient une passion dont tu formes une idée claire et distincte ?
Réponse : B. Tu en deviens la cause adéquate : elle devient une action. A tente, car on imagine une consolation ; Spinoza décrit un changement de nature, du subir à l'agir.
Question 10 : Pourquoi le repentir n'est-il pas une vertu (IV, 54) ?
Réponse : C. Qui se repent est vaincu deux fois, par un désir mauvais puis par la tristesse : il est « deux fois misérable ou impuissant ». A est le piège : la démonstration raisonne sur la puissance, pas sur la responsabilité.
Question 11 : Une copie affirme : « Pour Spinoza, la joie est la perfection que le sage atteint. » Où est l'erreur ?
Réponse : A. « Je dis passage. Car la Joie n'est pas la perfection elle-même » (explication de la définition 2 des affects). B est le piège : III, 58 décrit des joies qui sont des actions.
Question 12 : Un affect actif peut-il être une tristesse ?
Réponse : D. Parmi les affects de l'esprit actif, aucun ne se ramène à la tristesse (III, 59). A est le piège : la tristesse devant sa propre impuissance, c'est l'humilité, qui ne naît pas de la raison (IV, 53).
Sources
Spinoza, Éthique, traduction de Charles Appuhn (1913), sur Wikisource : partie I, partie III, partie IV, partie V.
Spinoza, Ethica, texte latin de la partie III, The Latin Library.