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Les Secrets de l'Histoire Moderne : Lumières, Révolutions & Absolutisme

Les contresens de copie sur l'absolutisme, les Lumières et les révolutions, les débats d'historiens qui les corrigent et trois exercices corrigés pour le partiel.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

« Absolu » vient du latin absolutus, « délié » : le roi absolu est délié des lois humaines, qu'il fait et défait, pas de la loi de Dieu ni des règles fondamentales du royaume. Écrire en partiel que Louis XIV « pouvait tout faire » est donc un contresens. Les deux autres mots du titre en cachent chacun un : les Lumières ne forment pas un parti révolutionnaire, et 1789 n'est pas leur simple conséquence. Voici, pour chacun, le sens exact et le débat d'historiens que ton correcteur attend.

Absolu ne veut pas dire sans limites

En 1576, dans Les Six Livres de la République, le juriste Jean Bodin définit la souveraineté comme une « puissance absolue et perpétuelle » : le souverain commande sans être commandé par personne sur terre. Mais Bodin soumet lui-même ce souverain aux lois de Dieu et de la nature.

Le roi de France, qui règne de droit divin (il tient son pouvoir de Dieu), est aussi tenu par les lois fondamentales du royaume, des coutumes qu'il ne peut pas changer. La couronne passe de mâle en mâle, à l'aîné d'abord, jamais à une femme ni par une femme ; le domaine royal ne se vend pas ; le roi doit être catholique, et Henri IV a dû se convertir en 1593 pour être reconnu.

Définition : une remontrance est l'objection écrite qu'un parlement, cour de justice et non assemblée élue, adresse au roi avant d'enregistrer l'un de ses textes. Sans enregistrement, le texte ne s'applique pas sur le territoire que ce parlement juge.

Louis XIV a émoussé cette arme sans la supprimer : depuis 1673, les parlements enregistrent d'abord et protestent ensuite, si bien que la remontrance ne bloque plus rien. Après sa mort, en 1715, le Régent leur rend leurs prérogatives, et les magistrats en font un moyen d'opposition à la monarchie.

Le mot « absolutisme » n'est attesté en français qu'en 1797 (Dictionnaire historique de la Suisse) : aucun contemporain de Louis XIV ne l'emploie. En 1992, dans The Myth of Absolutism, Nicholas Henshall conteste, en comparant la France et l'Angleterre, l'image d'un roi français tout-puissant face à un roi anglais bridé par son Parlement.

Piège classique : « L'État, c'est moi » n'apparaît chez aucun témoin du règne, et les historiens tiennent la formule pour apocryphe, c'est-à-dire attribuée à tort. Ne la cite jamais comme une parole de Louis XIV, mais comme une légende née après sa mort.

Les Lumières : une méthode, pas un parti

En décembre 1784, Emmanuel Kant publie à Berlin sa « Réponse à la question : qu'est-ce que les Lumières ? ». Il y décrit une attitude, pas un programme : sortir de la « minorité », cet état où l'on se laisse guider par un autre faute de courage. Il donne aux Lumières une devise latine, Sapere aude, « ose savoir » : aie le courage de te servir de ton propre entendement.

Critiquer l'autorité n'est pas vouloir la renverser. Voltaire vit à la cour de Frédéric II de Prusse de 1750 à 1753, Diderot se rend auprès de Catherine II de Russie en 1773 : ils misent sur un prince éclairé pour réformer. Montesquieu, dans De l'esprit des lois (1748), défend une monarchie tempérée par la noblesse : « Point de monarque, point de noblesse ; point de noblesse, point de monarque ».

Au livre XI, il ajoute qu'« il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Son modèle est la constitution d'Angleterre. Rousseau va plus loin : dans Du contrat social (1762), la souveraineté appartient au peuple et s'exprime par la « volonté générale ».

Piège classique : n'écris pas que Voltaire ou Rousseau « ont fait la Révolution ». Montesquieu meurt en 1755, Voltaire et Rousseau en 1778, Diderot en 1784 : aucun des quatre ne voit 1789. Écris plutôt que les révolutionnaires lisent leurs textes et s'en réclament.

Des révolutions au pluriel

Un siècle avant la France, l'Angleterre a limité son roi. Le Bill of Rights, adopté en décembre 1689, lui interdit de suspendre les lois, de lever de l'argent ou d'entretenir une armée permanente en temps de paix sans l'aval du Parlement.

Le 4 juillet 1776, la Déclaration d'indépendance américaine affirme que les gouvernements tiennent leur juste pouvoir du « consentement des gouvernés » (texte aux Archives nationales américaines).

