L'essentiel à connaître
Kant juge une action d'après son motif, l'utilitarisme d'après ses conséquences. Tu rends un portefeuille trouvé pour toucher la récompense : pour Kant, ton geste est conforme au devoir mais sans valeur morale ; pour un utilitariste, il est bon, puisque son propriétaire le retrouve.
Définition : Pour Kant, « le devoir est la nécessité d'accomplir une action par respect pour la loi ». C'est une obligation, pas une contrainte : la contrainte te pousse du dehors, par la force ou la peur ; l'obligation est une règle que tu reconnais toi-même, et que tu restes libre de ne pas suivre.
Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), Kant sépare l'action conforme au devoir, qui fait ce qu'il faut, de l'action faite par devoir, qui le fait pour cette seule raison. Seule la seconde a une vraie valeur morale : agir par intérêt ou par inclination (un penchant, comme la sympathie) ne suffit pas.
La loi morale commande sans condition : c'est l'impératif catégorique, alors que l'impératif hypothétique dépend d'un but (« si tu veux ceci, fais cela »). Pour tester ta maxime, c'est-à-dire la règle de ton action, demande-toi si tu pourrais vouloir que tout le monde la suive. Kant exige aussi de traiter l'humanité, en toi comme en autrui, « toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ».
Pour l'utilitarisme, de Bentham à John Stuart Mill (L'Utilitarisme), une action est bonne en proportion du bonheur qu'elle produit (plaisir et absence de souffrance) pour tous ceux qu'elle touche : le tien compte, mais pas plus qu'un autre. Mill ajoute que les plaisirs diffèrent en qualité, et que le motif sert à juger la personne, pas l'action.
Quiz : teste tes connaissances
Les questions vont du plus simple au plus délicat : les trois dernières sont les plus piégeuses.
Question 1 : Pour Kant, qu'est-ce qui donne à une action sa valeur morale ?
Réponse : C. Pour Kant, une action vaut par son motif : le respect de la loi morale. A est le piège : juger par les conséquences, c'est le critère utilitariste.
Question 2 : Pour un utilitariste comme Mill, de quel bonheur faut-il tenir compte pour juger une action ?
Réponse : A. Mill l'écrit : le critère n'est pas « le bonheur propre de l'agent », « mais celui de tous les intéressés ». B est le contresens classique : l'utilitarisme n'est pas l'égoïsme.
Question 3 : « Si tu veux ton permis, révise le code. » Pour Kant, cette phrase est…
Réponse : D. L'ordre ne vaut que si tu veux le permis : c'est un moyen en vue d'un but, donc un impératif hypothétique. Le catégorique (A) présente une action « comme nécessaire pour elle-même », sans condition.
Question 4 : Tu ralentis uniquement parce que tu vois un radar. Dans le vocabulaire du cours, tu agis sous…
Réponse : B. Ce qui te fait ralentir, c'est la peur de l'amende : une pression du dehors, donc une contrainte. A est tentant parce que la règle est juste, mais sans radar tu accélérerais : tu ne la reconnais pas toi-même.
Question 5 : Quel test Kant propose-t-il pour juger une règle de conduite ?
Réponse : A. C'est l'impératif catégorique : agir d'après une maxime dont tu peux vouloir qu'elle « devienne une loi universelle ». B rappelle « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse », que Kant refuse comme principe : un criminel pourrait l'opposer au juge qui le punit.
Question 6 : Tu empruntes de l'argent en promettant de le rendre, sachant que tu ne le pourras pas. Pourquoi Kant condamne-t-il cette promesse ?
Réponse : C. Si chacun promettait sans vouloir tenir, « il n'y aurait plus à proprement parler de promesse » : la maxime se détruirait elle-même. A est le piège : c'est un calcul de prudence, pas la raison de Kant.
Question 7 : Un marchand fait payer le même prix à tous, même à un enfant, parce que c'est bon pour son commerce. Pour Kant, il agit…
Réponse : B. Il fait ce que le devoir exige, mais dans une « intention intéressée » : c'est l'exemple même de Kant. A confond l'action et son motif. C va trop loin : viser son profit ne rend pas l'action contraire au devoir.
Question 8 : Mill écrit qu'il vaut mieux « être Socrate mécontent plutôt qu'un imbécile heureux ». Que veut-il montrer ?
Réponse : D. Pour Mill, certaines espèces de plaisirs « sont plus désirables, ont plus de valeur que d'autres » : la qualité compte, pas seulement la quantité. A est tentant, mais Mill reste fidèle au principe du plus grand bonheur.
Question 9 : Un chirurgien pourrait sauver cinq malades en prélevant les organes d'un visiteur en bonne santé. Quelle objection vient directement de Kant ?
Réponse : A. Le visiteur serait réduit à une réserve d'organes : la formule de l'humanité l'interdit, quel que soit le nombre de vies sauvées. B est une objection d'utilitariste : elle discute le calcul, sans le refuser.
Question 10 : Tu te sers du boulanger pour avoir du pain, il se sert de toi pour gagner sa vie. Pour Kant, cet échange est…
Réponse : D. Kant interdit de réduire autrui à un moyen, pas de se servir de lui : le boulanger reste libre et il est payé, tu le respectes aussi comme personne. A est le contresens classique : il oublie le mot « simplement ». C donne la bonne conclusion, mais avec une raison d'utilitariste.
Question 11 : Léa aide son voisin âgé à porter ses courses, sans calcul, parce qu'aider lui fait vraiment plaisir. Pour Kant, son action est…
Réponse : B. Pour Kant, une telle action, « si conforme au devoir, si aimable qu'elle soit », « n'a pas cependant de valeur morale véritable » : elle vient d'une inclination. A est le piège : Kant ne condamne pas le plaisir d'aider, il dit seulement que ce plaisir ne fait pas la valeur morale.
Question 12 : Un nageur sauve un enfant de la noyade, surtout dans l'espoir d'une récompense. Que dit Mill de cette action ?
Réponse : C. Pour Mill, « celui qui sauve une créature prête à se noyer fait une chose moralement bonne », même s'il espère être payé : le motif sert à juger le mérite de l'agent, pas l'action. A est la réponse de Kant : le piège est de la prêter à Mill.
Sources
- Programme de philosophie de terminale générale, Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019, annexe 1 : le devoir y figure parmi les dix-sept notions, Kant, Bentham et Mill parmi les auteurs.
- Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), traduction de Victor Delbos, première et deuxième sections.
- John Stuart Mill, L'Utilitarisme, traduction de P.-L. Le Monnier, chapitre II.