L'essentiel à connaître
Pour reconnaître une forme de stratification sociale (un découpage de la société en groupes hiérarchisés), demande-toi ce qui empêche de changer de groupe. Dans une société de castes, comme l'Inde traditionnelle, c'est la naissance : on naît dans sa caste, on s'y marie et on y reste. Dans une société d'ordres, comme la France d'Ancien Régime, c'est le droit et ses privilèges, mais un bourgeois peut être anobli par le roi ou par l'achat d'une charge. Dans une société de classes, comme la France depuis la Révolution, aucune loi n'interdit de bouger : les inégalités y sont de fait.
La mobilité sociale intergénérationnelle mesure si l'on change vraiment de groupe : elle compare la position d'une personne à celle de son père ou de sa mère. Plus haut, c'est une mobilité ascendante ; plus bas, une mobilité descendante (ou déclassement) ; dans le même groupe, une reproduction sociale. Plus le parent part bas, plus il reste de place pour monter. Changer de position au fil de sa propre carrière, c'est autre chose : la mobilité professionnelle.
Définition : une table de mobilité croise le groupe du parent (l'origine) et celui de l'enfant (la position). La table de destinée part des origines (« que deviennent les fils d'ouvriers ? ») : on divise par l'effectif de l'origine. La table de recrutement part des positions (« d'où viennent les cadres ? ») : on divise par l'effectif de la position.
Quand les emplois d'agriculteurs se raréfient et que ceux de cadres se multiplient, des enfants changent de groupe faute de place : c'est la mobilité structurelle. La fluidité sociale, elle, compare les chances de deux enfants d'origines différentes, ces changements d'emplois mis de côté. Enfin, quand les diplômés se multiplient, chaque diplôme mène moins haut qu'avant : dépasser le diplôme de ses parents ne garantit pas de monter (c'est le paradoxe d'Anderson).
Piège classique : une société plus mobile n'est pas forcément plus fluide, car la mobilité peut augmenter seulement parce que les emplois changent.
La mobilité sociale est au programme de SES de terminale (Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019) ; castes et ordres servent ici de comparaison.
Quiz : teste tes connaissances
Les trois dernières questions sont les plus piégeuses.
Question 1 : Quel trait distingue une société de castes ?
Réponse : C. On naît dans sa caste, on s'y marie (c'est l'endogamie) et on y reste. A est le piège : des privilèges inscrits dans le droit sont la marque des ordres.
Question 2 : Sous l'Ancien Régime, qu'est-ce qui sépare la noblesse du tiers état ?
Réponse : A. Chaque ordre a un statut juridique et des privilèges : la noblesse, par exemple, ne paie pas la taille, un impôt royal. B est le piège : un bourgeois pouvait être plus riche qu'un noble sans devenir noble.
Question 3 : En France, au XXIe siècle, qu'est-ce qui sépare un cadre d'un ouvrier ?
Réponse : D. Tous sont égaux en droit : aucune loi n'empêche un fils d'ouvrier de devenir cadre. B est le piège : le salaire et le prestige d'un cadre ne sont inscrits dans aucune loi.
Question 4 : Employée à 25 ans, Samia devient cadre à 45 ans. Quelle mobilité vit-elle ?
Réponse : B. Samia change de position au cours de sa propre carrière. A est le piège : la mobilité intergénérationnelle compare une personne à ses parents, et l'énoncé n'en dit rien.
Question 5 : Fils d'un cadre, Hugo est devenu ouvrier qualifié. Que montre sa trajectoire ?
Réponse : A. Hugo occupe une position plus basse que celle de son père : c'est une mobilité descendante, ou déclassement. C est le piège : la mobilité professionnelle se mesure au cours de sa propre carrière, pas par rapport à son père.
Question 6 : Les emplois d'agriculteurs se raréfient, et beaucoup d'enfants d'agriculteurs exercent un autre métier que leurs parents. Comment s'appelle cette part de la mobilité ?
Réponse : C. Quand la structure des emplois change, des enfants quittent le groupe de leurs parents faute de place. A est le piège : la fluidité sociale mesure l'égalité des chances, ces changements d'emplois mis de côté.
Question 7 : En 2024, d'après l'Insee, 53,4 % des fils de cadres âgés de 35 à 59 ans sont cadres, contre 17,1 % des fils d'employés ou d'ouvriers qualifiés. Que montre cet écart ?
Réponse : B. Ce sont deux destinées : un fils de cadre est environ trois fois plus souvent cadre ($\frac{53{,}4}{17{,}1} \approx 3{,}1$). A est le piège : 53,4 % se calcule sur les fils de cadres, pas sur les cadres ; la part des cadres fils de cadres se lit dans une table de recrutement.
Question 8 : Données fictives : sur 1 000 hommes, 400 ont un père ouvrier, et 60 de ces 400 sont cadres. L'échantillon compte 240 cadres en tout. Quelle part des fils d'ouvriers sont devenus cadres ?
Réponse : D. Une destinée se calcule sur l'origine, les 400 fils d'ouvriers : $\frac{60}{400} = 0{,}15$, soit 15 %. A est le piège : $\frac{60}{240} = 0{,}25$ est la part des cadres qui sont fils d'ouvriers, donc un recrutement.
Question 9 : Clara a un diplôme plus élevé que son père, mais une position sociale du même niveau que lui. Pourquoi ?
Réponse : A. C'est le paradoxe d'Anderson : quand les diplômés se multiplient, chaque diplôme ouvre des positions moins élevées qu'une génération plus tôt. B est le piège : le diplôme compte toujours, il ne garantit simplement plus de dépasser ses parents.
Question 10 : Sous l'Ancien Régime, un bourgeois pouvait-il devenir noble ?
Réponse : C. Le roi anoblissait par lettres, et certains offices (des charges publiques achetées) anoblissaient : c'est l'origine de la noblesse de robe. A est le piège : la frontière entre ordres était étroite, pas fermée comme celle d'une caste.
Question 11 : Entre deux enquêtes, la part des hommes qui changent de groupe par rapport à leur père augmente. Que peut-on en conclure ?
Réponse : D. Cette hausse peut venir des seules places qui changent (mobilité structurelle) : si les emplois de cadres se multiplient, plus de fils d'ouvriers deviennent cadres sans que leur écart de chances avec les fils de cadres bouge. A est le piège : plus mobile ne veut pas dire plus fluide.
Question 12 : En 2024, d'après l'Insee, 43 % des femmes de 35 à 59 ans occupent une position plus élevée que leur mère, mais 25 % seulement par rapport à leur père. Pourquoi ?
Réponse : B. Les mères de cette génération occupaient en moyenne des positions plus basses que les pères, et plus le parent part bas, plus il reste de place pour monter : les hommes aussi dépassent plus souvent leur mère (49 %) que leur père (29 %). A est le piège : 25 % mesure une mobilité ascendante, pas un déclassement.
Sources
Programme de SES de terminale générale, Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019 : texte sur eduscol.
Insee, « Mobilité sociale », France, portrait social, édition 2025 : fiche sur insee.fr.