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La Réalisation : Découpage Technique, Direction d'Acteurs et Mise en Scène

Découper une scène en plans, placer acteurs et caméra, puis diriger avec des actions plutôt qu'avec des émotions : la méthode du réalisateur, et trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Réaliser une scène, c'est prendre trois décisions dans l'ordre : découper l'action en plans, placer acteurs et caméra dans le décor, puis donner aux acteurs quelque chose à jouer. Prends deux amis qui se disputent dans un café. Le découpage part large pour situer le lieu et se rapproche des visages quand le ton monte ; la mise en scène décide qui se lève ; la direction d'acteurs remplace « sois en colère » par « oblige-le à avouer qu'il t'a menti ».

Le découpage technique, plan par plan

Le découpage technique décrit le film plan par plan, avant le tournage (cours de cinéma en ligne de Ciclic). Un plan, au tournage, c'est ce que la caméra enregistre entre son démarrage et son arrêt. Chaque ligne du découpage en décrit un : grosseur, angle, mouvement de caméra, action et dialogue.

La grosseur (ou valeur du plan) dépend de la distance entre la caméra et le sujet, et se mesure au corps humain.

GrosseurCe qu'elle cadre
Plan d'ensembleTout le décor, personnages petits
Plan moyenLe personnage en pied
Plan américainLe personnage jusqu'à mi-cuisse
Plan rapprochéJusqu'à la taille ou la poitrine
Gros planLe visage
Très gros planUn détail : un œil, une main

Chaque plan répond à une question : que doit voir le spectateur à ce moment-là ? L'angle, lui, dit d'où regarde l'objectif : à hauteur du sujet, incliné vers le bas (plongée) ou vers le haut (contre-plongée).

Piège classique : « la contre-plongée rend puissant » n'est pas une loi. Un angle produit des effets de sens variables, rappelle le cours de Ciclic sur les angles : un adulte filmé en contre-plongée peut simplement être vu à hauteur d'enfant. Justifie chaque angle par la scène.

Comme on tourne rarement dans l'ordre du film, l'assistant réalisateur s'appuie sur le découpage pour bâtir le plan de travail : les plans regroupés par décor, jour par jour. Le storyboard, lui, dessine le découpage case par case.

Raccorder les plans : l'axe et les 180 degrés

Deux plans montés bout à bout doivent être raccord, c'est-à-dire cohérents : même verre à moitié plein, même main sur la lettre. La scripte, chargée de la continuité du film, y veille sur le plateau.

Quand deux personnages se parlent, trace la ligne qui passe par eux : c'est l'axe. Tant que la caméra reste d'un seul côté, si Léa regarde vers la droite du cadre, Malik regarde vers la gauche, et leurs regards se croisent au montage.

Règle des 180 degrés : d'un plan à l'autre, la caméra reste du même côté de l'axe, sur un demi-tour autour des personnages. Si elle le franchit sans que le spectateur le voie, les deux personnages regardent dans la même direction et ne semblent plus se parler.

Cette règle fait tenir le champ-contrechamp, l'alternance de plans sur l'un puis sur l'autre, et le raccord regard : un personnage regarde hors champ (hors du cadre), le plan suivant montre ce qu'il voit. Changer de côté reste possible, mais à l'image : un mouvement de caméra ou un acteur qui se déplace redessine la ligne sous les yeux du spectateur.

La mise en scène : placer les corps et la caméra

Au sens large, la mise en scène est tout ce que le réalisateur organise devant la caméra, et la façon de le filmer. Son cœur, sur le plateau, est la mise en place (blocking en anglais) : la place et les déplacements des acteurs, puis celle de la caméra.

La distance entre deux personnages se lit comme leur relation, et une table entre eux devient un obstacle visible. Si Léa se lève pendant que la caméra reste à hauteur de Malik assis, le visage de Léa sort du cadre et Malik encaisse seul : la mise en place a dit qui domine, sans changer d'angle.

La profondeur de champ (l'étendue de la zone nette, de l'avant au fond) compte aussi : grande, elle montre deux actions à la fois sans couper ; réduite, elle isole un visage sur un fond flou.

Le travelling déplace la caméra pendant le plan. Le zoom, lui, la laisse en place : il resserre ou élargit le champ, et le premier plan ne glisse pas devant le fond comme en travelling. Quand une scène entière tient en un seul plan, un plan-séquence, la mise en place fait le travail du découpage : un acteur qui s'approche passe du plan moyen au gros plan sans coupe.

