La psychologie clinique part d'une personne singulière : ce qu'elle dit et ce qu'on observe d'elle, en entretien. La psychopathologie te donne les mots pour décrire sa souffrance, l'entretien clinique est l'outil pour l'entendre, et le stage t'apprend à t'en servir sous le regard d'un psychologue. Exemple : une étudiante dit « je ne dors plus depuis mes partiels » ; noter « insomnie » décrit un symptôme, l'entretien cherche aussi ce que cette insomnie dit de sa situation.
La psychopathologie : décrire avant d'expliquer
La psychopathologie étudie la souffrance psychique et ses troubles. Elle commence par la sémiologie, la description précise de ce qui se manifeste. Quatre mots y reviennent, à ne pas confondre.
| Mot | Ce que c'est | Exemple |
|---|---|---|
| Symptôme | Ce que la personne ressent et dit | « Je me sens vide » |
| Signe | Ce que le clinicien observe | Voix monotone, gestes ralentis |
| Syndrome | Des symptômes et des signes qui vont ensemble | Tristesse, perte de plaisir, fatigue, insomnie |
| Trouble | Une catégorie d'une classification, définie par des critères (nombre, durée, retentissement) | Trouble dépressif |
Être rare ou différent ne rend pas pathologique. On regarde la souffrance, le retentissement sur la vie (études, travail, relations), la durée et le contexte. Une grande tristesse quinze jours après un deuil n'a pas le sens de la même tristesse, sans cause apparente, depuis des mois.
Deux grilles de lecture à ne pas mélanger
La première décrit. Le DSM-5-TR, manuel de l'Association américaine de psychiatrie, et la CIM-11, classification de l'Organisation mondiale de la santé entrée en vigueur le 1er janvier 2022, rangent les troubles selon des critères observables, sans choisir d'école théorique. Un de leurs buts : que deux cliniciens face au même tableau lui donnent le même nom.
La seconde vient de la psychanalyse. Elle parle de structure névrotique, de structure psychotique et d'états limites : la façon stable dont une personnalité s'organise. On la repère à l'angoisse dominante, au rapport à la réalité et aux mécanismes de défense, ces procédés inconscients qui protègent de l'angoisse, comme le refoulement ou le déni.
Piège classique : « psychose » change de sens d'une grille à l'autre. Dans le DSM-5-TR, un trouble psychotique se définit par des symptômes comme le délire ou les hallucinations. En psychanalyse, une structure psychotique est une organisation de la personnalité, qui peut exister sans délire visible. Dans une copie, annonce ta grille et garde-la jusqu'au bout.
L'entretien clinique
L'entretien est l'un des principaux outils du psychologue (code de déontologie, article 21). Il a un cadre, annoncé à la personne : un lieu, une durée, un but et des règles de confidentialité. Elle sait ainsi ce que deviendra sa parole.
On classe les entretiens selon la place laissée à la personne.
| Type | Ce que fait le psychologue | Utile pour |
|---|---|---|
| Non directif | Une consigne ouverte (« Parlez-moi de ce qui vous amène »), puis il suit la personne | Laisser venir ce qui compte pour elle |
| Semi-directif | Un guide de thèmes : la personne parle librement, il amène ceux qu'elle n'aborde pas | Explorer des points précis sans fermer la parole |
| Directif | Des questions fixées, dans un ordre fixé | Vérifier des critères, comparer des réponses |
La question ouverte (« Comment ça se passe chez vous ? ») ouvre un récit, la question fermée (« Vous dormez bien ? ») appelle oui ou non. La relance (« C'est-à-dire ? ») invite à poursuivre, le silence laisse le temps de penser. Et pendant ce temps, tu observes le non-verbal : posture, regard, ton.
Définition : reformuler, c'est redire avec d'autres mots ce que la personne vient d'exprimer, sans rien ajouter. Elle se sent comprise et peut corriger. On rattache cette technique à Carl Rogers, fondateur de l'approche centrée sur la personne, qui attend du clinicien l'empathie (comprendre de l'intérieur sans se confondre avec l'autre), la considération positive inconditionnelle (accueillir sans juger) et la congruence (être authentique).
Deux notions viennent de la psychanalyse. Le transfert : la personne reporte sur le clinicien des sentiments liés à des figures importantes de son histoire. Le contre-transfert : ce que le clinicien éprouve en retour (agacement, envie de protéger, ennui), qu'il doit repérer au lieu d'y réagir, par exemple en supervision avec un collègue expérimenté.
Exemple : un patient méprisant dès la première séance ne vise peut-être pas toi : ce mépris peut rejouer une relation ancienne. Le prendre pour toi, c'est te laisser mener par ton contre-transfert.
Le stage en institution
En licence, un stage d'observation existe dans certaines formations. Le stage qui ouvre le métier arrive en master.
Règle : avec une licence et un master mention psychologie, tu ne peux faire usage du titre de psychologue que si ce master comporte un stage professionnel. L'arrêté du 19 mai 2006 en fixe les règles : au moins 500 heures, d'un seul tenant ou en plusieurs périodes, à terminer au plus tard un an après la formation théorique du master. Deux responsables t'encadrent : un psychologue praticien-référent exerçant depuis au moins trois ans, et un maître de stage, enseignant-chercheur de ta formation. À la fin, tu remets un rapport et tu le soutiens.
