La danse contemporaine se travaille à partir du poids du corps, du sol et du souffle, là où le ballet classique cherche l'élévation. En France, l'interprète se forme avec le diplôme national supérieur professionnel (DNSP) de danseur, et enseigner le contemporain contre rémunération exige le diplôme d'État (DE) de professeur de danse ou un titre reconnu. Le métier se vit ensuite en contrats courts : 43 cachets en douze mois font $43 \times 12 = 516$ heures, de quoi franchir le seuil de 507 heures exigé par l'assurance chômage des intermittents.
La technique : travailler avec le poids
Le ballet lutte contre la gravité pour paraître léger ; le contemporain s'en sert. Tu laisses tomber le poids pour rebondir, tu descends au sol et tu en repars : le sol fait partie de la technique. Le mouvement naît souvent du centre (bassin, colonne, respiration) avant de gagner les bras et les jambes.
Quatre approches fondatrices donnent le vocabulaire de base.
| Approche | À l'origine | Le principe |
|---|---|---|
| Contraction et release (« libération ») | Martha Graham | Contraction du bassin qui arrondit le dos sur l'expiration ; release qui le redresse sur l'inspiration. |
| Chute et rétablissement | Doris Humphrey, puis José Limón | On quitte l'équilibre, on cède au poids, puis l'élan de la chute sert à se rattraper. |
| Technique Cunningham | Merce Cunningham | Un buste très mobile (courbes, torsions, inclinaisons) sur des jambes précises ; le hasard peut fixer l'ordre des séquences. |
| Contact improvisation | Steve Paxton, 1972 | Deux partenaires partagent leur poids par un point de contact qui circule. |
Piège classique : croire que « contemporain » veut dire « sans technique ». Improviser sans se blesser suppose de savoir chuter, rouler et repartir du sol ; composer suppose des choix d'espace, de rythme et d'énergie.
Se former comme interprète : le DNSP de danseur
Le DNSP de danseur est classé au niveau 6, celui d'une licence, et vaut 180 crédits européens (ECTS) : il valide les six derniers semestres d'un cursus dont chaque école habilitée fixe la durée.
On y entre par concours. Pour t'y présenter, tu justifies d'un enseignement préparatoire agréé, d'un diplôme de fin de cursus de conservatoire (diplôme d'études chorégraphiques, DEC, ou diplôme national d'orientation professionnelle, DNOP) ou d'au moins trois ans de formation en danse, et tu fournis un certificat médical.
L'arrêté du 21 novembre 2024 qui l'encadre donne la plus grande part des heures aux cours techniques et artistiques. Il impose une langue étrangère et au moins un stage en milieu professionnel, et prévoit des notions de santé du danseur et une préparation à l'insertion. Le cursus peut aussi se suivre en apprentissage, en alternance avec une entreprise de spectacle chorégraphique.
Enseigner : l'EAT puis le diplôme d'État
La règle est posée par l'article L362-1 du code de l'éducation : nul ne peut enseigner la danse contre rétribution sans le DE de professeur de danse ou un titre assimilé (certificat d'aptitude, équivalence, dispense). Elle ne vise que le classique, le contemporain et le jazz. Un artiste chorégraphique qui a dansé au moins trois ans dans des compagnies listées par arrêté, et suivi une formation pédagogique, obtient le DE de plein droit.
Pour entrer en formation au DE, tu dois réussir l'examen d'aptitude technique (EAT) dans l'une de ces trois options, avec au moins 18 ans au 31 décembre de l'année. Le niveau attendu est celui d'une fin de cursus de conservatoire (DEC ou DNOP). L'admissibilité se joue sur une vidéo d'une variation imposée, ton CV et une lettre de motivation : il faut au moins 10 sur 20.
| Épreuve d'admission | Ce qu'on attend | Coefficient |
|---|---|---|
| Variation imposée | Danser une variation fixée à l'avance | 3 |
| Composition personnelle | Ta propre pièce, de 1 min 30 à 3 min | 2 |
| Improvisation | Sur un thème donné par le jury | 1 |
| Entretien | Sur tes prestations, ton projet pédagogique et ton regard sur ton travail | 1 |
La note d'admission est la moyenne pondérée des quatre épreuves : tu es admis à partir de 10. Un DEC ou un DNOP dispense de l'EAT, sur demande, dans l'option du diplôme ; l'admissibilité au concours d'une école du DNSP aussi, dans l'option de son épreuve technique.
L'EAT et la formation au DE sont fixés par un autre arrêté du 21 novembre 2024, appliqué depuis l'année universitaire 2025-2026. La formation vaut elle aussi 180 crédits ECTS, dont 60 pour le seul bloc « Enseigner la danse », validé par une épreuve terminale où une note sous 6 sur 20 est éliminatoire. Les autres blocs couvrent notamment la culture chorégraphique et musicale et la prévention des risques.
Piège classique : l'EAT ouvre la formation au DE, il ne donne pas le droit d'enseigner. Le DNSP non plus : c'est un diplôme d'interprète.