Dans les années 1950, Robert Palmer et Jacques Godechot lisent les révolutions de la fin du XVIIIe siècle comme une seule « révolution atlantique ». D'autres historiens insistent sur la spécificité française : la Révolution abolit les privilèges, dès la nuit du 4 août 1789, puis la société d'ordres (clergé, noblesse, tiers état).

Lumières et 1789 : cause ou héritage choisi

Sur ce lien, deux livres répondent en sens contraire. En 1933, Daniel Mornet (Les Origines intellectuelles de la Révolution française) suit la diffusion de l'esprit critique et en fait une cause de 1789. En 1990, Roger Chartier (Les Origines culturelles de la Révolution française) retourne la question : la Révolution aurait aussi fabriqué les Lumières, en se cherchant des ancêtres pour se légitimer.

Des faits vont dans son sens : Voltaire entre au Panthéon en 1791, Rousseau en 1794. Robert Darnton juge pourtant la thèse exagérée (1991) : pour lui, les Lumières marquaient déjà les esprits avant 1789. Une bonne copie garde les deux lectures.

En 1856, dans L'Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville relie absolutisme et Révolution : la centralisation administrative, un royaume dirigé depuis le Conseil du roi et, en province, par ses intendants, est née sous l'Ancien Régime, et la Révolution l'a conservée. La rupture de 1789 cache donc une continuité.

Exercices corrigés

Exercice 1 : Une copie affirme que « les adversaires de Louis XIV dénonçaient son absolutisme » et que le roi « gouvernait sans aucune limite », comme le montre sa phrase « L'État, c'est moi ». Relève les trois erreurs, puis réécris l'idée en une phrase juste.

Correction :

Un anachronisme : le mot « absolutisme » n'est attesté qu'en 1797, plus de quatre-vingts ans après la mort du roi.

Un contresens : le roi reste tenu par les lois fondamentales, et les parlements gardent le droit de remontrance, réduit en 1673 mais pas supprimé.

Une fausse citation : « L'État, c'est moi » est apocryphe.

Réécriture possible : « Louis XIV gouverne en monarque absolu de droit divin : il décide seul et réduit en 1673 le droit de remontrance des parlements, mais reste tenu par les lois fondamentales du royaume. »

Exercice 2 : Dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 (texte sur Légifrance), l'article 3 dit : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. » L'article 6 : « La loi est l'expression de la volonté générale. » L'article 16 : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. » Pour chaque article, nomme l'auteur dont il reprend le vocabulaire, puis dis ce que ces ressemblances prouvent et ne prouvent pas.

Correction :

Article 3 : Bodin, qui a défini la souveraineté en 1576. La Déclaration garde la notion mais en change le titulaire : elle passe du roi à la nation.

Article 6 : Rousseau et la volonté générale du Contrat social (1762).

Article 16 : Montesquieu, pour qui « le pouvoir arrête le pouvoir » (1748).

Ces ressemblances prouvent que les députés de 1789 pensent avec les mots de Bodin et des Lumières, pas que ces livres aient causé la Révolution.

Exercice 3 : Au partiel, tu tombes sur le sujet « Les Lumières ont-elles préparé la Révolution française ? ». Propose une problématique et un plan en trois parties, avec au moins un exemple daté par partie.

Correction :

Problématique : dans quelle mesure la Révolution est-elle sortie des idées des Lumières, et dans quelle mesure se les est-elle appropriées après coup ?

I. Une critique qui use l'autorité : l'esprit critique se diffuse (Mornet, 1933), et Kant en fait une attitude en 1784.

II. Des réformateurs plus que des révolutionnaires : Voltaire chez Frédéric II de 1750 à 1753, Montesquieu défenseur de la noblesse ; aucun des quatre grands noms (Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot) ne voit 1789.

III. Une Révolution qui se donne des ancêtres : le vocabulaire de la Déclaration de 1789, Voltaire au Panthéon en 1791 et Rousseau en 1794, la thèse de Chartier (1990) nuancée par Darnton.

À retenir

À retenir :

  • Absolu veut dire délié des lois humaines, pas de Dieu ni des lois fondamentales ; « absolutisme » n'apparaît qu'en 1797.
  • « L'État, c'est moi » est apocryphe, et les parlements gardent un droit de remontrance, réduit en 1673.
  • Les Lumières sont une attitude critique (Kant, 1784), plus réformatrice que révolutionnaire.
  • Lumières et 1789 : une cause pour Mornet (1933), un héritage choisi après coup pour Chartier (1990).
  • Pour Tocqueville (1856), la centralisation relie l'Ancien Régime à la Révolution.

Sources

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