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Sécurité Maritime : STCW, Survie en Mer et Lutte Contre les Incendies à Bord

Alarme, feu, eau froide, abandon du navire : les gestes de la formation de base à la sécurité, la raison de chacun et trois mises en situation corrigées.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

À bord, la sécurité tient en quelques réflexes, et chacun a sa raison. On donne l'alerte avant d'attaquer un feu, on l'éteint en lui retirant l'une des trois choses dont il a besoin, et on évite l'eau froide, où l'on risque la noyade bien avant l'hypothermie. Exemple : du gazole prend feu au pied d'un moteur ; tu cries « au feu », tu préviens la passerelle, puis tu attaques à la poudre ou à la mousse, pas avec un seau d'eau : le gazole flotte sur l'eau et continue de brûler. Ce sont les gestes de la formation de base à la sécurité des marins, expliqués un par un.

La formation de base à la sécurité

En France, cette formation mène au certificat de formation de base à la sécurité (CFBS), fixé par un arrêté du 26 juillet 2013 qui applique la convention internationale STCW sur la formation des marins. Son annexe liste ce que tu dois savoir faire :

ModuleMinimumCe que tu pratiques
Survie10 h de théorie, 5 h de pratiquegilet de sauvetage et combinaison d'immersion, saut à l'eau, nage équipée, radeau retourné à redresser
Incendie8 h de théorie, 10 h de pratiqueextinction à l'eau, à la mousse et à la poudre, progression dans un local enfumé avec un appareil respiratoire

S'y ajoutent les premiers secours et la sécurité des personnes. Au commerce et à la plaisance professionnelle, le certificat vaut cinq ans, puis tu dois prouver que tu as gardé ces compétences.

L'alarme générale et le rôle d'appel

Le signal d'alarme générale est le même d'un navire à l'autre : au moins sept sons brefs suivis d'un son long. Il veut dire : rejoins ton poste de rassemblement et fais la tâche que te donne le rôle d'appel, le tableau d'urgence affiché à bord.

Piège classique : prendre l'alarme générale pour l'ordre d'abandon. Cet ordre est donné à part ; au signal, on se rassemble et on est compté.

Casser le triangle du feu

Un feu a besoin de trois choses à la fois : un combustible (gazole, bois, gaine de câble), un comburant (l'oxygène de l'air) et une source d'inflammation (étincelle, surface chaude). C'est le triangle du feu : retire un côté, le feu s'éteint.

L'eau refroidit, la mousse sépare le combustible de l'air, le dioxyde de carbone (CO₂) chasse l'oxygène. Fermer la vanne d'une fuite coupe le combustible : c'est pour ça qu'on n'éteint pas un feu de gaz sans pouvoir couper le gaz, qui continuerait de se répandre.

Étape 1 : Donne l'alerte : crie « au feu », déclenche l'alarme incendie, préviens la passerelle.

Étape 2 : Attaque avec l'extincteur adapté, seulement si le feu est naissant.

Étape 3 : S'il prend le dessus, retire-toi en fermant les portes : privé d'air, il ralentit.

Choisir et manier l'extincteur

Les feux sont classés selon ce qui brûle ; l'étiquette d'un extincteur dit quelles classes il éteint (tableau d'après la brochure de l'INRS).

ClasseCe qui brûleAgents adaptés
Asolides qui font des braises : bois, chiffons, papiereau pulvérisée, poudre ABC
Bliquides ou solides qui fondent : gazole, fioul, huile de graissagepoudre, mousse, CO₂
Cgaz : propane, acétylènepoudre, si l'on peut couper le gaz
Fhuiles et graisses de cuissonextincteur marqué F

L'électricité n'a pas de classe : ce qui brûle, ce sont les gaines des câbles ou ce qui les entoure. Fais couper le courant ; d'ici là, prends un extincteur marqué « utilisable sur tension inférieure à 1 000 volts », et reste à 1 mètre au moins.

Un extincteur se vide vite : 19 secondes pour 6 kg de poudre, 8 secondes pour 2 kg de CO₂. Approche baissé, sous la fumée, de profil, le vent dans le dos, et vise la base des flammes.

Piège classique : le CO₂ sur un feu de bois ou de chiffons. Les flammes tombent, tu crois avoir gagné, puis les braises rallument tout. Sur un feu de classe A, finis toujours à l'eau.

Les trois dangers de l'eau froide

Dans l'eau, le corps se refroidit quatre à cinq fois plus vite que dans l'air à la même température, selon le guide de l'Organisation maritime internationale (OMI) sur la survie en eau froide. Pourtant, l'hypothermie vient en dernier.

D'abord, le choc dû au froid : tu inspires d'un coup sans le vouloir, puis tu respires vite, incapable de retenir ton souffle. Si ta tête passe sous l'eau à ce moment, tu avales de l'eau. Ce choc dure environ trois minutes : reste immobile, ton gilet te tient la tête hors de l'eau.