S'insérer : contrats courts et intermittence
Le régime des intermittents concerne les artistes et techniciens du spectacle engagés en contrat à durée déterminée (CDD). Entre deux contrats, l'assurance chômage peut prendre le relais, par son annexe 10 pour les artistes. Le droit court jusqu'à une « date anniversaire », douze mois après la fin de contrat retenue, où l'on recompte tes heures.
Règle : pour ouvrir des droits, il faut au moins 507 heures de travail dans les 12 mois qui précèdent la fin de contrat retenue. Un cachet compte pour 12 heures, dans la limite de 28 cachets par mois. Les répétitions déclarées et payées comptent. Les heures d'enseignement artistique, données sous contrat de travail dans un établissement agréé comme un conservatoire et en rapport avec ton métier, comptent jusqu'à 70 heures, ou 120 heures à partir de 50 ans.
C'est l'employeur qui déclare ces heures, directement ou par le Guso (guichet unique du spectacle occasionnel) si le spectacle n'est pas son activité principale. Le travail en indépendant ou en auto-entrepreneur ne compte pas.
Exercices corrigés
Cherche chaque exercice avant d'ouvrir sa correction.
Exercice 1 : Nomme l'approche dont vient chaque mouvement. a) La danseuse expire, son bassin se creuse et son dos s'arrondit ; elle inspire et se redresse. b) Le danseur quitte son axe, tombe de côté en cédant au poids, puis se sert de l'élan pour se rattraper.
Correction :
a) Contraction et release, de Martha Graham : le mouvement part du bassin et suit le souffle.
b) Chute et rétablissement, de Doris Humphrey : ici, c'est la gravité qui sert de moteur, pas la respiration.
Exercice 2 : Qui peut donner ces cours payés ? Tom, titulaire du seul DNSP de danseur, veut enseigner le contemporain. Inès, sans diplôme d'enseignement, donne des cours de hip-hop. Sami vient de réussir l'EAT option contemporaine et propose des cours de contemporain.
Correction :
Tom : non. Le contemporain est visé par l'article L362-1, et le DNSP n'est pas un titre d'enseignant : il lui faut le DE ou un titre assimilé.
Inès : l'article ne vise pas le hip-hop, il ne lui impose donc pas le DE.
Sami : non, pas encore. L'EAT lui ouvre la formation au DE, rien de plus.
Exercice 3 : (Données fictives.) À l'admission de l'EAT, Clara obtient 6 à la variation imposée, 10 à la composition, 15 à l'improvisation et 14 à l'entretien. Est-elle admise ? Sinon, quelle note minimale lui fallait-il à la variation, le reste inchangé ?
Correction :
Avec les coefficients 3, 2, 1 et 1, la note d'admission vaut $\dfrac{3 \times 6 + 2 \times 10 + 15 + 14}{3 + 2 + 1 + 1} = \dfrac{67}{7} \approx 9{,}57$. C'est moins que 10 : Clara n'est pas admise.
La moyenne simple, $\dfrac{6 + 10 + 15 + 14}{4} = 11{,}25$, ferait croire le contraire : la variation pèse trois fois plus que l'improvisation.
Avec une note $v$ à la variation, il faut $\dfrac{3v + 49}{7} \geqslant 10$, soit $3v + 49 \geqslant 70$, donc $v \geqslant 7$ : il lui fallait 7 sur 20.
Exercice 4 : (Données fictives.) Léa, 27 ans, danseuse titulaire du DE, a cumulé dans les 12 mois précédant sa dernière fin de contrat 30 cachets de représentation, 60 heures de répétitions déclarées et payées, et 90 heures de cours sous contrat de travail dans un conservatoire. Atteint-elle les 507 heures ? Sinon, combien de cachets lui manque-t-il ?
Correction :
Les cachets valent $30 \times 12 = 360$ heures. Avec les répétitions : $360 + 60 = 420$ heures.
Léa a moins de 50 ans : ses cours ne comptent que pour 70 heures, pas 90. Total : $420 + 70 = 490$ heures, moins que 507. Compter les 90 heures donnerait 510 et une conclusion fausse.
Il lui manque $507 - 490 = 17$ heures. Un cachet en apporte 12, deux en apportent 24 : il lui manque 2 cachets.
À retenir
À retenir :
- Technique : Graham (contraction et release), Humphrey (chute et rétablissement), Cunningham (buste mobile), Paxton (contact improvisation).
- Interprète : DNSP de danseur, sur concours, 180 crédits ECTS, avec stage et langue étrangère.
- Enseigner contre rémunération le classique, le contemporain ou le jazz exige le DE ou un titre assimilé.
- L'EAT ouvre la formation au DE : admission à 10 de moyenne pondérée, variation imposée au coefficient 3.
- Intermittence : 507 heures en 12 mois, un cachet vaut 12 heures, cours plafonnés à 70 heures (120 heures à partir de 50 ans).
Sources
- Code de l'éducation, article L362-1, version en vigueur depuis le 19 mai 2011 (Légifrance).
- Arrêtés du 21 novembre 2024 relatifs aux voies d'accès à la profession de professeur de danse et au diplôme national supérieur professionnel de danseur (Légifrance).
- France Travail, guide « Intermittents du spectacle », consulté le 15 octobre 2026.