Les lieux varient : psychiatrie à l'hôpital, centre médico-psychologique (CMP, consultations publiques en psychiatrie), EHPAD (maison de retraite médicalisée), institut médico-éducatif (IME, pour des jeunes en situation de handicap), protection de l'enfance, prison. Tu observes d'abord. Puis, selon le lieu, tu participes à des entretiens avec ton référent et aux réunions de l'équipe pluridisciplinaire : psychiatres, infirmiers, éducateurs, assistants sociaux.
Le code de déontologie des psychologues, texte de la profession actualisé en 2021, engage aussi les étudiants en stage. Le secret professionnel y couvre ce qu'on confie au psychologue comme ce qu'il voit, entend ou comprend (article 7). En réunion, on ne partage que le strictement nécessaire (article 8). Et dès qu'un cas sert à une publication ou une communication, ton rapport de stage par exemple, l'anonymat est absolu (article 23).
Conseil : dans ton carnet de stage, sépare toujours ce que tu as observé (faits, paroles exactes entre guillemets) de ce que tu en penses. Ton rapport se construit sur cette séparation.
Présenter un cas clinique
En partiel comme en stage, tu analyses des cas, souvent sous forme de vignette clinique : le récit court et anonymisé d'une situation. Suis toujours le même ordre.
Étape 1 : La demande. Qui demande quoi, et pour qui ? Un adolescent amené par ses parents n'a pas forcément la même demande qu'eux.
Étape 2 : L'anamnèse, c'est-à-dire l'histoire de la personne et de ses difficultés : depuis quand, après quels événements, dans quel entourage.
Étape 3 : La sémiologie. Relève symptômes et signes, avec les paroles exactes entre guillemets, puis regroupe-les.
Étape 4 : Les hypothèses. Annonce ta grille, avance une ou deux hypothèses appuyées sur des éléments relevés, et dis ce qui reste à explorer.
Piège classique : coller une étiquette sans preuve. « Structure psychotique » ou « trouble dépressif » ne vaut rien sans les éléments du cas qui y mènent. Et ce que la vignette ne dit pas, tu ne l'inventes pas : tu en fais une question à explorer.
Exercices corrigés
Les situations sont fictives.
Exercice 1 : Dans un compte rendu d'entretien, on lit : (a) « je n'ai plus goût à rien », dit la patiente ; (b) elle parle lentement, le regard au sol ; (c) humeur triste, perte de plaisir, fatigue et réveils précoces depuis trois semaines ; (d) « trouble dépressif », retenu après vérification des critères. Classe chaque élément : symptôme, signe, syndrome ou trouble.
Correction :
(a) Symptôme : un ressenti que la personne rapporte elle-même.
(b) Signe : le clinicien l'observe, elle ne le dit pas.
(c) Syndrome : plusieurs symptômes et signes regroupés.
(d) Trouble : une catégorie retenue seulement si des critères de nombre, de durée et de retentissement sont remplis. Le syndrome décrit, le trouble classe.
Exercice 2 : En premier entretien, une patiente dit : « Mon chef m'a encore reprise devant toute l'équipe, j'avais envie de disparaître. » Trois réponses possibles :
A. « Être reprise devant tout le monde, ça vous a donné envie de disparaître. »
B. « Ça vous rappelle sûrement la façon dont votre père vous parlait. »
C. « Vous devriez en parler aux ressources humaines. »
Laquelle est une reformulation ? Pourquoi les deux autres posent-elles problème ?
Correction :
A est la reformulation : même contenu, d'autres mots, rien d'ajouté.
B est une interprétation : elle introduit un père dont la patiente n'a pas parlé. Au premier entretien, c'est ta théorie qui parle, et la patiente risque de se fermer.
C est un conseil : tu décides à sa place et le sujet se referme. Le piège : croire qu'aider, c'est répondre vite.
Exercice 3 : En stage dans un CMP, tu veux présenter dans ton rapport l'entretien avec « Mme Durand, 34 ans, infirmière en cardiologie à l'hôpital de la ville ». Le soir, une amie qui travaille dans cet hôpital te demande si tu as reçu sa collègue. Que changes-tu dans ton rapport, et que réponds-tu à ton amie ?
Correction :
Dans le rapport, l'anonymat est absolu (article 23). Tu supprimes le nom, et tout détail qui ferait reconnaître la patiente sans servir l'analyse, comme le service ou l'hôpital. Ce qui éclaire le cas reste, en plus vague : « une soignante d'une trentaine d'années ».
À ton amie, tu ne dis ni oui ni non. Même « oui, je l'ai vue » révèle qu'elle consulte, et le secret couvre tout ce que tu apprends en stage (article 7).
À retenir
À retenir :
- Symptôme rapporté, signe observé, syndrome regroupé, trouble défini par des critères.
- Le DSM-5-TR et la CIM-11 décrivent par critères ; la psychanalyse parle de structures.
- Entretien non directif, semi-directif ou directif selon le but ; reformuler n'est pas interpréter.
- Transfert : ce que la personne reporte sur le clinicien ; contre-transfert : ce qu'il éprouve en retour.
- Stage de master : au moins 500 heures, deux responsables, un rapport soutenu.
- Secret professionnel et anonymat absolu s'appliquent dès le stage.
- Un cas se présente dans l'ordre : demande, anamnèse, sémiologie, hypothèses.
Sources
- Arrêté du 19 mai 2006 sur le stage professionnel, version en vigueur : texte sur Légifrance.
- Code de déontologie des psychologues, version consolidée au 9 septembre 2021 : texte du code (PDF).
- Organisation mondiale de la santé, Classification internationale des maladies (CIM-11) : page de l'OMS.