La direction d'acteurs : des actions, pas des émotions

« Sois triste », « plus d'énergie » : ces indications décrivent l'effet que tu veux produire sur le public. Judith Weston, autrice du manuel Directing Actors (1996), appelle ça la direction par le résultat (entretien de 2022). L'acteur ne peut pas jouer un résultat : on ne décide pas de ce qu'on ressent, seulement de ce qu'on fait.

Donne-lui plutôt quelque chose à faire, tourné vers son partenaire : un verbe (convaincre, rassurer, piéger, supplier), un fait de l'histoire, une image, une action physique. Ce sont les leviers que Weston propose à la place.

En répétition, cherche avec l'acteur ce que son personnage veut obtenir de l'autre, et ce qui l'en empêche : cet objectif et cet obstacle créent la tension. Sur le plateau, entre deux prises, donne une seule note, courte, qui change quelque chose à faire.

Piège classique : dire toi-même la réplique avec l'intonation voulue. L'acteur imite ta musique au lieu de jouer la situation. Change plutôt ce que le personnage veut : l'intonation suivra.

Exercices corrigés

Exercice 1 : Scène : Léa retrouve Malik dans un café et pose une lettre devant lui. Trois indications de tournage : (a) « Malik, sois plus triste » ; (b) « Léa, mets plus de tension » ; (c) « Malik, sois menaçant ». Qu'ont-elles en commun ? Réécris chacune en indication jouable.

Correction :

Les trois décrivent l'effet voulu sur le public : c'est de la direction par le résultat. Plusieurs réécritures sont justes, par exemple :

(a) un verbe : « Essaie de la retenir sans lui demander de rester. »

(b) un fait : « Tu as écrit cette lettre il y a un an sans l'envoyer, et tu veux qu'il la lise devant toi. »

(c) une action : « Repousse la lettre vers elle et fais-la reculer sans hausser la voix. »

Chacune se vérifie à la prise et laisse à l'acteur la manière.

Exercice 2 : Léa et Malik se parlent, assis face à face. Plan 1 : Léa, en plan rapproché, regarde vers la droite du cadre. Plan 2 : pour éviter une fenêtre, l'équipe a déplacé la caméra, et Malik regarde lui aussi vers la droite du cadre. Qu'est-ce qui cloche au montage ? Propose deux corrections.

Correction :

La caméra a franchi l'axe qui relie Léa et Malik : les deux regards partent vers la droite et ne se rencontrent plus. On croirait qu'ils regardent quelqu'un d'autre, hors champ.

Première correction : retourner le plan 2 du bon côté de l'axe, Malik regardant vers la gauche, en cachant la fenêtre par un cadre plus serré. Seconde correction : franchir l'axe à l'image, avec un plan en travelling qui contourne la table, monté entre les plans 1 et 2.

Exercice 3 : Découpe cette scène en cinq plans au plus (grosseur, angle ou mouvement, action). Léa entre dans un café, repère Malik assis au fond, traverse la salle, s'assoit en face de lui et pose une lettre sur la table. Malik la regarde sans la toucher. Justifie ensuite tes deux plans les plus serrés.

Correction : une proposition parmi d'autres.

Plan 1 : plan d'ensemble, fixe. Léa entre ; Malik est assis au fond.

Plan 2 : plan rapproché sur Léa. Elle cherche du regard et le voit.

Plan 3 : plan moyen, travelling qui la suit. Elle traverse et s'assoit face à lui.

Plan 4 : très gros plan, en plongée. Sa main pose la lettre.

Plan 5 : gros plan sur Malik. Il fixe la lettre sans la toucher.

Le plan 4 rend lisible l'objet de la scène, vu d'en haut comme les personnages le voient. Le plan 5 porte le sens : Malik ne dit rien, et le gros plan rend visible son refus.

À retenir

À retenir :

  • Le découpage technique décrit chaque plan avant le tournage.
  • Chaque plan se justifie par ce que le spectateur doit voir ; un angle n'a pas de sens fixe.
  • La caméra reste du même côté de l'axe, sauf à le franchir à l'image.
  • La mise en place raconte la relation sans dialogue.
  • On dirige avec des verbes, des faits, des images et des actions, jamais avec un résultat.

Sources

  • Ciclic, cours en ligne Upopi, séance 7 « Enchaîner deux plans » : vocabulaire.ciclic.fr.
  • Même cours, séance 4 « Grosseurs, angles, composition » : vocabulaire.ciclic.fr.
  • Judith Weston, entretien sur la direction par le résultat, Film Courage, 15 juin 2022 : filmcourage.com.

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