Ensuite, les muscles des bras et des jambes refroidissent : tes doigts perdent leur force et tu nages mal. Serre ton gilet et trouve ton sifflet juste après le choc, tant que tes mains obéissent. Ne nage que vers un naufragé, un radeau ou un objet flottant tout proche : nager te refroidit plus vite.

Enfin, l'hypothermie : la température au cœur du corps passe sous 35 °C. Vêtements en couches, bonnet, combinaison et immobilité la retardent. Pour durer, flotte jambes serrées, coudes au corps, bras croisés sur la poitrine, et reste avec les autres naufragés.

Piège classique : croire qu'on a une heure devant soi et nager pour se réchauffer. En eau froide, on meurt moins d'hypothermie que de noyade, pendant le choc ou quand les muscles lâchent.

Quitter le navire au sec

Tant que c'est possible sans danger, on reste à bord : pour l'OMI, le navire est la meilleure embarcation de survie. Si l'ordre d'abandon tombe, habille-toi chaudement, tête et mains couvertes, combinaison d'immersion par-dessus si tu en as une, et serre les sangles de ton gilet avant de sortir : dans l'eau, tes doigts n'y arriveront plus.

Embarque si possible au sec, directement dans le radeau, sinon par une échelle ou un cordage. Sauter est le dernier recours : coudes au corps, une main sur le nez et la bouche, l'autre qui tient ce poignet. Regarde en bas pour vérifier que la place est libre, puis saute en fixant l'horizon pour tomber droit, jamais sur le toit d'un radeau.

Dans le radeau, évite de rester assis dans l'eau, essore tes vêtements et serre-toi contre les autres.

Mises en situation corrigées

Exercice 1 : Tu as un extincteur à eau pulvérisée, un à poudre ABC et un à CO₂. Pour chaque feu, dis lequel prendre et lequel éviter : a) des chiffons qui brûlent à l'atelier ; b) de l'huile de graissage en feu dans le local des machines.

Correction :

a) Des chiffons : classe A, un solide qui fait des braises. Prends l'eau pulvérisée, qui refroidit jusqu'aux braises (la poudre ABC marche aussi). Évite le CO₂ : il abat les flammes, mais les braises relancent le feu.

b) De l'huile : classe B, un liquide. Prends la poudre ou le CO₂. Évite l'eau sans additif, peu efficace ici : l'huile flotte dessus et continue de brûler.

Exercice 2 : Sept sons brefs, puis un long. Un collègue attrape son gilet et court détacher le radeau le plus proche « pour gagner du temps ». Que fais-tu, et pourquoi a-t-il tort ?

Correction :

C'est l'alarme générale, pas l'ordre d'abandon : prends ton gilet et rejoins ton poste de rassemblement. Ton collègue a tort, car rien ne dit qu'on va quitter le navire. Et absent au rassemblement, il fera perdre du temps à ceux qui le chercheront.

Exercice 3 : Tu tombes à la mer, gilet sur le dos, dans une eau à 10 °C ; le navire revient te chercher. Une bouée flotte à dix mètres, la côte est à 3 km. Range ces actions dans l'ordre et écarte celle à éviter : nager vers la côte ; rejoindre la bouée ; reprendre ton souffle sans bouger ; serrer les sangles du gilet et trouver le sifflet ; attendre sans bouger en sifflant.

Correction :

Dans l'ordre : reprendre ton souffle sans bouger, car pendant le choc tu risques d'avaler de l'eau ; serrer les sangles et trouver le sifflet, tant que tes doigts obéissent ; rejoindre la bouée, assez proche pour valoir l'effort, et t'y accrocher ; attendre sans bouger, en sifflant quand le navire approche.

À éviter : nager vers la côte. Trois kilomètres, c'est trop pour des muscles qui refroidissent, et l'effort accélère la perte de chaleur.

À retenir

À retenir :

  • Au moins sept sons brefs et un long : l'alarme générale. Tu rejoins ton poste de rassemblement ; ce n'est pas l'ordre d'abandon.
  • Un feu vit de trois choses : combustible, oxygène, source d'inflammation. L'éteindre, c'est en retirer une.
  • L'extincteur se choisit selon la classe du feu, et on vise la base des flammes.
  • En eau froide : le choc, puis les muscles, l'hypothermie en dernier ; on quitte le navire au sec dès que possible.

Sources

  • Arrêté du 26 juillet 2013 relatif à la délivrance du certificat de formation de base à la sécurité, annexe applicable depuis le 1er septembre 2026 : texte sur Légifrance.
  • INRS, « Les extincteurs d'incendie portatifs, mobiles et fixes », ED 6054, octobre 2023 : brochure sur inrs.fr.
  • Organisation maritime internationale, « Guide for cold water survival », MSC.1/Circ.1185/Rev.1, 30 novembre 2012, en anglais : texte sur imo.org.

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